France : trois jours avec les zadistes du Testet

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Dossier
France : trois jours avec les zadistes du Testet
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Le mur du Fort, construit par les zadistes, pour empêcher la progression du chantier du barrage de Sivens.

5 novembre 2014, sud-ouest de la France. – Les zadistes du Testet en sont à leur 69e jour de résistance au chantier de construction du barrage de Sivens.

Le 26 octobre 2014, les forces anti-émeute tuaient l'écologiste Rémi Fraisse par un tir de grenade sur la zone à défendre (ZAD) du Testet. Depuis, l'attention des médias est tournée vers ce chantier de barrage d'irrigation du département du Tarn, qui fait face à une forte contestation.

Contexte[modifier | modifier le wikicode]

Le chantier est confié à la compagnie d'aménagement des coteaux de Gascogne (CACG), partenaire du conseil général du Tarn. C'est également elle qui a rédigé l'étude démontrant l'intérêt de la construction. La CACG gère plusieurs barrages d'irrigation dans le sud-ouest, dont le barrage de Fourogue, construit illégalement et toujours exploité de manière illégale, faisant peser le soupçon de corruption de copinage au sein de la classe décisionnaire locale.

Une ZAD, sur le modèle de celle de Notre-Dame-des-Landes, s'est implantée en novembre 2013 pour contrer ce projet de construction, qui lui aussi apparaît illégal à plusieurs titres. Il est notamment établi sur une partie de la forêt de Sivens, couverte par des ZNIEFF (zone naturelle d'intérêt écologique, floristique et faunistique) et une zone Natura 2000, zones protégées. L'article de Nicolas Bérard sur Médiapart fait également ressortir plusieurs autres irrégularités dans les procédures. Le diagnostic archéologique n'a pas eu lieu. Enfin, le rapport d'experts demandé par Ségolène Royal, ministre de l'Écologie, pointe lui aussi des éléments permettant de contester l'utilité du projet : zones protégées, surdimensionnement, étude d'impact insuffisante, financement irrégulier.

Cabane construite dans un arbre.

Les travaux sont lancés le 27 août, alors que plusieurs recours en justice sont encore en cours, faisant peser sur le barrage la menace d'une construction illégale. Immédiatement, les opposants, globalement pacifiques et non-violents, font face à une grande violence policière, violence verbale, psychologique et physique. Le cas le plus marquant est celui de la jeune fille dont la main est arrachée par une grenade alors qu'elle se trouvait dans sa caravane, située dans une parcelle non-expulsable où la police anti-émeute n'avait pas de raison d'intervenir. On cite aussi les travaux protégés par un cordon de CRS maintenant un rideau de lacrymogène en permanence, l'incendie des habitations et des effets personnels des zadistes par la police, ou encore l'abattage d'arbres où se trouvaient des zadistes.

Le transformateur objet des affrontements ayant conduit à la mort de Rémi Fraisse.

C'est dans ce contexte qu'une grande manifestation de réoccupation est appelée pour le 25 octobre. Le chantier avait été totalement évacué, à l'exception d'une cabane et d'un groupe électrogène, et la manifestation autorisée. Le retour, en fin de journée, des forces anti-émeute, semble avoir provoqué de nouveaux affrontements, qui durent jusqu'à la fin de la nuit. C'est en se rendant sur le chantier de construction, semble-t-il pour observer les affrontements, que Rémi Fraisse est touché dans le dos par une grenade offensive[1] vers 2h30 le dimanche matin. La police continue ses tirs pendant plusieurs heures après avoir constaté la mort de Rémi Fraisse[2].

Immédiatement, de nombreuses manifestations de soutien ont lieu dans toute la France, notamment dans les villes où les mouvements contestateurs sont les plus importants : Rennes, Toulouse, Paris. Le mouvement écologiste associatif se mobilise lui aussi fortement. Hervé Kempf, sur Reporterre, constate que ce n'est que l'aboutissement d'une longue suite de violences et de dénis de démocratie. Cette coupure entre décideurs et la partie de la population qui se sent concernée par la crise écologique semble résumée par la saillie de Thierry Carcenac : « Mourir pour des idées, c'est une chose, mais c'est quand même relativement bête ».

Manifestation du 1er novembre à Toulouse[modifier | modifier le wikicode]

Le 1er novembre, une manifestation contre les violences policières avait lieu à Toulouse. Les soutiens à la ZAD, de plusieurs tendances, convergeaient avec les soutiens aux mouvements mexicains similaires. Appelée à 15 heures, la manifestation rassemble une heure plus tard cinq mille personnes. Bien qu'autorisée par la préfecture, la manifestation ne peut quitter la place par l'itinéraire prévu, bloqué par la police anti-émeute. La manifestation se scinde alors :

  • certains rejoignent individuellement le lieu prévu d'arrivée du cortège, devant le palais de justice ;
  • deux cortèges quittent la place par des rues non-bloquées par la police.

Partout, la police gaze les manifestants. Un cortège part vers Esquirol, par les rues Peyrolières et de la Dalbade. Des tags jalonnent le parcours, mais aucun bris n'a lieu dans ce quartier populaire. L'accès aux artères principales est bloqué par les CRS, mais les autres rues sont libres de circulation, ce qui cause un écrémage progressif du cortège. La police tente de disperser par gaz lacrymogène dans les rues étroites. Arrivé au quai de Tournis, il ne reste que quelques centaines de manifestants. Des vitrines sont brisées de manière ciblée (aménageurs, grandes entreprises liées aux projets d'aménagement, institutions sociales). Des affrontements ont lieu dans le reste de la ville, à Wilson, place des Salins notamment

Marche blanche le 2 novembre au Testet[modifier | modifier le wikicode]

Le lendemain, une nouvelle manifestation en hommage à Rémi Fraisse a lieu au Testet. Elle rassemble plusieurs milliers de personnes, qui parcourent la zone à défendre, dévastée par les abatteuses qui ont réduit la forêt en copeaux sur le site prévu pour la retenue. La marche blanche est l'occasion de resemer des glands et de planter des arbres. Les dons en nourriture et matériel affluent sur la ZAD.

Renforcement des zadistes[modifier | modifier le wikicode]

Si la plupart des manifestants quittent le site sitôt la marche finie, quelques dizaines d'entre eux restent sur place les jours suivants. Les travaux de mise en défense du site, à l'Altitude et au Fort, déjà bien avancés grâce à la semaine de répit offert par la mort de Rémi Fraisse, s'activent. Un nouveau lieu de vie est construit, appelé l'Île Maurice.

Respect d'un lieu privé par les zadistes.

Le lieu central de résistance, dit le Fort, utilise les fossés du chantier à la manière d'un château fort : un pont-levis est d'ailleurs construit. Des barricades barrent les accès.

Les opposants sont de très diverses origines, géographiques et sociales, et sont soutenus par les locaux (on compte notamment un agriculteur voisin et un industriel local).

Leurs options politiques et leurs motivations sont tout aussi variées : écologistes de diverses tendances, certains évoquant l'écocide que représente l'abattage d'une partie de la forêt de Sivens, anticapitalistes dont anarchistes de diverses tendances, vegans, agriculteurs alternatifs, etc. Certaines personnes réunissent en elles ces différentes motivations.

Le respect de la nature et des lieux est commun à tous : on peut ainsi montrer en exemple la maison du Testet, abandonnée depuis trois mois par son occupante, et toujours respectée par les zadistes qui vivent pourtant dans des conditions difficiles.

Parmi les outils mis en place par les zadistes pour soutenir la lutte, un site internet (Tant qu'il y aura des bouilles) et une radio pirate qui émet directement du camp.

Certains zadistes ayant déjà un long passé de militants, ou ne voulant pas que leurs familles (parents ou enfants) soient menacées, masquent les éléments qui permettraient de les identifier.

Voir aussi[modifier | modifier le wikicode]


Commons Wikimedia Commons possède des documents sur : France : trois jours avec les zadistes du Testet.

Sources[modifier | modifier le wikicode]


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  1. Du même type que celle qui a tué Vital Michalon lors de la manifestation contre la centrale nucléaire de Creys-Malville en 1977, selon Reflets.info lire en ligne , 30 octobre 2014
  2. Cf. «Révélations sur les conversations des gendarmes lors de la mort de Rémi Fraisse» lire en ligne