Le coût humain du nucléaire trop élevé, selon un ministre allemand

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Des militants anti-nucléaire lors d'une manifestation à Berlin le 26 mars 2011.

Dans un pays où la part de la production d'électricité d'origine nucléaire est de 23 %, les déclarations en faveur d'une sortie de l'énergie nucléaire se font de plus en plus nombreuses. Un ministre estime que la sortie du nucléaire est une décision politique responsable dans un numéro de l'hebdomadaire Der Spiegel.

22 avril 2011. – Le ministre de l'Environnement, Robert Röttgen, déclare dans l'article publié aujourd'hui que le faible coût financier du nucléaire ne doit pas faire oublier que son coût potentiel en terme de vies humaines rend ce type d'énergie inabordable à long terme. « À court terme, on peut penser que c'est une source d'énergie peu onéreuse, mais en cas de catastrophe, le prix à payer est trop élevé […] Aucun objectif économique ne justifie de mettre en danger le bien-être des populations actuelles ou des prochaines générations », explique-t-il. Le ministre ajoute que cette décision aura un coût financier. « Tout le monde devra être mis à contribution, que ce soit l'industrie [du nucléaire] ou les ménages ».

Et pour cause, « cela peut représenter 1 à 2 milliard d'euros » par an estimait vendredi dernier le ministre de l'Économie Rainer Brüderle les coûts associés à une sortie anticipée du nucléaire sur les ondes de la radio Deutschlandfunk, tout en précisant qu'un montant précis était « difficile à évaluer ». Le même jour, le quotidien Süddeutsche Zeitung évoquait même un surcoût de 3 milliards d'euros par an, citant « des évaluations internes du gouvernement » mais « cet ordre de grandeur me paraît un peu trop élevé », a commenté M. Brüderle.

En Allemagne, le débat sur le nucléaire a plus qu'été relancé après la catastrophe de Fukushima mais également par la défaite électorale encaissée le 27 mars dans le Land de Bade-Wurtemberg par les conservateurs, au combien en défaveur des pro-nucléaire. La chancelière Angela Merkel avait d'ailleurs indiqué vendredi dernier à l'issue d'une réunion à Berlin avec les ministres-présidents des Länder sur la question du nucléaire qu'elle souhaitait que l'Allemagne sorte « le plus tôt possible ». Et c'est en effet dans cette voie que se dirige actuellement le gouvernement car la loi adoptée en décembre, prolongeant l'activité des centrales nucléaires de douze ans en moyenne (lire notre article), au-delà de la date limite de 2022, fixée en 2002 par le plan de sortie de l'ex-chancelier Gerhard Schröder, est déjà caduque. Et qu'une nouvelle censée indiquer quelles centrales seront arrêtées définitivement, et combien de temps fonctionneront encore celles qui seront maintenues en activité, est en préparation.

Pour les économistes et notamment pour Norvert Röttgen, la catastrophe japonaise a porté un sérieux coup à la troisième économie mondiale et première européenne. Selon lui, ce dramatique épisode va entraîner une importante remise en question de l'énergie atomique, dont on observe déjà les prémisses en Europe. « Le coût engendré par l'accident du réacteur de Fukushima pèsera sur l'économie japonaise pendant des années, voire des décennies », souligne-t-il. « Ce coût économique va provoquer une remise en question de l'énergie nucléaire ».

Côté politique, les partisans de l'atome au sein de la majorité n'ont guère le choix que de faire machine arrière tout en arguant le coût de l'énergie, la hausse des tarifs pour les consommateurs et l'industrie pour défendre leur point de vue. Mais pour le moment, un document examiné à la réunion et qu'a pu consulter Reuters présente un projet gouvernemental en six points qui inclut un programme de cinq milliards d'euros pour développer les énergies renouvelables qui représentent aujourd’hui 17 % de la production d'électricité, part que Berlin souhaite porter à 40 % d'ici à 2020 principalement par le développement de l'énergie éolienne. Quant à la véritable sortie du nucléaire, quand Erwin Sellering, ministre-président du Land de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, déclare que la date la plus tardive possible de la fermeture de la dernière centrale nucléaire allemande serait l'année 2022, le ministre-président de Bavière, Horst Seehofer, dirigeant de la CSU[1], déclinaison bavaroise de la CDU[2], se dit, lui, favorable à une sortie du nucléaire plus rapide, d'ici 2020. C'est d'ailleurs ce qu'exige le SPD[3], qui revendique également l'arrêt définitif des 9 centrales construites avant 1980 et stoppées au lendemain de la catastrophe de Fukushima par un moratoire.

Notes

Sources



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