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Palestine : Mahmoud Abbas demandera dans une semaine l'adhésion à l'ONU

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Le président de l'Autorité palestinienne ira demander vendredi prochain l'adhésion de l'État de Palestine à l'ONU. Malgré l'opposition d'Israël et la menace d'un veto américain, les Palestiniens semblent prêts à demander au Conseil de sécurité la reconnaissance de leur État.

La Palestine pourrait devenir le 194ème État membre de l'ONU.

Publié le 16 septembre 2011
Mahmoud Abbas, président de l'Autorité palestinienne, a fait part aujourd'hui de son intention de demander l'adhésion de la Palestine à l'Organisation des Nations unies. Dans un discours retransmis à la télévision, il a annoncé que son pays irait demander la recommandation du Conseil de sécurité pour obtenir le statut de membre à part entière. Jusqu'à présent, la Palestine ne dispose que d'un statut d'observateur permanent.

Mahmoud Abbas, en janvier 2011, reçu par la présidente du Brésil Dilma Rousseff.

M. Abbas a annoncé qu'il déposerait vendredi 23 septembre une demande formelle d'adhésion de la Palestine à l'ONU, auprès du secrétaire général Ban Ki-moon. Il a affirmé : « C'est notre droit légitime de demander l'adhésion à part entière de l’État de Palestine à l'ONU », pour « mettre fin à une injustice historique en accédant à la liberté et à l'indépendance comme tous les autres peuples de la Terre, dans un État palestinien sur les lignes du 4 juin 1967 ». « Nous n'allons pas à l'ONU pour isoler ou délégitimer Israël mais l'occupation israélienne », « nous allons à l'ONU pour mettre le monde face à ses responsabilités ». Estimant que cette démarche ne « mettrait pas un terme à l'occupation », il a toutefois déclaré qu'elle renforcerait la position palestinienne. Selon lui, « les négociations, aussi dures qu'elles soient, seront entre un État et un autre ». Il a également appelé à « l'unité nationale et la fin de la division » et demandé aux Palestiniens d'éviter la violence.

L'admission d'un État aux Nations unies se fait en deux étapes : une recommandation du Conseil de sécurité, puis un vote de l'Assemblée générale. S'il est vraisemblable que la Palestine obtienne les deux tiers des voix requis à l'Assemblée générale, il paraît en revanche improbable que le Conseil de sécurité lui accorde sa recommandation. En effet, celle-ci doit recueillir les voix d'au moins neuf des quinze membres du Conseil, sans qu'aucun des membres permanents[1] n'emploie son droit de veto. Or les États-Unis, proches alliés d'Israël, ont déjà annoncé qu'ils feraient usage du leur pour rejeter la résolution sur l'adhésion de l'État palestinien.

En cas d'échec de sa demande d'adhésion à l'ONU, la Palestine pourrait se contenter d'un vote de l'Assemblée générale, à la majorité simple. S'il ne lui permettrait pas de devenir membre à part entière, il lui conférerait cependant le statut d'« État non-membre », dont bénéficie déjà le Vatican. Actuellement, la Palestine est représentée aux Nations unies par une mission observatrice permanente, avec le rang moins élevé d'« entité non-membre »[2]. Ce « plan B » pourrait permettre à la Palestine d'accéder aux diverses organisations rattachées à l'ONU, dont la Cour pénale internationale (CPI). Elle pourrait décider d'y poursuivre Israël pour l'occupation de la Cisjordanie et la construction de colonies de peuplement.

Parmi les adversaires de l'initiative palestinienne figure en premier lieu le gouvernement israélien. Le premier ministre Benyamin Netanyahou prononcera vendredi un discours à l'Assemblée générale de l'ONU, quelques heures après Mahmoud Abbas, pour défendre sa position. Israël, tout comme les États-Unis, considèrent la demande palestinienne comme unilatérale et ne pouvant qu'être nuisible au processus de paix. Selon eux, la paix ne peut être le résultat que de négociations directes. Le processus de paix semble pourtant dans l'impasse, et les négociations directes sont interrompues depuis un an. M. Netanyahou a déclaré cette semaine qu'il accepterait tout relèvement du statut de l'Autorité palestinienne à l'ONU, tant qu'elle n'était pas reconnue comme un État.
En prévision de la demande palestinienne, la diplomatie israélienne cherche à rallier des pays à sa position, notamment européens, et a multiplié les rencontres. Jeudi, le ministre israélien des Affaires étrangères, Avigdor Liberman, a demandé aux ambassadeurs français, allemand, britannique, espagnol et italien de ne pas soutenir la demande palestinienne de changement de statut. Cités par Haaretz, d'autres officiels israéliens se sont opposés à toute compensation envers les Palestiniens pour un abandon de leur démarche au Conseil de sécurité, et leur ont demandé que leurs pays rejettent toute résolution sur la Palestine. Les États-Unis quant à eux pressent l'Union européenne (UE) de pousser la Palestine à aller à l'Assemblée générale, en renonçant au Conseil de sécurité et à la Cour pénale internationale.
En plus du veto, certains hommes politiques américains ont menacé d'un arrêt de l'aide à l'Autorité palestinienne, d'un montant d'environ 500 millions de dollars par an.

Des diplomates américains, ainsi que la haute-représentante de l'UE pour les affaires étrangères Catherine Ashton, ont tenté de dissuader les Palestiniens d'aller au Conseil de sécurité et promu de nouvelles négociations. Mais les propositions n'ont, semble-t-il, pas été suffisantes.
Outre les pressions extérieures, la proposition de l'Autorité palestinienne a été critiquée par le Hamas et le Jihad islamique. Selon eux, Mahmoud Abbas se contredit en parlant de reprendre les négociations avec Israël après l'ONU, alors qu'il déclarait qu'elles étaient dans l'impasse. La demande d'adhésion, « non fondée sur un consensus national », n'aura selon un porte-parole du Hamas que peu de résultats pour les Palestiniens. Elle compromettrait même « des droits nationaux, tels que le droit au retour, notre droit à la résistance et à l'autodétermination », en plus d'exposer à des mesures de rétorsion israéliennes et américaines. Un autre porte-parole estime que M. Abbas ferait mieux d'appliquer l'accord de réconciliation inter-palestinien signé en mai.

La création d'un État arabe dans la région historique de Palestine, prévue en 1948, n'a toujours pas abouti. Parmi les revendications historiques des Palestiniens figurent la création de leur État dans les frontières d'avant la guerre de 1967 (c'est à dire suivant la Ligne verte de 1949), Jérusalem-Est pour capitale et le droit au retour de ceux qui ont fui en 1948 et de leur descendants, les réfugiés palestiniens, dont beaucoup vivent dans les pays arabes voisins. L'accès à l'eau et la question des colonies israéliennes de Cisjordanie sont également des enjeux importants dans le processus de paix.
Il paraît probable que la paix et la reconnaissance mutuelle entre les deux parties devra passer par des compromis, et possiblement par des échanges de territoires. Les autorités israéliennes ont de leur côté plusieurs fois mis en avant le besoin pour leur pays d'avoir des « frontières défendables », et affirmé que celles de 1967 ne l'étaient pas.

En 1988, le dirigeant de l'Organisation de libération de la Palestine Yasser Arafat, alors en exil, proclama unilatéralement l'indépendance de la Palestine. Bien qu'alors essentiellement symbolique, cette déclaration aboutit à la reconnaissance d'un État de Palestine par de nombreux pays. Aujourd'hui, près de 120 États l'ont reconnu, dont la Chine et la Russie. D'autres, comme la France ou l'Union européenne, entretiennent des relations diplomatiques à des degrés divers avec la Palestine.

Notes

Voir aussi

Sources