Le rejet irlandais du Traité de Lisbonne suscite de nombreuses réactions

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14 juin 2008. – Le rejet par le corps électoral irlandais du Traité de Lisbonne suscite actuellement de nombreuses réactions : consternation dans les milieux gouvernementaux, joie non dissimulée chez les nationalistes et les partisans du non.

Chez les partisans du Traité

La consternation était visible au sein des institutions européennes. Bien que la ratification par les 27 États de l'Union soit nécessaire pour sa mise en application, plusieurs gouvernement ont décidé de poursuivre le processus de ratification par la voie parlementaire. Le président de la commission européenne, José-Manuel Barroso a annoncé que « la Commission européenne pense que les ratifications qui restent à faire devraient continuer à suivre leur cours ».

De leur côté, Nicolas Sarkozy et Angela Merckel ont fait savoir qu'ils espèrent « que les autres États membres poursuivront le processus de ratification ». Ils ont décidé, selon le Télégramme de Brest, de passer outre le refus irlandais.

Selon l'AFP, le Gouvernement Tchèque a fait savoir, que le Traité de Lisbonne était « fini » et qu'il n'était « plus possible de poursuivre sa ratification ».

D'autres voix se sont fait entendre selon lesquelles les Irlandais devraient revoter jusqu'à ce qu'ils consentent à ratifier le traité. Ainsi, Jean-Pierre Jouyet, secrétaire d'État français aux affaires européenne, a souhaité, sur Europe 1, un nouveau vote des Irlandais.

Les opposants au Traité exultent

En Irlande

Declan Ganley, l'une des figures de proue au « non », a estimé que « c'est la troisième fois que le même message est envoyé par plusieurs millions de citoyens européens à une élite à Bruxelles non élue et qui n'a pas de comptes à rendre ».

En France

La plupart des hommes politiques sont consternés par cet événement à l'exception de quelques socialistes, du PCF et de l'extrême gauche. C'est surtout dans les médias souverainistes que la joie était perceptible. Le Front national a pavoisé, du drapeau irlandais, son siège à Saint-Cloud. Les principaux dirigeants de ce parti, Jean-Marie Le Pen en tête, se sont félicités du rejet du Traité de Lisbonne. Le président frontiste a notamment déclaré : « Le Traité constitutionnel est désormais caduc et la forfaiture de Nicolas Sarkozy, faisant revoter le Congrès français sur un texte identique à celui rejeté par le peuple français, est effacée ». Bruno Gollnisch, autre cadre de ce parti, note que « ceci a été obtenu en dépit d’une campagne déséquilibrée et parsemée de mensonges, d'intimidations et de sous-entendus insultants pour les Irlandais ».

En Suisse

Bien que la Suisse n'appartienne pas à l'Union européenne, la presse helvétique reste très attentive sur les questions européennes. Dans un pays très rompu à l'exercice du référendum, la presse écrite estime que Nicolas Sarkozy est le grand perdant de ce référendum.

Selon le quotidien « Le Temps », « Nicolas Sarkozy apparaît comme le dirigeant le plus ébranlé par le “non” des électeurs de l'île. D'abord parce que l'idée de “traité simplifié”, destiné à contourner le rejet de la Constitution européenne par 55% des Français en 2005, venait de lui. Ensuite parce que cet échec risque d'empoisonner la présidence française de l'Union européenne, qui débute le 1er juillet et pour laquelle le chef de l'État nourrissait de grandes ambitions ». Et à ce journal d'ajouter « Pour pimenter leur campagne, les opposants irlandais au Traité de Lisbonne avaient créé une effigie représentant Nicolas Sarkozy en président autiste, décidé à ignorer le vote de son peuple » et de relever des fissures au sein de l'UMP. Jean-François Copé, président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, avait notamment confié : « Combien de référendums faudra-t-il perdre pour enfin comprendre le message des citoyens ? ».

« La Tribune de Genève » pense que « la gifle est de taille pour Paris, qui prendra le 1er juillet la présidence tournante de l’Union européenne ». Selon la « Tribune », Fabio Liberti, directeur des questions européennes à l’IRIS[1] à Paris a notamment confié : « C’est tout d’abord sa complexité. Le Traité de Lisbonne est censé être simplifié, or il compte 350 pages. Seuls les docteurs en droits peuvent s’y retrouver (…) Mais cet échec est aussi causé par la myopie des principaux dirigeants européens qui, après le rejet par la France et les Pays-Bas du projet de Constitution, ont renoncé à associer les peuples au dessein européen (…) Pour l’instant, je ne vois aucun instrument juridique pour sortir de cette situation ».

Le quotidien genevois publie, en outre, une interview de René Schwok, membre de l’Institut européen de Genève. Ce dernier n'est guère tendre sur ce qui vient de passer. « Il est grand temps qu’on arrête de prendre les Européens pour des imbéciles. S’ils disent si souvent non, ce n’est pas pour rien. On leur demande leur avis sur un texte mal fichu, un charabia juridique. Ça fait sans doute l’affaire de commentateurs qui comme moi sont appelés à expliquer ces textes incompréhensibles… mais ça n’encourage certainement pas à voter oui ! », lance-t-il. Il a encore ajouté : « On a fait voter les Irlandais sur le résultat du rafistolage d’un rafistolage de rafistolage ! Le Traité de Lisbonne est une version simplifiée du Traité constitutionnel refusé en 2005 par les Français. Celui-ci était déjà une modification de la “Constitution Giscard” de 2003, fruit de multiples compromis négociés au sein d’une Convention européenne depuis 2001 ».

Notes

Voir aussi

Sources