Nicaragua : Daniel Ortega de retour à la présidence de la République

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Daniel Ortega en 2007.

11 janvier 2007. – Seize ans après sa défaite à l'élection présidentielle devant Violeta Chamorro, le sandiniste Daniel Ortega a fait son retour à la présidence de la République du Nicaragua, mercredi 10 janvier 2007, en prêtant serment, pour un mandat de cinq ans, dans l'enceinte de l'Assemblée nationale, à Managua devant un parterre de 2 000 invités.

M. Ortega avait été élu, dimanche 5 novembre 2006, dans un scrutin où, avec son co-listier Jaime Morales Carazo, ancien membre de la direction de la guérilla anti-sandiniste dite « Contras », il avait réuni 37,99 % des suffrages, devant ses adversaires de droite Eduardo Montealegre, qui avait obtenu 28,30 % des voix, et José Rizo, qui avait réuni 27,11 % des suffrages.

Au sein des invités nicaraguayens à la cérémonie d'investiture, on a remarqué les trois prédécesseurs de M. Ortega à la présidence de la République :

  • Violeta Chamorro, présidente de 1990 à 1997 ;
  • Arnoldo Alemán, président de 1997 à 2002. M. Alemán, condamné à une peine de 20 ans de prison pour blanchiment d'argent et corruption, semble avoir bénéficié d'une autorisation de sortie de son ranch pour se rendre aux cérémonies ;
  • Enrique Bolaños, président de 2002 à 2007.

Parmi les autres invités nicaraguayens de marque figurait aussi le cardinal Miguel Obando y Bravo, archevêque émérité de Managua, qui avait marié religieusement Daniel Ortega et la poétesse Rosario Murillo, en septembre 2005, après des années d'union libre.

Armes de la République du Nicaragua, dans leur dernière version adoptée en 1971, largement inspirées des armes de la république fédérale des Provinces unis d'Amérique centrale créées en 1823.

Parmi les personnalités étrangères, on notait la présence du président bolivien Evo Morales et du président vénézuélien Hugo Chávez. Ce dernier, qui inaugurait le jour même le nouveau mandat pour lequel il a été réélu le 3 décembre dernier, est d'ailleurs arrivé avec 90 minutes de retard sur l'horaire prévu, ce qui a conduit à retarder d'autant la cérémonie d'investiture. Le nouveau président mexicain, Felipe Calderón, d'un bord opposé à celui des présidents bolivien et véézuélien, était également présent et s'est entretenu avec M. Ortega.

La république de Cuba, était pour sa part représentée par Jose Ramon Machado Ventura, membre du Bureau politique du Parti communiste cubain et vice-président du Conseil d'État, et trois personnalités de rang moindre, œuvrant toutes trois dans le domaine diplomatique, ce qui cadre avec l'entrefilet consacré, avant la cérémonie, par Granma, organe officiel du comité central du Parti communiste cubain, selon lequel « la délégation cubaine aura des conversations avec les nouvelles autorités nicaraguayennes et autres délégations officielles présentes à la cérémonie ». L'absence à Managua de Raúl Castro, vice-président du conseil des ministres et ministre de la Défense, qui assure par intérim les fonctions de son demi-frère Fidel Castro, président du Conseil d'État, président du Conseil des ministres et Premier secrétaire du Parti communiste cubain, gravement malade depuis juillet 2006, est à première vue surprenante, tout en pouvant s'expliquer par d'éventuelles difficultés liées à la transition du pouvoir à Cuba, voire par des craintes liées à l'état de santé chancelant du lider maximo.

Les États-Unis, pour leur part, qui n'avaient pas ménagé leurs critiques à l'encontre de leur ancien ennemi durant toute l'année 2006, ont envoyé aux cérémonies une délégation présidée par Michael Leavitt, secrétaire à la Santé et aux Services humains. On avait par ailleurs appris, mardi, que le président George W. Bush avait téléphoné à Daniel Ortega, lundi 8 janvier, pour évoquer la coopération bilatérale entre les deux pays, en matière de réconciliation, de démocratie et de création d'emplois. M. Leavitt était d'ailleurs arrivé dans la capitale nicaraguayenne dès mardi et s'était entretenu avec le président élu de projets de coopération, parmi lesquels le financement américain d'une école de travailleurs de la santé.

Après la cérémonie d'investiture, l'ancien guerillero a pris la parole devant une foule estimée à 300 000 personnes, réunies sur la place de la Foi, dans la capitale nicaraguayenne, devant laquelle il a insisté sur les fléaux qui frappent le Nicaragua et dont il espère être un vecteur de guérison. En premier lieu, la pauvreté, qui place le Nicaragua à l'avant-dernier rang des pays d'Amérique latine et des Caraïbes, juste devant Haïti, mais aussi l'analphabétisme.

Le nouveau président nicaraguayen, s'il n'a pas fondamentalement renié ses attaches marxistes, semble toutefois désormais vouloir privilégier une sorte de troisième voie « à la nicaraguayenne », dans laquelle il aurait de bonnes relations aussi bien avec Washington [1] qu'avec les nations latino-américaines ayant des dirigeants de gauche (Cuba, la Bolivie, le Venezuela) [2].

Notes

Sources

Sources francophones
Sources anglophones
  • ((en)) –  « Machado Ventura to Nicaragua for Ortega Inauguration ». Granma (journal)10 janvier 2007.