Arrestation à Madrid de l'ancienne présidente argentine Isabel Perón

Une nouvelle de Wikinews, la source d'informations que vous pouvez écrire.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

14 janvier 2007. – Isabel Perón, veuve du général Juan Perón et ancienne présidente de la République argentine entre 1974 et 1976, a été arrêtée, vendredi 12 janvier 2007, à Madrid, en Espagne, à la suite de la délivrance, la veille, d'un mandat d'arrêt international par le juge argentin Raúl Acosta, qui lui impute une possible implication dans la disparition, durant sa présidence, de l'opposant Hector Aldo Fagetti Gallego.

En raison de son âge – 75 ans –, Mme Perón a été remise en liberté sous contrôle judiciaire, après quelques heures de garde à vue. Les autorités judiciaires argentines devraient désormais préparer une demande d'extradition dont la la transmission et l'examen par la justice espagnole pourraient prendre plusieurs mois.

Isabel Perón, de son vrai nom María Estela Martínez de Perón, est une ancienne danseuse qui était devenue, en 1960 la troisième épouse de l'ex-président argentin Juan Perón. Lors de l'élection présidentielle de 1973, après le retour d'exil du général, le couple avait formé un « ticket présidentiel » (Juan Perón comme candidat à la présidence, Isabel comme candidate à la vice-présidence), qui avait remporté 60 % des suffrages. L'« attelage » présidentiel et matrimonial avait toutefois eu une durée limitée puisque, le général Perón étant redevenu président le 12 octobre 1973, il s'était éteint le 1er juillet 1974, à l'âge de 79 ans. Conformément à la constitution, la vice-présidente Isabel Perón avait alors assumé les fonctions de présidente de la République, qu'elle devait assumer jusqu'au 29 mars 1976, date de son renversement par une junte militaire dirigée par le général Jorge Videla. Mme Perón avait de nouveau pris le chemin de l'exil et, depuis 1981, vivait de nouveau à Madrid, où la justice l'a rattrapée un quart de siècle plus tard.

Durant ses 21 mois à la tête de l'Argentine, Isabel Perón s'était montrée incapable de faire face à une grave crise économique et sociale et avait laissé une grande latitude d'action à son ministre du Bien-être social, José López Rega, surnommé el brujo (le sorcier), ancien policier et ancien secrétaire du général Perón, soupçonné d'avoir financé les escadrons de la mort de la Triple A (Alianza Anticomunista Argentina) dès son accession au ministère du Bien-être social en octobre 1973. Les assassinats imputés à la Triple A étaient d'ailleurs la prolongation, sous une autre forme, de violences antérieures puisque, le jour même du retour du général et de son épouse, le 20 juin 1973, après 18 ans d'exil en Espagne, un massacre jamais élucidé, à l'aéroport d'Ezeiza, avait causé la mort de 13 personnes tandis que 365 autres étaient blessées, au sein d'une foule estimée à 300 000 Argentins venus accueillir le général. Les victimes étaient pour l'essentiel des « péronistes de gauche », de l'ancien mouvement guérillero Montoneros, et la responsabilité du massacre, depuis cette époque, est attribuée à la Triple A en cours d'organisation.

Le juge Acosta, s'il a délivré un mandat d'arrêt invoquant pour le moment la seule disparition d'Hector Gallego, s'intéresserait vivement, selon les médias, à l'implication éventuelle de Juan et Isabel Perón dans les activités de la Triple A, beaucoup d'observateurs de la vie politique argentine et d'historiens doutant de leur ignorance des faits commis durant une période qui préfigurait la « Guerre sale » des années de la dictature militaire, de 1976 à 1983.

L'actuel président argentin, Néstor Kirchner, issu du Parti justicialiste et considéré comme un « péroniste de gauche », a fait savoir, après l'annonce de l'arrestation de Mme Perón à Madrid, que cela ne remettait pas en cause le principe de « réconciliation nationale », mais que les responsables d'un éventuel terrorisme d'État commis avant le putsch de mars 1976 devaient être jugés, tandis que l'un de ses ministres citait expressément, dans un entretien radiophonique le même jour, le cas d'Isabel Perón.

Sources

  • Articles des Wikipédia francophone et anglophone (détails sur la période 1973-1976 et les activités d'Isabel Perón et de José López Rega, etc.)
Source francophone
Sources anglophones


  • Page Argentine de Wikinews Page « Argentine » de Wikinews. L'actualité argentine dans le monde.