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Des journalistes citoyens syriens risquent leur vie, la ville de Homs confrontée à la famine

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Les forces syriennes bombardent le quartier de Baba Amr à Homs depuis bientôt un mois. Des civils et des journalistes y trouvent la mort. Wikinews a contacté un journaliste citoyen sur place, qui attire l'attention des médias du monde entier et des Forces armées syriennes. Selon une source de Wikinews, une partie de Homs n'a plus d'eau, et la ville doit faire face à la famine.


Publié le 27 février 2012
Les forces syrienne ont débuté leur assaut sur Homs le 4 février, en utilisant des troupes et en bombardant la ville avec des tanks et de l'artillerie. À ce jour, le bombardement continue. Les soldats sont fréquemment opposés à des manifestants anti-gouvernement et à des combattants de la liberté de l'Armée syrienne libre dans des affrontements violents, souvent mortels. Dans le quartier de Baba Amr, "Omar" [pour sa sécurité, nous n'utiliserons que son prénom], un journaliste citoyen du Centre des médias de Homs, a créé un compte sur le site Bambuser où les utilisateurs peuvent diffuser en direct depuis leurs ordinateurs ou leurs appareils mobiles. Il a ensuite placé une caméra sur l'extérieur de sa maison, surplombant la ville, et diffuse désormais en direct sur internet.

Les évènements violents, et souvent mortels, peuvent résulter, indirectement, de cet action. Les journalistes dont nous parlons dans cet article mettent leur vie en danger pour donner au monde un compte rendu des évènements ; et pour certains, ils y laissent leur vie. Mais leur mort ne peut être accidentelle ; il parait évident qu'il s'agit d'un ciblage volontaire des forces du gouvernement syrien.

Le quotidien

En général, Omar débute sa diffusion juste avant le lever du soleil. À 5 h 18 du matin (EET), à Homs le 9 février, Omar a commencé sa diffusion en direct[1], mais le ciel était encore noir, avec seulement quelques lumières vacillantes dans les environs. Sur le flux audio, on entend par intermittence des tirs de roquettes et d'armes à feu, échangés par les forces syriennes et l'Armée syrienne libre. Au lever du soleil, la fusillade a cessé, la ville a retrouvé son silence, sauf quand un coq accueil le soleil matinal. Alors que la lumière du jour commence à percer, les tanks à l'intérieur de la ville et l'artillerie à la périphérie commencent à pilonner des bâtiments et autres cibles. Tout au long de la matinée, le feu des roquettes et des tanks peut être perçu, se rapprochant de l'emplacement d'Omar.

Camion lance roquettes déployés face à Homs le 5 février.

Vers 07 h 40 EET, après plus de deux heures et demi de diffusion, le micro de la caméra enregistre le bref mais distinct sifflement d'une roquette ou d'un obus fendant l'air. La bombe tombe tout près de l'emplacement de la caméra. La secousse qui en résulte amène celle-ci à vaciller, au bord de la chute, tandis que de la fumée envahit le champ de vision et que des débris tombent du plafond. On entend alors des bâtiments s'effondrer tout près de là.

La caméra continue à filmer, apparemment intacte. La maison d'Omar n'est pas si chanceuse, elle est atteinte par une roquette. En dehors du champs de vision, des gens à l'intérieur de la maison commencent à crier. Moins de deux minutes plus tard, une seconde roquette s’abat sur la maison juste au-dessus de la caméra, la faisant trembler une fois de plus. Le soleil jette l'ombre de la fumée sur la maison voisine alors que d'autres débris tombent sur la caméra. D'autres cris se font entendre : des décombres se seraient effondrés sur des personnes à l'intérieur. Ceux à l'intérieur, courant et criant, couvrent maintenant la diffusion audio : certains commencent à prier tandis que d'autres amènent une voiture pour évacuer les blessés ou les morts. Quelques moments plus tard, quand une autre roquette est tirée, des résidents avertissent qu'une bombe risque de frapper à nouveau la maison. Une explosion se fait entendre, et de la fumée monte à proximité du point d'impact de la roquette.

Quelques minutes plus tard, on aperçoit deux hommes sortir sur leur balcon et regarder dans la direction de la maison qui vient d'être touchée. Ils parlent, regardent et pointent en direction de la maison d'Omar, avec un bruit d'armes à feu dans le secteur. A 07 h 50, ils rentrent et sont hors champ.

Trois minutes plus tard, une roquette est tirée et s'abat sur cette maison, à l'endroit même où ces deux hommes étaient. On ne sait pas si ils ont été tués ou blessés dans cette attaque, mais selon Omar, les bombardements autour de sa maison ont fait cinq morts, trois femmes et deux hommes ; Omar est sain et sauf.

Malgré les morts du 9 février, Omar continue de faire tourner sa caméra en permanence, mais c'est sur le point de changer.

Le 15 février était un matin relativement calme, mais alors que le levée du soleil laisse sa place à la lumière du jour, les roquettes commencent à pleuvoir sur la ville pour le onzième jour d'affilée. Peu après 8 heures EET, un petit panache de fumée noire apparait à droite de l'image[2] : un oléoduc vient de subir son premier tir. Quelques instants plus tard, une seconde bombe est tirée sur l'oléoduc. Une fumée âcre commence à monter rapidement.

Fichier:Fire in the Vicinity of an Oil Pipeline in Homs, Syria.jpg
Photo satellite de l'explosion de l'oléoduc à Homs le 15 février.

Selon Omar, l'oléoduc aurait été bombardé par des avions de l'armée syrienne. Sur une photo satellite du département d'État des États-Unis prise après le bombardement, on peut voir l'oléoduc situé à proximité d'une zone densément peuplée et avec des terres agricoles à l'ouest. La fumée de l'oléoduc couvre la quasi totalité de la zone habitée à l'est.

Omar décide ensuite de quitter sa maison pour accomplir du travail sur le terrain ; une décision fortuite car, comme Omar l'indique sur Twitter, après qu'il eut quitté la maison, une roquette s'est abattue sur celle-ci, faisant un trou dans la façade. Il n'y a pas eu de blessés, la maison étant inoccupée à ce moment. Avec le coucher de soleil et l'oléoduc encore en feu, Omar a éteint sa caméra. Pas seulement pour la nuit, mais indéfiniment. Omar pense qu'il est désormais dangereux de diffuser davantage, il poste sur Twitter : « [Je] suis vraiment embarrassé. Je suis inquiet pour mettre la caméra en direct. C'est devenu très dangereux. » Depuis, Omar a quitté sa maison.

La force des images

Certaines séquences en direct peuvent être essentielles pour faire sortir de Syrie des images de l'effusion de sang qui a lieu dans le pays, mais maintenant, la plupart des sources qui postaient sur Bambuser se sont taries. Le 17 février, le gouvernement syrien a bloquér l'accès au site et à son application pour téléphone portable. En dépit de la réaction du gouvernement, quelques exemples isolés de séquences en direct continuent à faire leur chemin vers l'extérieur de la Syrie, principalement depuis des mobiles.

Bambuser suppose que les autorités syriennes ont bloqué l’accès au site à cause de la vidéo montrant l'incendie de l'oléoduc le 15 février. Cette séquence a été diffusée sur plusieurs chaînes d'information comme CNN, BBC News, Al Jazeera et Sky News.

« Nous pensons que cette séquence a été le déclic pour que le gouvernement syrien bloque l'accès à bambuser.com et empêche de diffuser des vidéos en direct avec des téléphones portables sur la 3G syrienne » explique un communiqué sur le site. Bambuser avait déjà été bloqué dans d'autres pays : l'accès au site avait été bloqué par l’Égypte en janvier 2011 pendant la révolution, et Bahreïn a bloqué le site il y a six mois et il y reste inaccessible à ce jour.

Le communiqué de Bambuser poursuit : « Nous les avons non seulement aidés à faire sortir leur message du pays, mais pour eux cela veut dire beaucoup pour le moral de tout le monde dans leur situation. Ils [le Peuple syrien] savent que le monde regarde, partage et leur donne de l'espoir. Peu importe dans quelles parties du monde il y a des troubles, chez Bambuser, nous ferons toujours de notre mieux pour soutenir et aider les observateurs ».

Les manifestations

Omar n'est pas seul à prendre des risques. Le 18 février ont eu lieu les funérailles de trois hommes, abattus la veille par les forces syriennes au cours d'une manifestation anti-gouvernement, dans le quartier de Mezzeh au centre de Damas.

Plus de 1 500 personnes, dont des femmes et des enfants, ont envahi les rues pour leur rendre hommage. Après une prière, pendant laquelle les parents on garder le silence, la procession est devenue une protestation massive. Alors que les pleureuses (devenues manifestants) marchaient dans les rues, le ciel s'assombrit sur ​​Damas et la neige a commencée à tomber. Le changement de temps a enhardir les manifestants, et leurs chants redoublèrent.

Peu de temps après, les forces syriennes ont entourées la tête du cortège et ont ouverts le feu avec des balles réelles et des gaz lacrymogènes. Paniqué, les gens se sont éparpillés, transformant la marche paisible en débandade. On dénombre un mort et une douzaine de blessés. C'était la première fois que les forces syriennes ouvraient le feu dans le centre de Mezzeh. Ces gens sont juste une petite partie de tous ceux qui ont été tués ou blessés depuis que les soulèvements ont commencés. On estime que de 5 000 à plus de 7 000 personnes ont été tuées depuis janvier de l'année dernière. En conséquence, le 20 février, le Comité international de la Croix-Rouge a annoncé qu'il allait essayer de négocier un cessez-le-feu avec tous les partis « pour faciliter un accès rapide du Croissant-Rouge et de la Croix-Rouge aux personnes dans le besoin ».

La Croix-Rouge veux que les troupes cessent leurs attaques dans les villes qui ont vues le plus de combats pour y distribuer paquets de soins. Bijan Farnoudi, porte-parole de la Croix-Rouge, explique que les discussions prévoient « plusieurs possibilités » quand à la manière dont les paquets seront distribués. Bien que l'organisation ait distribué de la nourriture et des provisions dans le plus grand nombre de villes possibles, les combats intensifs dans des secteurs comme le quartier de Baba Amr à Homs rendent la distribution de l'aide incroyablement compliquée. Même pendant que la Croix-Rouge négocie le cessez-le-feu, un rapports de l'extérieur de Homs rapporte que les forces syriennes sont en train d’amasser des troupes et des tanks à l'extérieur de la ville en préparation d'une invasion par la terre. Selon Omar, les bombardements continus, mais le 24 février, la Croix-Rouge a annoncée qu'elle est autorisée a débuté l'évacuation des femmes et des enfants blessés.

Image des destructions dans le secteur de Bab Dreeb à Homs.
Les journalistes côtoient la mort

Le 21 février, un membre du Centre des médias de Homs a été tué par une roquette alors que les forces syriennes continues leur bombardement de la ville pour le dix-huitième jour consécutif. Rami al-Sayed a été déclaré grièvement blessé par une roquette alors qu'il tentait d'évacuer des gens vers un hôpital de fortune, au cours de ce que les opposants considèrent comme le pire jour de bombardement depuis que les forces syriennes ont commencées leur attaque sur la ville le 4 février. Selon Bambuser, il était avec trois autres personnes dans une voiture quand un obus de mortier les a fauchés, tuant les autres sur le coup. A l'hôpital, Sayed a saigné jusqu'à la mort.

Sayed était un vidéographe « crucial pour faire connaître la vérité à travers ses vidéos postées sur Internet. Il va vraiment nous manquer, en particulier à l'équipe médicale qui comptait sur lui pour documenter toutes les blessures des civils et les décès en vidéo » a déclaré Omar dans une interview à CNN. Sayed était également un des hommes affilié au compte « syriapioneer » sur Bambuser. Comme Omar, il voulait diffuser en direct des séquences des évènement sur le terrain à Homs. Bambuser a publié le dernier message connu envoyé à ses amis et à sa famille : « Babaamr fait maintenant face à un génocide. Je ne vous pardonnerais jamais pour votre silence. Vous tous nous avaient juste donné vos mots mais nous avons besoins d'actions. Cependant nos cœurs seront toujours avec ceux qui risquent leur vies pour notre liberté. (...) Dans quelques heures, il n'y aura plus AUCUN endroit appelé BabaAmr et je m'attends à ce que ceci soit mon dernier message et que personne ne vous oubliera vous qui avez parlés mais qui n'avez pas agit ». Sayed était âgé de 26 ans, et il laisse une petite fille de 18 mois. En décembre, un journaliste citoyen cousin de Sayed, Basil al-Sayed, avait également était tué. Dans un communiqué adressé à Wikinews, Omar décrit Sayed comme son « meilleur ami » et ils travaillaient comme journaliste citoyen depuis « 10 mois », au commencement des soulèvements.

Les morts ne s'arrête pas là. Deux autres journalistes ont été tués le 22 février, au Centre des médias de Homs. Marie Colvin, journaliste au Sunday Times, et le photographe français Rémi Ochlik ont été tués lorsqu'une roquette a frappée le centre. Deux autres ont été blessés dans l'attaque, la journaliste française Édith Bouvier et le photographe britannique Paul Conroy.

Le gouvernement syrien nie son implication, indiquant que leurs morts n'ont « absolument pas » été causées « par l'armée syrienne ». Les jours suivants, E. Bouvier a fait une vidéo appelant les forces syriennes à la laissée quitter Homs pour aller chercher une assistance médicale. P. Conroy a déclaré que, en dépit de ses blessures aux jambes, il était « OK ».

Omar était en conversation sur Skype avec un ami au Centre des médias au moment de l'attaque. Il a enregistré l'audio de l'appel à l'aide d'une caméra et a posté la vidéo sur YouTube ; des bruits d'explosions et des tirs peuvent être entendus tout au long de la vidéo. Des rapports suggèrent que l'attaque visée délibérément le Centre des médias, les communications radio entre les forces gouvernementales syriennes indiquent l'ordre d'attaquer le bâtiment.

Les réactions internationales

C'est à cause de cette situation que le 16 février, l'Assemblée générale des Nations unies a voté à « une écrasante majorité pour appeler à la fois le gouvernement et les forces alliées ainsi que les groupes armés à cesser toutes les violences ou représailles immédiatement ». Le communiqué de presse de l'Assemblé générale exprime sa grave préoccupation quand à la détérioration de la situation en Syrie et « condamne la série de violations commises par les autorités, telles que l'utilisation de la force contre des civils, le meurtre et la persécution des manifestants et des journalistes, et la violence sexuelle et les mauvais traitements, y compris contre des enfants ».

En appelant la Syrie a respecter les obligations découlant du droit internationale, l'Assemblée générale « exige que le gouvernement, en conformité avec le plan d'action de la Ligue arabe du 2 novembre 2011, et ses décisions des 22 janvier et 12 février 2012, fasse cesser toutes les violences et protège sa population ; libère toutes les personnes qui ont été détenues arbitrairement en rapport avec les récents incidents ; retire toutes les forces armées et militaires syriennes des villes et agglomérations et les fasse réintégrer leur caserne d'origine ; garantisse la liberté de manifester pacifiquement ».

137 nations ont voté pour l'adoption de la résolution de l'Assemblée générale, douze s'y sont opposées et 17 se sont abstenues. Comme pour beaucoup de résolutions de l'Assemblée générale, les constatations et les conclusions ne sont pas contraignantes.

Plus tôt, le 4 février, le Conseil de sécurité des Nations unies n'avait pas réussi a adopter la résolution S/2012/77, soutenant la Ligue arabe dans ses actions de maintiens de la paix en Syrie. La Russie et la Chine, membres permanents, avaient utilisés leurs veto.

L'objectif de la Ligue arabe, selon leurs émissaires en Syrie, « est de protéger les citoyens syriens en engagent le gouvernement syrien à mettre fin aux actes de violence, à relâcher les détenus et à retirer toute présence militaire des villes comme Homs, et à mettre fin à la violence en Syrie ». La Ligue a déclarée Homs, Deraa, Idlib et Hama comme les villes principalement concernées par ces incidents. Le rapport affirme que tous ces incidents ont été causés par des « groupes armés » ou par des « entités non mentionnées dans le protocole ».

Le monde loin de la réalité du terrain

Malgré les revendications de la Ligue arabe, les séquences diffusées en direct plus d'un mois après le rapport montrent que les tanks continuent de bombarder des villes tels que Homs. La Ligue, dans son rapport, disait aux Syriens qu'elle « estime que cette crise doit être résolue de manière pacifique par la seule médiation des pays arabes, sans intervention internationale. De cette manière, ils pourraient vivre en paix en complétant le processus de réforme et en amenant les changement qu'ils souhaitent ».

Omar ne partage pas la conclusion de la Ligue, qui dit que les Syriens ne veulent pas d'intervention internationale. Il pense que si « le monde » n'agit pas rapidement, nombreux seront ceux qui succomberont à la famine. Le matériel médical n'est pas arrivé jusqu'aux hôpitaux de fortune et la nourriture se fait rare. Une majorité de la ville n'a plus d'eau et les forces syriennes continuent leur assaut sur la ville. Dans un communiqué adressé à Wikinews mercredi dernier, Omar nous disait « si il [le monde] reste comme ça à nous observer, les gens ne mourront pas dans les bombardements, ils mourront de faim. Nous sommes cernés. Il n'y a plus de nourriture, plus d'eau et il n'y a pas de matériel médical. Si le monde ne fait rien, nous mourrons de faim. Dans les jours qui viennent, la faim fera des ravages ».

Notes

Voir aussi

Liens externes

Sources


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