Dossier:Crise des CDS

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Crise des CDS
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Cycles économiques.

Les Credit Default Swap (CDS) sont des contrats de protection contre les faillites. Ils reflètent l'estimation par les investisseurs du risque de défaut d'une société. La particularité des CDS est d'être des polices d'assurance dont les titres sont côtés sur le marché et classés dans les engagements hors bilan[1]. La fixation du prix d'un CDS est similaire à celui d'un CDO, une « obligation adossée à des actifs » de nature diverse.

La crise des CDS[2] était en gestation depuis de nombreux mois. Dès la mi-2007, le magazine Time soulignait que le marché des CDS était de $45000 milliards, soit près de deux fois la taille du marché boursier américain (valorisé à environ $22 000 milliards, en baisse) et excédant largement les $7100 milliards du marché hypothécaire et les $4400 milliards de bonds du trésor américain. A titre de comparaison, le montant du PIB mondial était de 65 610 milliards de dollars en 2007 ; le PIB américain était de 13 780 milliards de dollars et la dette cumulée des Etats-Unis se monte aujourd'hui à 10 278 milliards de dollars. En France, le monde politique était resté silencieux, hormis Jean-Marie Le Pen qui avait prédit la crise pour l'automne 2008.

Pendant les deux dernières décennies, nous avons observé un taux de croissance annuelle de 11,3% de l'intégration financière internationale, mesuré par les flux d'actifs et de revenus fixes. L'analyse Get global. Get specialized. Or get out. d'IBM estime que les actifs financiers à investir d'ici 2015 doivent doubler ; ils pourraient quintupler en 2025 pour atteindre $700 milliers de milliards, dont 60 % pour les pays émergents[3]. De 1996 à 2006, les LBO bancaires à l'international sont passées de moins de 1% à 40 pour cent du total des fusions et acquisitions, ce qui indique le niveau d'intégration du marché bancaire[4]. De décembre 2004 à décembre 2006, le secteur financier a généré un retour sur fonds propres moyen de 25%[5]. Début 2007, la valeur totale des actifs détenus par les banques d'investissement, hedge funds, structured investment vehicules et assimilés était d'environ 10,5 milliers de milliards - soit 500 milliards de dollars américains de plus que les actifs détenus par l'ensemble du système bancaire.[6] Alors que le rendement annuel des actifs bancaires était de 14-18% dans la première partie de la décennie, il chuta à 12% en 2007 puis à près de 2% en 2008. Le montant opaque des instruments financiers dérivés s'est élevé globalement à $600 milliers de milliards en valeur notionnelle, tandis que 88% (quatre vingt huit pour cent) de ces instruments ont fait l'objet de transaction over-the-counter[7]. Selon Michel Barnier, des solutions similaires, américaines et européennes, seront trouvées aux 80% des 600 000 milliards de dollars qui échappent à toute formes de contrôle, de transparence, d'enregistrement et de standardisation[8]. Fin 2008, la bulle sur les dérivés de crédit (CDS) poursuivait son implosion, les montants notionnels étant passés de plus de 62 milliers de milliards à 38,6 milliers de milliards[9]. Début 2009, les gouvernements du "monde développé" ont déjà investi plus d'un millier de milliards de dollars américains à essayer de stabiliser le système financier global et sont donc en position forte pour établir de nouvelles règles[10]. Fin 2009, 31 000 milliards de dollars de CDS échappent à toute régulation hormis celle des 15 institutions de l'ISDA[11]. Si l'interconnexion du système financier peut conduire à une allocation efficiente du capital, elle peut aussi créer des niveaux de volatilité plus extrêmes. Selon le FMI, les CDS souverains connaissent une forte hausse sur 12 mois en février 2010, notamment +76% pour la France avec 44,8 milliards de dollars : en ordre décroissant, les plus importants volumes bruts de CDS souverains sont l'Italie, le Brésil, l'Espagne, la Grèce pour plus de 500 milliards de dollars[12].

Rappels historiques[modifier le wikicode]

Courbe de Friggit
28 octobre 1929 
le lundi noir est le troisième jour de baisse la plus importante, en pourcentage, jamais auparavant enregistrée en un jour sur un marché d'actions : 13 %.
15 août 1971 
Nixon rompt unilatéralement les accords de Bretton Woods qui garantissait la convertibilité du dollar américain en or.

En 1982, Hong Kong aligne sa monnaie sur le dollar américain. Cette situation attire la délocalisation des multinationales en Chine pour réduire les risques de change et de crédit[13].

19 octobre 1987 
le lundi noir est le jour de la baisse la plus importante jamais observée sur le marché d'actions : 22,6 % en un jour.

En 1994, Blythe Masters lance l'idée d'une couverture de défaillance par le credit default swap. En 1997, les CDS apparaissent sur les marchés financiers en qualité de des produits financiers exotiques.

La valeur de $1,000 investie dans LTCM
22 septembre 1998 
LTCM, qui avait négligé le risque pays dans la crise financière russe de 1998, est de facto en faillite et fait courir un risque majeur au système bancaire international[14].
12 novembre 1999 
l'abrogation du Glass-Steagall Act supprime la distinction entre la banque de dépôt et la banque d'investissement
10 mars 2000 
la bulle Internet est à son plus haut sommet historique avant d'éclater, ce qui se traduit par une baisse des taux de la FED et une augmentation sensible du crédit à la consommation. Les prêts sont facilités par l'adossement à l'immobilier (subprimes).
11 novembre 2001 
la Chine entre dans l'OMC ; ceci entraine la suppression des droits de douane sur les produits chinois.
26 juin 2004 
les accords dits de Bâle II fixent à 8% le montant de fonds propres qu'un établissement financier doit disposer pour faire face aux risques engagés sur les marchés. Les fonds d'investissement et les sociétés de crédit, dont celles qui ont émis des subprimes, échappent à cette obligation.
Taux directeur de la FED et de la BCE

A partir de 2006, la FED éleve son taux directeur à 5,75% en étranglant les emprunteurs les moins solvables. La crise financière de 2008 devient inévitable :

Août 2007 
Les banques centrales mettent à disposition 400 milliards d'euros à disposition du marché interbancaire[15][16].
17 février 2008 
Le gouvernement britannique annonce la nationalisation de l'établissement de crédit immobilier Northern Rock pour 25 milliards de livres.
16 mars 2008 
La 5ème banque d'investissement américaine Bear Stearns est vendue grâce à une aide de la réserve américaine de 30 milliards de dollars USD.
7 septembre 2008 
L'état américain prend le contrôle de Fannie Mae et Freddie Mac pour 200 milliards de dollars USD[17].
15 septembre 2008 
Mise en faillite de la banque Lehman Brothers par la Chambre des représentants qui se traduit par la destruction de $10 milliers de milliards de capitalisation sur une période de 2 semaines[18].
1er août 2008 
Le Sénat américain adopte un plan de sauvetage pour recapitaliser les banques de 840 milliards de dollars.
16 septembre 2008 
La réserve fédérale américaine met sur pied un plan de sauvetage de l'assureur AIG pour 85 milliards de dollars USD.
3 octobre 2008 
Aux États Unis, la chambre des représentants vote le plan Paulson de 700 milliards de dollars USD.
13 octobre 2008 
Les gouvernements des pays de l'Union Européenne annoncent la création d'un fonds de garantie de plus de 1700 milliards d'euros.
24 novembre 2008 
Les engagements du gouvernement des États-Unis et de la FED totalisent 7 400 milliards de dollars USD en soutien à la finance.
12 décembre 2008 
Madoff Investment Securities est mis en faillite suite à une fraude pyramidale de 50 milliards de dollars USD réalisée par Bernard Madoff.
23 décembre 2008 
La Securities and Exchange Commission (SEC) donne son accord à LCH.Clearnet Ltd pour opérer aux États-Unis comme chambre de compensation centrale pour des CDS.
10 février 2009 
Timothy Geithner annonce un nouveau plan de sauvetage des banques de près de 2000 milliards USD. Selon certaines estimations, 44% des actifs des banques européennes constituerait une dette toxique s'élevant à £16,3 billions[19].
2 mars 2009 
AIG annonce 100 milliards de pertes pour l'année 2008.
2 avril 2009 
En même temps que le G20, Jean-Philippe Bouchaud annonce un "projet Manhattan de la finance mondiale"[20][21].
29 avril 2009 
La FED confirme racheter ses bons du trésor pour 1700 milliards de dollars, soit 12,5% du PIB américain[22].
23 juillet 2009 
Le New York Times révèle que certaines banques, dont la célèbre Goldman Sachs, passent des ordres avec 30 millisecondes d'avance sur le marché (((en)) flash orders)[23][24][25].

Après avoir changé leurs règles comptables bancaires, les market makers américains empruntent des dollars à des taux presque nuls[26] pour prêter des capitaux[27] et spéculer sur les bourses des marchés émergents (carry trade). En septembre 2009, BlackRock organise le plan de relance conduisant au transfert 3 000 milliards de dollars de dettes privées en une dette publique détenue par la FED. Aligné sur le dollar, le Yuan semble en passe de dépasser son objectif de capter 35% du marché mondial des transactions sur les matières physiques. Les dettes des états gonflent créant une nouvelle bulle financière sans précédent dans la zone euro[28] :

14 octobre 2009 
Le Wall Street Journal annonce que les 23 banques et fonds d'investissement de Wall Street totalisent un bénéfice 437 milliards de dollars et vont verser 140 milliards de dollars de rémunération en 2009[29].
26 novembre 2009 
Le risque de défaut de paiement (CDS) à cinq ans de Dubaï double pratiquement en une semaine à 534,79 points[30].
14 décembre 2009 
Standard & Poor's dégrade la note de crédit de la Grèce, l'Espagne, l'Irlande et du Portugal[31]. Des incertitudes sur la souveraineté de la BCE pèsent sur les CDS des banques européennes[32]
1er janvier 2010 
Le gouvernement vietnamien ordonne la fermeture de toutes les plates-formes de trading sur l'or d'ici fin mars 2010[33] [34]
6 mai 2010 
Le Dow Jones connait le plus fort krach 'intraday' de son histoire en plongeant de -6 à -7% en 5 minutes de 20H40 à 20H45[35].
9 mai 2010 
Adoption d'un plan de soutien de 750 milliards d'euros aux pays en difficulté et la BCE annonce racheter des dettes publiques dans la zone euro[36]. Selon Unicredit, les rachats d'obligations d'état pourrait atteindre 10% de l'ensemble de la dette publique en circulation pour stabiliser le marché[37]. Ce paquet de 440 milliards d'euros, plus les 250 milliards du FMI et 60 milliards de la commission couvre les besoins combinés des PIGS pour les trois prochaines années[38].
19 mai 2010 
L'Allemagne prend la décision unilatérale d'application immédiate d'interdire la vente à découvert sur les 10 plus importantes institutions financières du pays, les emprunts d'état de la zone euro et les produits dérivés (CDS) qui leur sont adossés[39].
26 juin 2010 
La Chine a réévalué sa monnaie de 1,5% peu avant le G20 de Toronto. Mais elle conserve un régime de change qui ancre le Yuan au Dollar empêchant ainsi toute manipulation de son cours. L'agence de notation chinoise Dagong abaisse la note de la France à AA-.
4 novembre 2010 
La FED annonce racheter $600 milliards d'emprunts d'état d'ici juin 2011, après avoir augmenté ses actifs adossés à des créances hypothécaires de plus de $1 000 milliards en 2009[40].
5 août 2011 
Standard & Poor's dégrade la note de crédit des États-Unis en double AA qui totalise 15 billions de dollars de dette publique[41].

Prospective[modifier le wikicode]

Angus Maddison rappelle que les PIB cumulés de la Chine et de l'Inde représentaient la moitié du PIB mondial au début du XIXe siècle[42].


Les modèles financiers sont essentiellement basés sur la courbe théorique de la loi de Gauss que la réalité vient contredire et qui néglige les liens entre les événements[43]. Sur la période 1915-2007, on constate une variation supérieure à 10 fois l'écart type sur 5 années ; pourtant, la probabilité théorique que le cours d'une action dévie de sa moyenne de quatre écarts types est inférieure à 0,01%. Depuis les années 1970, la formule prédictive et empirique du modèle Black-Scholes permet d'estimer la rentabilité d'une action cotée en bourse et la valeur de contrats d'assurance souscrits pour se prémunir contre les fluctuations aléatoires du prix de cette action. Cependant, la capacité prédictive de ce modèle financier ne vaut que dans des conditions ordinaires de fonctionnement des marchés : elle sous-estime de façon dramatique les risques de variations extrêmes du prix d'un actif lors d'événements particuliers, tels que l'évolution brutale d'un indice ou la décision d'un dirigeant... Pire, elle postule le "risque nul" du marché avec des contrat d'assurance comme les CDS. Et comme presque tout le monde sur le marché joue suivant ces règles, il y a un portefeuille pour tous[44].

En 1980, la fin du Glass-Steagall Act, séparant les métiers de banque de dépôt et de banque d'investissement, a permis aux banques américaines de prendre leurs épargnants purement et simplement en otage. La crise bancaire actuelle est d'autant plus dangereuse que la gestion des défauts de crédit a été confiée à des syndicats en situation d'insolvabilité. Cela conduit les banques à augmenter considérablement les primes de risque, de façon à prélever un maximum de trésorerie sur les acteurs solvables du marché.

Dans un marché récessif, les CDS se transforment progressivement en pertes pour les banques ou assurances détentrices desdits titres[45]. Depuis octobre 2008, les mini-cracks successifs (yoyo) démontrent que cette crise boursière mondiale est devenu systémique. De plus, le marché est opaque depuis que le plan Paulson a suspendu l'obligation de mark-to-market.

Jusqu'à l'été 2008, il y avait très peu de différences entre les grandes entreprises pour les CDS, à peine 1 %. Aujourd'hui, il peut y avoir un rapport de un à dix, ce qui freine leurs possibilités d'emprunt[46]. A ce propos, le fait de passer de l'unité à la dizaine est le reflet de la loi de Benford[47]

Comparaison des banques américaines et européennes en 2004

La fin des "prix producteurs" dans les années 70-80 conduit à une instabilité structurelle du cours des matières premières, appelées "commodities"[48]. Les prix de marché sont décorrélés de leur coût de production et des réserves disponibles. Aussi, les cours forcés des matières premières risquent de conduire à des demandes croissantes de conversion et de stockage en dehors du système bancaire. A titre d'illustration, le Vietnam est ainsi devenu en 2008 le deuxième importateur d'or au monde sur le marché des métaux précieux[49][50]. Par ailleurs, l'interdiction des ventes à découvert devrait logiquement obliger les banques à racheter leur position en or[51] [52]. Les institutions, notamment bancaires, ont surévalué largement le potentiel d'autorégulation des marchés. Ainsi, la dérégulation du crédit via les CDS a libéré la spéculation et facilité la décorrélation des cours financiers avec l'économie réelle depuis une décennie. Car les opérations de titrisation des CDS sont d'autant plus profitable qu'elles défaussent le vendeur de toute responsabilité dès la vente de ses titres, contrairement aux emprunts obligataires.

Au niveau mondial, les swaps se chiffraient à plus de six cents mille milliards de dollars USD en 2008 (c'est-à-dire 600 trillion en terminologie anglaise). Le marché américain des produits dérivés est presque totalement contrôlé par 5 banques (JP Morgan Chase, Goldman Sachs, Bank Of America, Citibank, Wells Fargo) pour un montant supérieur à 200 milliers de milliards de dollars, c'est à dire près de 4 fois le PIB mondial[53].

Chacune des banques anglaises Barclays et RBS ont des engagements s'élevant à 2400 milliards de livres en CDS (soit £4,8 milliers de milliards au total)[54]. Charles Goodhart estime que la seule nationalisation du groupe Lloyds Banking ferait passer la dette publique anglaise de 45% à 300% du PIB[55].

Actuellement, les suppressions d'emplois dans la finance mondiale sont de plus de 300 000. Thomas Philippon, professeur à l'université Stern de New York, estime que le secteur financier devrait détruire entre 1 et 1,4 million d'emplois dans le monde du fait de cette crise, dont 700 000 aux États-Unis. 2.9 millions d'emplois ont été officiellement détruits aux Etats-Unis en 2008 et 600000 postes ont été supprimés pour le seul mois de janvier 2009[56]. L'OCDE évalue entre 20 et 25 millions le nombre de chômeurs supplémentaires en 2010.

Comme lors du crack boursier de 1987, l'abaissement généralisée des taux d'intérêt des banques centrales revient à accorder des crédits illimités aux détenteurs de capitaux. Avec sa réserve de $2000 milliards USD, la Chine a donc la plus grande capacité d'emprunt au monde sur le marché. Mais les détenteurs de liquidités peuvent suivre deux stratégies : le rachat d'industries en difficulté ou le stockage de "commodities" hors du système bancaire. Car comment ne pas s'interroger sur la valeur d'une monnaie qui est prêtée moyennant un intérêt quasi nul ?

Le risque d'aboutir à la faillite du système des monnaies fiduciaires est estimée entre 10% et 30% par Mandelbrot. En effet, les CDS freinent la circulation de la monnaie dans l'économie et n'excluent pas le risque d'escroqueries auxquels sont confrontés tous les assureurs.

Depuis 45 années, Benoit Mandelbrot alerte les autorités sur les aberrations mathématiques de la modélisation actuelle du marché qui s'apparentent à de la pseudo-science : entre 1916 et 2003, le modèle gaussien prévoyait 58 jours de fortes variations alors qu'il y en a eu 1000[57]. Il souligne que le marché des produits dérivés est un jeu à somme nulle. En 2008, ce gigantesque casino réunit environ 60 000 milliards de dollars de titres CDS "Credit Default Swap"[58] et de 600 000 milliards de dollars pour le marché des produits dérivés[59]. Lorsque les perdants de ce jeu ne peuvent plus payer les gagnants, cela aboutit au mieux à la mise en cause de leur patrimoine personnel ou au pire à des conflits.

Sans parler du secret bancaire et des trous noirs de la finance mondiale, rien n'oblige un opérateur financier à publier les informations relatives à ses créances ou dettes figurant dans ses engagements hors bilan. On ne peut pas demander à un régulateur de contrôler un territoire dont il n'a pas la carte. Cependant, ce déficit de données scientifiquement analysables devrait être compensé par l'automatisation poussée des marchés, le développement des capacités de stockage informatique et les partenariats bancaires avec des laboratoires universitaires. Grâce à l'électronique et à l'éconophysique, les données de marché vont enfin pouvoir être passées au crible de la science quantitative. Cela permettra de calculer non pas les risques encourus par un établissement, mais les risques que les positions de cet établissement font courir à tout le reste du marché. Par exemple, les opérations de trading représentent 75% des 45 milliards de dollars de revenus de Goldman Sachs en 2009[60]. Force est de conclure que les variations de prix à haute fréquence [jusqu'à la milliseconde] sont largement déconnectées de la valeur réelle de l'entreprise observée au niveau des fluctuations boursières basse fréquence [par exemple sur plusieurs mois][61]. Alors que Jean-Philippe Bouchaud prône la traque systématique des signes avant-coureurs de spéculation ou d'emballement catastrophiques, Didier Sornette préfère mesurer la trop forte croissance de la sphère financière aux dépends de l'économie réelle : 40% des profits de l'industrie automobile américaine sont des revenus financiers et non des ventes de voitures[62] !

Constatant le rôle central des CDS dans la débâcle d'AIG lors de la crise financière de 2008[63], Standard & Poor's estime que Solvabilité II doit entrainer une hausse des exigences en fonds propres de 65% à 75% d'ici 2012 ; en France, le besoin de reconstitution des fonds propres est estimé à près de 50 milliards d'euros[64].

Alors que la dette totale des USA atteint 51 019 milliards de $, le ratio dette totale / PIB est passé à 357% en 2008 (plus du double du niveau atteint à la fin de 1929)[65], les dirigeants américains et européens tiennent le même discours surréaliste : "relancer le crédit !". Les états se lancent dans une fuite en avant dans le déficit public qui atteint une intensité quasiment comparable à celle d'une période de guerre (8 à 12% du PIB selon les pays)[66].

Selon la banque des règlements internationaux, les principaux acheteurs de CDS sont les teneurs de marché pour 69% à la fin du premier semestre 2009 ; les autres grands détenteurs sont les banques à hauteur de 20% de part de marché ; les fonds d'arbitrage hedge funds ne représentaient que 7% des acheteurs de CDS[67]. Le président de la Commodity Futures Trading Commission Gary Gensler assimile les CDS aux autres dérivés de gré à gré. Selon la BRI, 92% des échanges de produits dérivés se font par des transactions de gré à gré[68]. Un an après le lancement de la première chambre de compensation de CDS, InterContinentalExchange revendique la compensation de CDS pour 6400 milliards de dollars depuis sa création le 9 mars 2009 aux états-Unis[69].

Un projet de réforme du système américain de régulation financière est attendue pour fin juin 2010 : l'immense marché des produits dérivés fonctionneraient sur des plateformes transparentes et non de gré à gré. De plus, les banques émettrices de produits titrisés seraient obligées de garder dans leurs bilan au moins 5% du risque attaché à ces produits[70].

Comment occulter le fait que deux séismes financiers majeurs de la fin du XXème siècles ont débuté, l'un en Thaïlande (à l'orée du triangle d'or) et l'autre, au Mexique (où débouche le pipe-line de la cocaïne produite dans l'Amérique andine ?)[71] Pour désembourber la finance mondiale, Goldman Sachs compte sur les fameux BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) "en proie à des criminalités stratégiques".

La vente à découvert sans garantie pratiquée par des banques "trop grosses pour faire faillite" qui s'adossent exclusivement sur leurs états est un risque majeur pour le système financier mondial. Croyant depuis longtemps que les taux d'intérêt allaient tomber à zéro, Maurice Allais a démontré expérimentalement que lorsque le risque est extrême, l'agent économique privilégie la prime de risque la plus élevée même s'il n'a pratiquement aucune chance de l'encaisser. La problématique consiste donc simplement à identifier et suivre les acteurs "solvables"[72] qui spéculent sur la place de marché des CDS.

A la veille du Sommet du G-20 à Séoul en 2010, le président de la banque mondiale Robert Zoellick préconise de faire jouer à l'or un rôle plus important comme valeur internationale pour stabiliser le système des changes[73]. Les accords de réglementation bancaire Bâle III ont ignoré le "risque intermédié" à l'origine de la crise de 2008[74]. A titre d'illustration, le risque d'exposition des banques françaises lié à leurs engagements hors bilan est supérieur au PIB français en juillet 2010 : Crédit Agricole pour 929 milliards d'euros ; BNP Paribas pour 571 milliards d'euros ; BPCE pour 491 milliards d'euros et Société Générale 453 milliards d'euros[75].

Lorsque le taux d'intérêt nominal sur la dette souveraine passe au dessus du taux de croissance de l'économie du pays souverain en valeur, on observe un effet boule de neige : le poids relatif de l'endettement dans le PIB s’accroît et son évolution ne peut plus être contrôlée. Avec un taux moyen de 2 à 3% et une hausse en valeur du PIB de 3.5% en 2012, la France est à la limite de ce point de rupture. La question ne se pose plus pour la Grèce avec 18% de taux d'intérêt, ni pour l'Italie avec 6%.[76]

Pour limiter les risques liés à l'inflation, Amundi Asset Management a récemment confirmé que le portefeuille optimal d'un investisseur prudent doit être constitué à plus de 80% de liquidités : l'argent liquide est roi[77].

En mars 2012, les 4 principales banques américaines sont désormais fortement positionnées sur les produits dérivés qui sont hors bilan (d'où les interrogations de l'ISDA concernant les fonds propres sur produits dérivés qui n'ont pas été inclus dans Bâle III), à hauteur de $71 478 milliards pour JP Morgan, 51,8 billions pour Citibank, 46,3 billions pour Bank of america et 42,8 billions pour Goldman Sachs[78].

Depuis 2008, la crise des CDS est au cœur de la dépression économique mondiale. À terme, l'injection massive de capitaux par les états dans l'économie laisse à penser que l'inflation peut être le deuxième effet de cette crise financière. La dépression décennale risque d'être d'autant plus sévère que l'économie a été gonflée par le crédit depuis l'éclatement de la bulle Internet en 2000. En effet, le cycle ternaire observé par Nikolai Kondratiev est récessif depuis le milieu des années 1990.

Suivant le modèle suédois, l'apparition de nouvelles monnaies locales est possible en Europe pendant cette phase de dépression économique. Le retour des politiques protectionnistes est vraisemblable en cas d'implosion du système monétaire international lors de la prochaine crise attendue vers 2014-2015[79]. Bien que le risque soit nul selon Moody's, les risques de défaut à 5 ans sont estimés à 35% pour l'Italie, 28% pour l'Espagne, 18% pour la France et 10% pour l'Allemagne si on utilise les normes d'évaluation de l'immobilier (CMA)[80].

Notes

Articles connexes[modifier le wikicode]

Sources[modifier le wikicode]