Nicolas Sarkozy investi candidat de l'UMP à l'élection présidentielle française

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16 janvier 2007. – Nicolas Sarkozy, ministre français de l'Intérieur et, par ailleurs, président de l'Union pour un mouvement populaire (UMP) depuis le 28 novembre 2004, a été officiellement désigné, dimanche 14 janvier 2007, candidat de son parti à l'élection présidentielle des 22 avril et 6 mai prochains.

Le Congrès extraordinaire de l'UMP

Le Congrès s'est réuni, à partir de dimanche matin, au Parc des expositions de la Porte de Versailles, dans les lieux même où Jacques Chirac, moins de quatre mois après sa démission de la tête du gouvernement, avait organisé en décembre 1976 le congrès fondateur du Rassemblement pour la République (RPR), ancêtre de l'actuelle UMP.

Selon les informations communiquées par l'UMP, le vote des militants du parti, qui s'est déroulé dans le courant de la semaine passée, se serait traduit par une participation de 69,06 % des 233 779 adhérents du mouvement. M. Sarkozy, seul candidat en lice, aurait recueilli 98,1 % des votants pour 1,9 % de bulletins blanc et nuls.

Plusieurs nominations ont été annoncées dans l'« état-major de campagne » du candidat :

  • Claude Guéant, directeur de cabinet de M. Sarkozy au ministère de l'Intérieur, assurera les fonctions de directeur de campagne ;
  • Rachida Dati, conseillère au cabinet du ministre, devient l'une des porte-paroles ;
  • Xavier Bertrand, actuel ministre de la Santé, devient également porte-parole, et devrait démissionner du gouvernement en même temps que M. Sarkozy.

Les intentions de M. Sarkozy, quant à la date de sa démission du gouvernement français [1], n'ont pas encore été annoncées. Diverses dates circulent dans les milieux poliitques et journalistiques. Il semble probable que MM. Sarkozy et Bertrand attendront la fin de la session parlementaire, le 22 février, pour demander à Jacques Chirac de mettre fin à leurs fonctions.

Par ailleurs, dans les allées du Parc des expositions, on donnait comme probable la future nomination de Simone Veil comme présidente des comités de soutien à la candidature de Nicolas Sarkozy. L'annonce de cette nomination devrait toutefois attendre la fin des fonctions de Mme Veil au sein du Conseil constitutionnel. Son mandat de neuf années non renouvelables arrive en effet à échéance dans la première semaine du mois de mars.

La matinée de dimanche a d'abord été consacrée à une série de discours de responsables divers de l'UMP, parmi lesquels on a remarqué le bref passage – 37 minutes – du Premier ministre, Dominique de Villepin, et l'absence de tout message de soutien explicite de la part du président de la République, Jacques Chirac. La ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie, qui n'a fait savoir qu'à la dernière minute qu'elle renonçait à une candidature en dehors du parti, semble se réserver, outre des fonctions non définies dans le dispositif de campagne de M. Sarkozy, un rôle de « sniper » face à la candidate socialiste.

Parmi les orateurs s'étant succédés à la tribune d'un congrès qui, selon des sources divergentes, aurait réuni entre 25 000 et 110 000 participants [2], venus de toute la France grâce à 8 TGV et 520 cars, on a remarqué l'ancien Premier ministre Édouard Balladur, Françoise de Panafieu, candidate investie pour l'UMP pour les municipales de mars 2008 à Paris, François Fillon, ancien ministre, donné comme possible Premier ministre en cas de victoire de M. Sarkozy le 6 mai, Jean-Claude Gaudin, sénateur et maire de Marseille, Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense et Alain Juppé, maire de Bordeaux et ancien Premier ministre.

Éléments du discours de M. Sarkozy

Nicolas Sarkozy, le 28 novembre 2004, lors du congrès de l'UMP

Politique intérieure

Concernant la politique intérieure française, Nicolas Sarkozy a émaillé la partie de son discours qui y était consacrée de la répétition, à quatorze reprises, de la formule « la démocratie irréprochable ».

Il a écarté l'idée, qui lui était jusqu'ici prêtée, de recourir à un toilettage en profondeur de la constitution de la Cinquième République, s'élevant contre la propension française à procéder trop fréquemment à une révision de la constitution [3]

Néanmoins, il n'a pas caché son désir de pouvoir, à la manière américaine, pouvoir prendre directement la parole devant l'une ou l'autre des deux chambres du parlement, alors que le premier alinéa de l'article 18 de la constitution stipule, depuis 1958, que « le Président de la République communique avec les deux assemblées du Parlement par des messages qu'il fait lire et qui ne donnent lieu à aucun débat ». Ce souhait d'une présence physique du président de la République à la tribune de l'Assemblée nationale ou du Sénat pour y faire lui-même des déclarations impliquerait évidemment une révision constitutionnelle.

Sans préciser ses vues, M. Sarkozy s'est également prononcé en faveur d'une extension de la participation des citoyens dans l'administration de la justice, en prônant l'examen de « certaines affaires correctionnelles » par des jurys populaires. Rappelant ce que les médias ont couramment qualifié de « fiasco de l'affaire d'Outreau », le ministre de l'Intérieur s'est aussi prononcé clairement contre l'irresponsabilité des juges et pour la possibilité pour ceux-ci de devoir rendre des comptes « comme n'importe quel autre citoyen » pour les « fautes qu'ils commettent ». Il a clos le chapitre judiciaire en rappelant l'équilibre à tenir, selon lui, entre la nécessité de punir durement le crime et de traiter dignement les personnes condamnées, annonçant implicitement un vaste programme de rénovation voire de construction de prisons, dans l'éventualité où il succèderait à M. Chirac le 17 mai prochain.

Dans le domaine social, Nicolas Sarkozy s'est clairement prononcé contre un système de représentativité syndicale qui, en France, « est présumée en fonction du comportement patriotique durant la Seconde Guerre Mondiale », se prononçant au contraire pour la liberté de candidature de tout groupement à vocation syndicale, qu'il soit ou non affilié à une des centrales « reconnues », dès le premier tour de n'importe quelle élection professionnelle.

Enfin, le candidat de l'UMP appelle de ses vœux une démocratie irréprochable « où il n'est pas nécessaire de voter pour les extrêmes pour se faire entendre » ni « de descendre dans la rue pour crier son désespoir » et qui permette, selon lui, « d'arracher le poison de l'extrémisme du cœur de tous ceux qui se laissent entraîner par leur colère et par leur peur parce qu'ils se sentent exclus ».

Politique étrangère

En matière de politique étrangère, M. Sarkozy, s'il n'a pas ouvertement renié ses convictions atlantistes, a toutefois rendu un hommage surprenant à l'actuel président de la République, Jacques Chirac qui, selon lui, « qui a fait honneur à la France quand il s'est opposé à la guerre en Irak, qui était une faute » et appelé de ses vœux « une France qui parle toujours à l'Amérique comme une amie, qui lui dit toujours la vérité et qui sait lui dire non quand elle a tort, qui lui dit qu'elle n'a pas raison quand elle viole le droit des nations ou le droit des gens qu'elle a tant contribué à forger, quand elle décide unilatéralement, quand elle veut américaniser le monde alors qu'elle a toujours défendu la liberté des peuples ». Il s'est aussi voulu le chantre d'une « pluralité des cultures » face à une « culture unique fût-elle américaine » et d'un partenariat égal entre la France et les États-Unis.

Il a également défendu la France en temps qu'exemple, modèle et source de conseils utiles partout dans le monde, notamment sur la question des droits de l'Homme et, grâce aux défis causés par la mondialisation de l'économie, a appelé de ses vœux « une France qui engage sa jeunesse dans l'aide au développement, investira dans les technologies propres et les énergies nouvelles, réduira ses gaspillages, préparera l'avènement d'une société de modération à la place d'une société d'excès ».

Auparavant, s'il avait rappelé sa préférence pour l'adoption par voie parlementaire d'un « traité simplifié », M. Sarkozy a aussi prévenu qu'il entendait « être le Président d'une France qui dira aux Européens : “Nous ne ressusciterons pas la Constitution européenne. Le Président Giscard d'Estaing a fait un travail remarquable, mais le peuple a tranché. » Se défendant par avance contre toute éventuelle accusation de vouloir forcer la main aux peuples français et néerlandais, qui avaient rejeté par référendum, les 29 mai et 1er juin 2005, le Traité établissant une constitution pour l'Europe, il a insisté la nécessité de privilégier le principe de subsidiarité au sein « d'une Europe dans laquelle personne ne peut obliger un État à s'engager dans une politique à laquelle il est opposé, mais dans laquelle aussi personne ne peut empêcher les autres d'agir ».

Enfin, il a rappelé sa conviction selon laquelle, si « l'Europe doit se doter de frontières », il estime pour autant que « tous les pays du monde n'ont pas vocation à intégrer l'Europe à commencer par la Turquie ».

Rassemblement

Enfin, figure obligée pour un candidat à l'élection présidentielle, M. Sarkozy a conclu son discours par un appel au rassemblement, estimant que, « lorsqu'il s'agit de la France, il n'y a plus de camp » et que « tout deviendra possible pour la France, tout deviendra possible si vous le voulez, tout deviendra possible si vous le décidez ».

Réactions en dehors de l'UMP

Gauche

Marie-George Buffet

Marie-George Buffet, secrétaire nationale du Parti communiste français (PCF), en congé de la direction du parti le temps de sa campagne présidentielle, a d'abord souligné le coût élevé du congrès extraordinaire de l'UMP, puis a estimé que le projet de M. Sarkozy représenterait « un immense danger » pour le peuple français, insistant sur ce qui, selon ses vues, constituerait une alternative, à savoir « une France solidaire dont la cohésion et la force se construisent dans le développement de la justice sociale et des libertés ».

Ségolène Royal

Ségolène Royal, candidate soutenue par le Parti socialiste (PS), s'est refusée à commenter le « sacre » de M. Sarkozy à la Porte de Versailles, soulignant, à l'occasion d'une visite de travail dans la région Poitou-Charentes [4], qu'elle continuait son « travail d'élue sur le terrain ».

L'un de ses lieutenants, Julien Dray, député de l'Essonne, porte-parole du PS et par ailleurs « conseiller chargé de la coordination des porte-paroles » de la candidate, a estimé pour sa part que « derrière le pathos idéologique, c'est bien la droite violente française qui revient au galop » et poursuivi en écrivant dans son communiqué que « Nicolas Sarkozy vient de prononcer un discours extrêmement inquiétant pour nos concitoyens et notre pays ».

Droite

François Bayrou

François Bayrou, président de l'Union pour la démocratie française (UDF), s'est exprimé à l'occasion d'un déplacement à Montpellier, lundi 15 janvier. Il a ouvertement douté de la sincérité de M. Sarkozy dans ses appels répétés au rassemblement lors de son discours, estimant que « ce n'est pas parce que le loup se met un fichu sur la tête qu'on le prend pour le Chaperon rouge ». Il s'est en outre élevé contre l'incantation finale du président de l'UMP (« Tout deviendra possible »), en y voyant une « politique de la baguette magique, qui infantilise les citoyens en essayant de leur faire croire que l'État peut tout ». Il a en outre regretté le flou cultivé par M. Sarkozy en matière économique, s'étonnant par exemple que celui-ci, qui fut ministre de l'Économie et des Finances pendant presque huit mois [5], n'ait pas une seule fois évoqué les problèmes du déficit budgétaire et de la dette de l'État.

Son « lieutenant » Maurice Leroy, député de Loir-et-Cher, a préféré quant à lui ironiser sur le coût du congrès extraordinaire de l'UMP. S'exprimant sur la radio France Info, lundi 15 janvier, au cours de l'émission « Question d'info », il s'est élevé contre « ce cinéma et cette gabegie financière » qu'auraient représenté le congrès extraordinaire de l'UMP, y voyant des « dépenses pharaoniques » alors que, selon lui, les Français « n’attendent ni sacre impérial, ni sacre royal ». Par ailleurs, M. Leroy, conforté par les résultats d'un récent sondage [6], qui indiquerait que 66 % des Français ne voudraient pas d'un second tour opposant Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, a ouvertement douté de la « distribution » qui serait « à l'affiche » du second tour du 6 mai prochain.

Philippe de Villiers

Philippe de Villiers, président du Mouvement pour la France (MPF), a annoncé sa préférence, face à une « droite américaine et euromondialiste » qui s'incarnerait dans M. Sarkozy, pour une « droite patriotique et alter-européenne » dont il serait lui-même le représentant.

Son second, Guillaume Peltier, secrétaire général du MPF, a par ailleurs critiqué, pour mieux promouvoir la candidature de son « champion », les deux autres candidats se réclamant, d'une manière ou d'une autre, du souverainisme, à savoir Jean-Marie Le Pen qui, selon lui, « donne des coups de gueule qui n'aboutissent jamais » et Nicolas Dupont-Aignan [7], dont il doute qu'il puisse mener à bien sa campagne, en raison de la faiblesse de ses moyens financiers.

Nicolas Dupont-Aignan

Nicolas Dupont-Aignan, député de l'Essonne, président du club Debout la République, ne s'est pour sa part pas exprimé publiquement depuis son annonce, samedi 13 janvier, de son départ de l'UMP. Dans un entretien avec l'Agence France-Presse, M. Dupont-Aignan avait justifié sa décision par le refus que lui aurait opposé Nicolas Sarkozy de pouvoir s'exprimer à la tribune du congrès pour y détailler les raisons du maintien de sa candidature en dehors du parti.

Bruno Mégret

Bruno Mégret, président du Mouvement national républicain (MNR), qui avait récemment renoncé à se présenter à l'élection présidentielle pour se réconcilier spectaculairement avec Jean-Marie Le Pen, au sein d'une « Union patriotique », a estimé, dans un communiqué publié le jour du rassemblement à la Porte de Versailles, que « l'intronisation de M. Sarkozy est un non-événement », puisque sa candidature probable était connue depuis cinq ans, et souligné son coût de 3,5 millions d'euros.

Jean-Marie Le Pen

Jean-Marie Le Pen, président du Front national (FN), estime, sans grande surprise, que, si le président de l'UMP a répété à 80 reprises le mot « France » dans son discours, cela ne saurait, à ses yeux, « cacher le fait qu'il travaille en réalité à la disparition de la France dans un conglomérat euromondialiste ». M. Le Pen semble ne pas croire M. Sarkozy dans sa volonté de promouvoir désormais le principe de subsidiarité plutôt qu'une nouvelle mouture du projet de constitution européenne, puisqu'il rappelle une analyse périodiquement rappelée depuis deux ans par le FN, selon laquelle le candidat UMP « a fait campagne pour la Constitution européenne, feuille de route d'un super-État européen, qui achève de détruire l'indépendance de la France, et relègue la fonction de président de la République française à celle d'un gouverneur de province ayant moins de pouvoirs qu'un gouverneur d'État aux États-Unis d'Amérique ».

Sondage

Le premier sondage d'opinion réalisé après l'investiture de M. Sarkozy a été réalisé dans le courant de la journée du lundi 15 janvier, auprès d'un échantillon national de 817 personnes, par l'IFOP, pour le compte de l'hebdomadaire Paris-Match.

Selon les résultats de cette enquête, M. Sarkozy devancerait de quatre points Mme Royal, en cas de second tour les opposant, par 52 % contre 48 %, soit une inversion par rapport à la précédente enquête qui les créditait respectivement de 49 % et 51 %.

Il importe toutefois de rappeler l'importante marge d'erreur pouvant exister en matière de sondages, surtout basés sur un échantillon relativement faible numériquement, et rappeler que, à l'occasion de l'investiture de Mme Royal par le Parti socialiste, un sondage réalisé les 17 et 18 novembre avait vu la candidate socialiste prendre la tête des intentions de vote en cas de second tour l'opposant à l'actuel ministre de l'Intérieur.

Notes

Sources

Sources francophones
  • ((fr)) – Claire Bommelaer, Philippe Goulliaud et Bruno Jeudy« Les six questions de l'après-congrès ». Le Figaro16 janvier 2007.
  • ((fr)) – Bruno Jeudy« Sarkozy veut se “tourner vers tous les Français” ». Le Figaro15 janvier 2007.
  • ((fr)) – Judith Waintraub« Bayrou ajuste son tir sur "les jumeaux Sarko-Ségo" ». Le Figaro16 janvier 2007.