Deux tabloïds appartenant au magnat Rupert Murdoch publient une photo de Saddam Hussein vêtu d'un slip

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20 mai 2005. – Le tabloïd britannique The Sun, appartenant à Rupert Murdoch, magnat américain d'origine australienne, a publié, vendredi 20 mai 2005, plusieurs photos de l'ancien dirigeant irakien Saddam Hussein prises dans son lieu de détention secret, et dont l'une montre l'ancien dictateur debout, vêtu d'un slip et apparemment occupé à plier un vêtement. Ces photos ont conjointement été publiées par le quotidien américain The New York Post, qui appartient également au magnat.

Le directeur de la rédaction du Sun justifie sa décision de publier la série de clichés en expliquant que, selon lui, « [Saddam Hussein] est un homme qui a massacré au moins 300 000 personnes et nous devrions être désolés pour lui parce que quelqu'un l'a photographié ? Il n'est pas maltraité, il lave son pantalon. C'est un Hitler des temps modernes. S'il vous plaît, ne me demandez pas d'être désolé pour lui. » (This is a man who has murdered a minimum of 300,000 people and we're supposed to feel sorry for him because someone's taken his picture? He's not been mistreated. He's washing his trousers. This is the modern-day Adolf Hitler. Please don't ask us to feel sorry for him.)

L'armée américaine, dans un communiqué, s'est dite déçue que « quelqu'un ayant la responsabilité de la sécurité, du bien-être, et de la détention de Saddam puisse prendre et fournir ces photos pour leur publication » (someone responsible for the security, welfare, and detention of Saddam would take and provide these photos for public release). Son bureau de Bagdad annonce l'ouverture d'une enquête officielle en raison de la transgression du code militaire américain et de la probable violation des règles de la convention de Genève sur le traitement humain des prisonniers de guerre (and possibly Geneva Convention guidelines for the humane treatment of detained individuals).

La porte-parole du Comité international de la Croix-Rouge pour le Moyen-Orient, Dorothea Krimitsas, a quant à elle estimé, sans vouloir commenter la publication elle-même, que plusieurs dispositions des conventions de Genève ont été non respectées dans cette affaire.

Le président des États-Unis, George W. Bush, s'exprimant peu après devant la presse alors qu'il venait de rencontrer le Premier ministre danois, Anders Fogh Rasmussen, non concerné par cette affaire, a indiqué soutenir « fermement l'enquête sérieuse et exhaustive qui a été lancée » sur l'origine des photos, et vouloir qu'elle soit « menée à son terme ». Il a ajouté qu'il ne pensait pas que ces photos puissent être source de nouveaux affrontements sanglants en Irak : « Je ne pense pas qu'une photo déclenche des meurtres. Je pense que [les terroristes] sont inspirés par une idéologie qui est si barbare et rétrograde que beaucoup dans le monde occidental ne peuvent pas comprendre leur façon de penser. » (I don't think a photo inspires murderers. I think they're inspired by an ideology that's so barbaric and backwards that it's hard for many in the Western world to comprehend how they think.) Il s'est en outre abstenu de condamner formellement la publication des clichés.

Toutefois, après que la Maison Blanche se fut concertée pendant deux heures avec les responsables miltaires, diplomatiques et judiciaires américains, la position officielle des autorités de Washington a été précisée par un chargé de presse, Trent Duffy, qui a reconnu que la prise de ces clichés puis leur publication dans la presse contrevenaient aux règles militaires américaines et à la Convention de Genève.

Le chef de file des avocats de Saddam Hussein, Ziad al-Khasawneh, qui estime que la publication de ces photos serait, selon lui, « une insulte à l'humanité, aux Arabes et au peule irakien » et ayant annoncé son intention de poursuivre en justice le quotidien britannique ainsi que ceux qui ont participé à la diffusion des images en les sortant du lieu de détention de l'ancien Raïs irakien, la direction du Sun a indiqué vouloir se défendre dans toute procédure engagée contre elle dans cette affaire.

Selon M. al-Khasawneh, s'exprimant au téléphone depuis Amman (Jordanie), « il est clair que les photos ont été prises à l'intérieur de la prison ce qui signifie que des soldats américains ont aidé à la sortie des images » (It is clear that the pictures were taken inside the prison which means that American soldiers have leaked the pictures.). Il a poursuivi en disant que, selon ses vues, ces photos feraient partie d'une « guerre complète contre les nations islamiques et arabes », incluant les abus commis à la prison d'Abu Ghraib à Bagdad et les allégations au sujet d'une profanation du Coran au camp de détention américain de Guantanamo à Cuba.

Sources

Sources francophones
Sources anglophones