France : encore de nouvelles révélations concernant François Fillon

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1er février 2017. – Depuis une semaine, les révélations concernant François Fillon, le candidat des Républicains (LR) à la présidentielle française de mai prochain, s'enchaînent.

Le Canard enchaîné a tout d'abord soupçonné Penelope Fillon, l'épouse de François Fillon, d'avoir bénéficié d'emplois fictifs rémunérés, au total, à hauteur de 600 000 euros, montant jugé élevé.

Puis Fillon a lui-même été accusé d'avoir touché indûment des chèques, sept au total, pour un montant total de 21 000 euros, selon Médiapart. Ces chèques devaient normalement servir à rémunérer les assistants.

Ces affaires laissaient déjà entrevoir la perspective d'une possible renonciation à la présidentielle.

Aujourd'hui, de nouvelles accusations du « Canard » viennent accabler davantage Fillon.
En effet, les sommes perçues par Penelope Fillon dans le cadre de ses emplois présumés fictifs ont été réévaluées par le Canard.
Médiapart a aussi pointé du doigt l'embauche d'une de ses collaboratrices par la Revue des deux Mondes. Comme pour Penelope Fillon, ce serait un emploi fictif. Des soupçons d'emploi fictif planent aussi concernant deux de ses enfants. Ses activités de consultant suscitent aussi des interrogations.

En tout, ce sont donc six affaires qui embarrassent Fillon.

300 000 euros de plus pour les deux emplois présumés fictifs de son épouse

Penelope Fillon n'aurait pas touché « 500 000 euros brut » comme évoqué dans un premier temps, mais 831 440 euros brut, en tant qu'assistante parlementaire de son mari ou du suppléant de ce dernier, Marc Joulaud. Cela porterait non pas sur la seule période 1998-2007, mais aussi sur la période 1988-1990. Un emploi qui serait pourtant fictif.
Ce à quoi il faut ajouter 100 000 euros brut perçus en tant que conseillère littéraire à la Revue des deux Mondes (qui appartient d'ailleurs à l'homme d'affaires Marc Ladreit de Lacharrière, un ami de François Fillon), en ayant produit seulement trois notes de lecture. « À aucun moment (...) je n'ai eu la moindre trace de ce qui pourrait ressembler à un travail de conseiller littéraire », affirme même au Monde Michel Crépu, le directeur de la Revue des deux Mondes à l'époque où Penelope Fillon y était, officiellement, salariée. Un emploi qui serait donc, là aussi, fictif.
Néanmoins, Marc Ladreit de Lacharrière nie avoir embauché Penelope dans l'unique but de tromper son « ennui », comme prétendu par Michel Crépu. « C'est une femme intelligente, elle a lu beaucoup de livres – dont deux résumés seulement ont été publiés », affirme-t-il, ajoutant qu'elle aurait aussi participé à une « réflexion stratégique informelle », n'ayant donné lieu à aucune réunion et dont Michel Crépu aurait été écarté. Mais ce dernier juge « totalement extravagante » cette affirmation.
Ce seraient donc, au total, plus de 900 000 euros brut qu'aurait perçus l'épouse de François Fillon pour ces emplois présumés fictifs. Soit plus de 300 000 euros de plus que ce qui avait au départ été annoncé.

Concernant ces affaires, une enquête préliminaire pour détournement de fonds publics, abus de biens sociaux et recel de ces délits a été ouverte.

À l'occasion de son intervention sur au journal de TF1, jeudi, Fillon avait expliqué que sa femme travaillait pour lui « depuis toujours, depuis 1981, [sa] première élection », ajoutant qu'« [elle] l'a fait bénévolement pendant des années ». Cependant, après le départ d'un de ses collaborateurs en 1997, il « l'[a] remplacé par Penelope », et ce jusqu'en 2013, selon lui. Les dates ne correspondent pourtant pas aux nouvelles révélations du Canard enchaîné.

84 000 euros pour deux de ses enfants

Fillon est accusé d'avoir rémunéré deux de ses enfants comme « assistants » parlementaires alors qu'il était sénateur de la Sarthe, entre 2005 et 2007, selon l'hebdomadaire satirique. Ils auraient touché au total près de 84 000 euros brut. C'est lui-même qui a attiré l'attention sur ce sujet lors de son intervention télévisée de jeudi, en voulant prouver sa « transparence ». « Il m'est arrivé de rémunérer, pour des missions précises, deux de mes enfants qui étaient avocats, en raison de leurs compétences », confiait-il alors. Ces deux enfants ne sont pourtant devenus avocats qu'après que leur père est devenu Premier ministre.

Ces activités ne correspondraient en outre pas à des « missions précises » mais à « un emploi à plein temps d'attaché parlementaire ». Elles seraient « évanescentes », selon Le Canard enchaîné.

L’entourage de Fillon explique cependant que ce dernier a commis « une imprécision de langage » et voulait dire que ses enfants « sont avocats » maintenant et pas à l’époque. Son équipe n'a pas encore réagi aux nouvelles précisions du Canard.

Soupçons d'emploi fictif pour une de ses collaboratrices à la « Revue des deux mondes »

Selon une révélation de Médiapart du mardi 31 janvier, Alexia Demirdjian, une responsable de la campagne numérique de Fillon, a été salariée à partir de mars 2015 au sein de la Fondation Culture et Diversité. Elle n'aurait cependant « [...] pas laissé de trace publique de son passage dans cette structure » pendant un peu plus d'un an. À contrario, son implication dans l'équipe de François Fillon « est, elle, manifeste ».

Là encore, l'équipe de François Fillon nie farouchement. Ainsi, selon Patrick Stefanini, directeur de campagne de Fillon, « [cet] article témoigne d'une forme d'acharnement dont fait l'objet l'équipe de François Fillon ». Il affirme qu'Alexia Demirdjian a vraiment travaillé, pour Force républicaine (association portant l'action politique de Fillon) mais aussi pour la fondation de Ladreit de Lacharrière. « Alexia a été recrutée par Force républicaine dans un premier temps sur la base d'un contrat à mi-temps. Le deuxième mi-temps était celui qu'elle effectuait dans la fondation de Marc Ladreit de Lacharrière. Les choses sont extrêmement claires. Elle a notamment préparé le dixième anniversaire de la fondation et travaillé sur une plateforme concernant l'égalité des chances. », précise-t-il.

L'intéressée aussi réagi : « Je suis profondément choquée et blessée que mon nom et mon honneur soient traînés dans la presse et soient salis, réagit-elle au micro de BFMTV, mardi. Personne ne peut nier que tous les jours où je devais être là, j'étais là (...) Ça fait dix ans que je travaille, dix ans que mon parcours est transparent. », a-t-elle confié.

Des activités de consultant qui posent question

Le Canard enchaîné avait révélé en octobre que François Fillon avait fondé, entre son départ de Matignon en mai 2012 et son retour à l'Assemblée le mois suivant, une société de conseil  du nom de  2F Conseil, qui lui aurait rapporté près de 600 000 euros net entre 2012 et 2015, soit environ 18 000 euros par mois.

Médiapart a pour sa part révélé que Fillon occuperait depuis 2012 un poste de senior advisor du groupe Ricol Lasteyrie et serait aussi membre du comité stratégique du groupe, spécialisé dans le conseil. Ses clients incluent nombre de sociétés du CAC 40, en particulier Air France, Alstom, BPCE, Engie. Il y a travaillé par l'intermédiaire de 2F Conseil. Cet emploi lui aurait rapporté près de 200 000 euros en quatre ans et demi. Il n'a jamais fait état publiquement de ce contrat.

Selon René Ricol, qui a collaboré avec lui quand où il était Premier ministre, François Fillon apportait une aide pour « réfléchir aux défis de la globalisation ».

On ne sait pourtant pas bien en quoi consistaient réellement ces activités. « Ce qui circule, c’est qu'il aurait travaillé pour des sociétés russes (...). On comprendrait alors la complaisance vis-à-vis de Vladimir Poutine », selon Yannick Jadot, candidat écologiste à la présidentielle. Aucune procédure judiciaire n’est cependant engagée sur cette activité à l'heure actuelle.

François Fillon refuse pour l'instant de s'exprimer au sujet de ces activités de conseil, affirmant simplement avoir respecté la loi, interdisant de créer une société lorsque l'on est député. En effet, il ne l'était pas encore au moment de la création de ladite société.

Bruno Retailleau, coordinateur de la campagne de Fillon, a défendu le candidat, affirmant sur BFMTV : « Il m'a dit : « écoute, il n'y a pas une société russe, il n'y a pas un groupe russe, il n'y a pas l’État russe », les choses sont claires. Rien avec la Russie. Les choses ont été parfaitement transparentes, déclarées au fisc, à la Haute Autorité [pour la transparence de la vie publique], chacun peut s'en rendre compte. ».

Plusieurs chèques perçus indûment
Henri de Raincourt

Selon Médiapart, François Fillon se serait « mis dans la poche une partie des crédits théoriquement réservés à la rémunération d’assistants, grâce à un système de commissions occultes ». Cela concerne aussi plusieurs élus ou anciens élus UMP comme Henri de Raincourt ou René Garrec. Ce système est baptisé la « ristourne » : il consiste à parfois transférer le restant de l'enveloppe destinée à salarier des assistants personnels au groupe chargé d’organiser le travail entre élus d'un même bord au lieu de le reverser au Sénat.

François Fillon n'est, lui, pas visé par l'enquête en cours portant sur les faits postérieurs à 2009, alors qu'il n'a été sénateur (de la Sarthe) qu'entre 2005 et 2007.

« Mais d’après des témoignages et documents comptables de l’époque, le sénateur Fillon a bien bénéficié de ce mécanisme clandestin de captation de fonds publics au cours de son mandat », affirme Médiapart. Le Journal du dimanche affirme même que « François Fillon a perçu sept chèques à son nom », un par trimestre, pour « un montant total de l'ordre de 21 000 euros ».

L'entourage de François Fillon se refuse à « [tout] commentaire sur une affaire judiciaire en cours ». Le député LR Éric Ciotti a cependant déclaré sur France Info que l'affaire « ne concerne ni directement ni personnellement François Fillon », mais « tous les sénateurs qui étaient en fonction à l'époque, et cette affaire remonte à une douzaine d'années ».

Une opération de calomnie, pour François Fillon

À la suite de ces révélations, François Fillon se dit victime d’une « opération d’une extrême ampleur, de calomnie très professionnelle », ajoutant qu'« [à] [sa] connaissance, dans l’histoire de la Ve République, cette situation ne s’est jamais produite. Jamais à moins de trois mois d’une élection présidentielle, une opération d’une telle ampleur et aussi professionnelle n’a été montée pour essayer d’éliminer un candidat autrement que par la voie démocratique. ».
« La justice est saisie et j’ai confiance en la justice. Je ne m’exprimerai plus sur aucune des questions qui me sont posées. Je me suis exprimé [lundi] devant les policiers, car j’étais très soucieux d’être entendu très vite. Ils l’ont fait, je suis confiant, je suis serein et j’attends désormais la fin de cette enquête », a-t-il aussi précisé.

Ainsi, le bureau de François Fillon à l’Assemblée nationale aurait été perquisitionné, selon Christian Jacob, président du groupe LR à l’Assemblée.

Marc Joulaud, maire LR de Sablé-sur-Sarthe et député européen, qui fut lui aussi assistant parlementaire, sera aussi entendu ce mercredi par les enquêteurs.

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