Appel contre les « ratonnades anti-Blancs »

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25 mars 2005. – L'appel contre les « ratonnades anti-Blancs » est le nom donné par commodité, dans les médias français, à une pétition lancée le 25 mars 2005 par la branche française du mouvement sioniste de gauche Hachomer Hatzaïr et la radio communautaire française Radio Shalom.

Genèse de l'appel

Cet appel a été lancé à la suite des violences exercées par des groupes de casseurs lors de manifestations lycéennes, les 15 février et 8 mars 2005 à Paris, lesquelles violences, selon certains des signataires, n'auraient suscité que peu de réactions. La publication de cette pétition a suscité diverses réactions, allant de l'approbation à l'hostilité. Le texte, initialement diffusé sur le site Web d'Hachomer Hatzaïr, est signé à l'origine par sept personnalités de gauche ou réputées « proches » de la gauche :

auxquelles se sont joints, selon les initiateurs de texte, 1 000 lycéens.

Texte de l'appel

La typographie, y compris l'emphase forte (texte en gras) est celle qui est utilisée dans le texte original de l'appel tel que publié par le site Web d'Hachomer Hatzaïr :

Il y a deux ans, presque jour pour jour, le 26 mars 2003, quelques uns d’entre nous lançaient un cri d’alarme.

Quatre jeunes du mouvement Hachomer Hatzaïr venaient de se faire agresser en marge d’une manifestation contre la guerre en Irak parce qu’ils étaient Juifs. Une tentative de lynchage en plein Paris, un scandale.

La mobilisation des médias, des politiques, des simples citoyens, a été formidable.

Mais aujourd’hui les manifestations lycéennes sont devenues, pour certains, le prétexte à ce que l’on peut appeler des « ratonnades anti-blancs ».
Des lycéens, souvent seuls, sont jetés au sol, battus, volés et leurs agresseurs affirment, le sourire au lèvres : « parce qu’ils sont Français ».

Ceci est un nouvel appel parce que nous ne voulons pas l’accepter et parce que, pour nous, David, Kader et Sébastien ont le même droit à la dignité.

Écrire ce genre de textes est difficile parce que les victimes sont kidnappées par l’extrême droite.

Mais ce qui va sans dire, va mieux en le disant : il ne s’agit pas, pour nous de stigmatiser une population quelle qu’elle soit. À nos yeux, il s’agit d’une question d’équité. On a parlé de David, on a parlé de Kader mais qui parle de Sébastien ?

Arguments des signataires

Jacques Julliard, en réponse à trois questions posées par une journaliste de sa rédaction, argüe notamment, le 29 mars 2005, que « l'antiracisme ne se divise pas », d'autant qu'à ses yeux, la « forme de racisme » subie par les « petits Français qui n'en peuvent mais » ne serait « pas isolée ». Il déplore également la quasi-absence de « réaction après ces incidents dans les manifestations lycéennes ». Il se refuse à « généraliser » mais « condamne ces cas isolés » et termine son intervention en soulignant qu'il n'admet pas « cette déviance d'une partie de la population, sous prétexte que leurs ancêtres ont été victimes de la colonisation, car toutes les formes de racisme sont inexcusables ». Source : Le Nouvel Observateur

Réactions positives

  • le président de l'Union des étudiants juifs de France (UEJF), Yonathan Arfi, souligne que, selon lui, « en France, il est difficile de dire que le racisme vient des victimes du racisme. On a du mal à mettre des mots sur les choses, on a parlé de « revanche scolaire » pour parler des agressions racistes dans les manifestations lycéennes », mais que la « problématique soulevée par l'appel serait « juste ».

Réactions neutres

  • Robert Solé, en charge, au sein de la rédaction du Monde, de la Chronique du médiateur « Au cœur du Monde », s'il se garde de prendre parti sur la forme prise par la pétition, reconnaît, dans sa chronique du 27 mars, que la question a soulevé d'intenses débats, notamment dans les forums du site Web de son journal. Il fait en outre le constat que, selon lui, « il ne fallait surtout pas faire le jeu du Front National. On a donc tu, avec les meilleures intentions, ce qui aurait dû être écrit en détail et analysé autrement que par le biais de sociologues bien-pensants ». Il affirme en outre que son journal, s'il a commencé à « aborder des réalités dérangeantes », l'aurait jusqu'ici fait « de manière timide et incomplète ».

Réactions négatives

  • le réalisateur Romain Goupil, qui avait été approché pour contresigner l'appel, a décliné la proposition, estimant notamment qu' « il faut rester prudent pour ne pas instrumentaliser les Blancs contre les banlieues ».
  • la sociologue Esther Benbassa juge cet appel « absurde », ajoutant qu' «  il y a eu des victimes blanches, mais faut-il le monter en épingle, ce qui me frappe, c'est cette revendication de la blanchitude ».
  • le président de la Ligue des Droits de l'Homme (LDH), Michel Tubiana, reconnaît une « dimension raciste » aux actes des casseurs, mais choisit de l'expliquer par une « haine sociale », et de considérer les agresseurs eux-mêmes comme « racistes » serait « réducteur » et « transpire[rait] le mépris à l'égard de certaines couches sociales ». Il estime également qu'il « risque d'accroître les divisions » et que « c'est une démarche communautaire ».
  • le président du Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP), [w:Mouloud Aounit|]], juge notamment que « derrière ces violences, il y a des gens exclus, les violences du 8 mars sont le prolongement d'autres violences ».
  • l'Union nationale lycéenne (UNL) estime quant à elle que la démarche des signataires de l'appel serait « irresponsable et simplificatrice », estimant par exemple que «  les violences qui s'y sont déroulées [dans les manifestations lycéennes] traduisent avant tout un profond malaise parmi les jeunes issus de milieux défavorisés ».
  • le vice-président de SOS-Racisme, Patrick Klugman, pense que « la définition binaire (Blancs-Noirs) n'est pas la bonne grille d'analyse » et qu'il faudrait « démontrer à David, Kader et Sébastien qu'ils ne sont pas seulement des victimes ».
  • l'Union nationale des étudiants de France (UNEF) refuse de croire au « caractère raciste » des violences dénoncées, voyant en elles « avant tout le reflet du malaise social et de la fracture qui se creuse entre lycées de banlieue et de centre ville ».

Sources

Sites Web de la branche française de Hachomer Hatzaïr, du Monde, de Libération, du Nouvel Observateur, de l'Express, de TF1 et RTL.

Notes



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