Ariel Sharon diffère la libération de 400 prisonniers palestiniens

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8 mai 2005. – Le Premier ministre israélien, Ariel Sharon, a décidé de différer la libération de 400 prisonniers palestiniens, qui avait été convenue le 8 février dernier lors d'un sommet à Charm el-Cheikh (Égypte).

Cette annonce a été faite à l'issue du Conseil des ministres, dimanche 8 mai 2005. Le porte-parole du Premier ministre a justifié cette décision par le fait que, selon lui, « Abou Mazen [autre nom familier de Mahmoud Abbas, président de l'Autorité palestinienne] n'a pris aucune mesure pour juguler le terrorisme qui continue de plus belle », ajoutant que « lorsque les Palestiniens respecteront les engagements pris à Charm el-Cheikh, nous ferons de même, mais pas avant ».

M. Sharon a pris cette décision dans un contexte de colère sourde au sein de son parti, le Likoud, contexte partiellement lié à un tir de roquettes, jeudi 5 mai depuis la bande de Gaza vers la ville israélienne de Sederot, et après la publication le lendemain d'un sondage révélant un forte baisse du soutien au plan de désengagement de la bande de Gaza mis en chantier par le gouvernement l'an dernier : 54 % d'opinions favorables contre 61 % auparavant. En outre, on peut penser que l'opinion publique israélienne est relativement inquiète face à la bonne tenue du parti « radical » Hamas face aux « modérés » du Fatah lors du 3e tour des élections municipales palestiniennes (également jeudi 5 mai), ceci à un peu plus de deux mois des élections législatives prévues le 17 juillet en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.

L'élargissement des prisonniers, qui était considéré comme imminent, résultait des accords passés le 8 février entre MM. Sharon et Abbas lors de leur rencontre en Égypte. L'accord prévoyait la libération de 900 prisonniers – dont 500 ont déjà été libérés par Israël le 21 février dans un « geste de bonne volonté » à l'égard du nouveau « Raïs » –, prisonniers parmi lesquels on compte des combattants incarcérés depuis de nombreuses années.

La partie israélienne a également reporté sine die la restitution de trois villes de Cisjordanie, qui devaient passer sous le contrôle des forces de sécurité de l'Autorité palestinienne, se basant sur le fait que, dans deux des villes qui devaient être restituées, Jéricho et Tulkarem, il n'avait pas été procédé au désarmement des miliciens armés.

Le gel implicite des accords de Charm el-Cheikh a été critiqué, côté israélien, par le travailliste Ophir Pines-Paz, ministre de l'Intérieur dans le gouvernement de M. Sharon. M. Pines-Paz a estimé que, dans l'affaire, les torts seraient partagés, et a émis la crainte d'assister à une rupture du cessez-le-feu entre Israël et les Palestiniens.

Par ailleurs, une rencontre entre Tzippi Livni, ministre israélienne de la Justice, et Soufiane Abou Zaydeha, ministre palestinienne chargé des Prisonniers, devait se tenir dans la soirée du 8 mai. Quelques observateurs ne cachaient pas leur pessimisme, avant cette rencontre, Mme Livni ayant notamment déclaré qu'elle comptait « mettre l'accent sur les demandes faites par Israël aux Palestiniens », après quoi Israël « déciderait si et quand les prisonniers seraient libérés ». Elle ajoutait que le gouvernement israélien s'opposait toujours à la libération de « prisonniers qui ont du sang sur les mains ». De son côté, le ministre palestinien a estimé qu'il était « clair que les Israéliens ont changé de position et sont revenus sur les arrangements convenus à Charm el-Cheikh » et a émis la crainte que ce gel des accords de février ne fragilise la trêve observée depuis le mois de janvier, trêve qui a d'ailleurs été rompue à plusieurs reprises.

Sources