France : débat de l'entre-deux-tours entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy

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3 mai 2007. – Hier mercredi, Nicolas Sarkozy (UMP) et Ségolène Royal (Parti socialiste) ont débattu en direct sur les chaînes de télévision nationales françaises [1], dans une émission animée par les journalistes Arlette Chabot (France 2) et Patrick Poivre d'Arvor (TF1) aux règles strictement définies en accord avec les deux candidats finaux à l'élection présidentielle en cours. Un tirage au sort effectué au siège du Conseil supérieur de l'audiovisuel avait déterminé que Nicolas Sarkozy ouvrirait le débat, Ségolène Royal le fermant; et que Ségolène Royal se situerait à gauche de l'écran pour les télespectateurs, Nicolas Sarkozy sur la droite. Vingt millions de téléspectateurs environ, soit la moitié du corps électoral enregistré, ont suivi ce moment important de la campagne : il s'agit de l'unique débat en tête-à-tête entre les deux candidats au second tour, et seulement le cinquième du genre dans l'histoire de la Cinquième République française[2].
Rappelons que Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal sont arrivés en tête du premier tour de l'élection présidentielle ayant eu lieu le 22 avril dernier, avec respectivement 31,18 % et 25,87 % des suffrages, devançant les dix autres candidats[3]. De plus, les derniers sondages d'opinions plaçaient M. Sarkozy en tête des intentions de vote (plus de 53 % selon certains instituts), mettant de facto Mmme Royal en position de poursuivante et faisant de ce débat une occasion à ne pas manquer pour infléchir la tendance avant le vote de dimanche prochain.

Pendant le débat
Comme indiqué en remarque préliminaire par Patrick Poivre d'Arvor, le débat s'est articulé autour de « quatre grands chapitres de durée égale : la conception du pouvoir et les institutions, les problèmes économiques et sociaux, les problèmes dits de société, type éducation, famille, recherche, culture, environnement et les relations internationales avec l'Europe comprise. », soit un très large panel de thèmes pouvant aborder les attentes des téléspectateurs. Autant de thèmes également favorables à une opposition nette des idées et positions défendues par chacun des candidats.
Et ce débat de 2H40 n'a pas déçu cette « attente », les échanges y ayant été souvent vifs, sinon tendus[4]. Les téléspectateurs ont pu voir une Ségolène Royal s'efforçant de faire perdre son calme à un Nicolas Sarkozy tentant quant à lui de pointer du doigt les incompétences de la socialiste. Et la friction la plus remarquée à eu lieu sur un sujet relativement inattendu, à savoir la scolarité des élèves handicapés dans des milieux « normaux ». A cette occasion, S. Royal a accusé N. Sarkozy d'avoir atteint « le summum de l'immoralité politique » en ayant diminué les moyens alloués à ce secteur, ce que le candidat UMP a formellement nié : « Pour être président, il faut être calme » a-t-il lancé à son tour. « Je n'ai pas perdu mes nerfs, je suis en colère et il y a des colères très saines, très utiles » a alors répondu Mme Royal, M. Sarkozy répliquant par « Qu'est-ce que ça doit être quand vous êtes énervée ! ».
Les candidats se sont tout de même serrés la main à l'issue de ce duel télévisé, que les politologues pensent capable d'influer sur 1 à 2 % des votes dans le décompte final.

Après le débat
Comme on pouvait s'y attendre après un débat durant lequel aucun des deux protagonistes n'a réussi à prendre le dessus, les deux camps ont revendiqué la « victoire » en mettant en valeur les points forts de leur candidat et en critiquant les faiblesses réelles ou supposées du candidat adverse. Les analystes politiques - interrogés à chaud - sont quant à eux dans l'ensemble assez unanime : il n'y a effectivement aucun vainqueur, ou plutôt, selon l'expression de Christophe Barbier, directeur de la rédaction de l'hebdomadaire l'Express, il y a eu « deux gagnants ». Les deux candidats n'ont pas en effet montré les travers qu'on leur prête, à savoir un manque de sérénité pour Nicolas Sarkozy et une méconnaissance des dossiers pour Ségolène Royal.
Un sondage OpinionWay[5] pour Le Figaro et LCI diffusé ce jeudi indique cependant que Nicolas Sarkozy serait le vainqueur de ce débat pour 53 % des personnes interrogées, Ségolène Royal pour 31 %, le reste les mettant à égalité (15 %) ou ne se prononçant pas (1 %). Ce sondage a déclenché la colère des co-directeurs de campagne de Mme Royal, Jean-Louis Bianco et François Rebsamen : « Sans aucune précision sur les marges d'erreur, [l'institut Opinion Way] proclame que Nicolas Sarkozy serait le vainqueur du débat d'hier soir sur tous les sujets économiques et sociaux, abandonnant les restes d'empathie à Ségolène Royal pour les thèmes dits compassionnels », indiquant aussi leur intention de saisir la commission des sondages.

Notes :
  1. Pas moins de 17 chaînes, hertziennes et numériques, retransmettaient le débat en direct.
  2. Il y eu précédement deux débats entre Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterand en 1974 et 1981, un débat entre François Mitterand et Jacques Chirac en 1988, et enfin entre Jacques Chirac et Lionel Jospin en 1995. Lors de l'élection présidentielle de 2002, Jacques Chirac avait refusé de débattre avec Jean-Marie Le Pen.
  3. Résultats validés par le Conseil Constitutionnel, comme indiqué dans l'article Résultats définitifs du premier tour de l'élection présidentielle française de 2007.
  4. Le lecteur pourra se référer au texte du débat mis en ligne par Libération.fr
  5. Sondage réalisé les 2 et 3 mai sur la base d'un questionnaire soumis en ligne à un échantillon de 978 personnes ayant suivi le débat télévisé entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy. Cet échantillon est issu d'un échantillon de 1 415 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus constitué selon la méthode des quotas.

Voir aussi

Sources

Texte du débat (il semblerait cependant que le texte ne soit pas totalement exhaustif).


Sources anglophones

Sources francophones