Les médias prêtent à George W. Bush l'intention d'augmenter l'effectif des troupes américaines en Irak

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Carte de l'Irak

2 janvier 2007. – Des rumeurs de plus en plus insistantes dans les médias anglo-saxons prêtent au président américain George W. Bush l'intention d'augmenter sensiblement l'effectif des troupes américaines déployées en Irak et d'en faire l'annonce dans les jours à venir, en tout cas avant le discours sur l'état de l'Union, qui doit être prononcé le 23 janvier prochain

Si cette inflexion de la stratégie américaine se révélait exacte, elle irait à contre-courant d'une opinion publique américaine qui semble de plus en plus hostile au coût humain de la guerre en Irak, guerre dont le total des victimes militaires américaines vient de franchir le cap symbolique de 3 000 soldats tués.

En outre, les élections de mi-mandat, le 7 novembre dernier, ont vu le parti démocrate, désormais soucieux de sortir le pays du « bourbier irakien », remporter une majorité en sièges dans les deux chambres du Congrès américain.

Le sit-in/die-in du 28 décembre

Cindy Sheehan, le 13 septembre 2005

On avait relevé, jeudi 28 décembre, l'anecdote des cinq militants pacifistes qui avaient perturbé, pendant moins d'une demi-heure, la circulation sur une route proche du Prairie Chapel Ranch, propriété du président Bush située à Crawford, dans l'État du Texas, en s'asseyant ou se couchant sur la chaussée, empêchant le passage d'une escorte motorisée se rendant dans la propriété présidentielle.

George W. Bush et son épouse prenaient une semaine de vacances dans leur ranch et, lorsque l'incident s'est produit, ils recevaient la visite du vice-président Dick Cheney, de la secrétaire d'État Condoleezza Rice et du secrétaire à la Défense Robert Gates.

La militante pacifiste Cindy Sheehan, mère d'un soldat de 24 ans tué en Irak en avril 2004, avait ensuite expliqué au Waco Tribune-Herald, un quotidien de la région, que sa protestation visait à attirer l'attention sur l'intention prêtée au président Bush d'augmenter le nombre des soldats américains engagés en Irak.

Mme Sheehan, qui réside ordinairement à Vacaville, dans l'État de Californie, s'était déjà fait remarquer par le passé en ayant organisé, durant cinq semaines, un camping sauvage pacifiste à proximité de la limite du ranch de M. Bush, en août 2005.

Les vœux présidentiels

Dans son message écrit de vœux de Nouvel an, diffusé le 31 décembre, le président George W. Bush, après avoir évoqué la situation politique intérieure américaine, consacre deux paragraphes à la guerre contre le terrorisme et à l'intervention en Irak.

Il estime notamment que « l'an dernier, l'Amérique a poursuivi sa mission pour combattre et gagner la guerre contre la terreur et pour promouvoir la liberté comme alternative à la tyrannie et au désespoir ». Il réaffirme sa détermination à « poursuivre l'offensive contre les ennemis de la liberté, à accroître la sécurité [des États-Unis], et à travailler vers un Irak libre et unifié », puis sa conviction que « la défaite des terroristes et des extrémistes est le défi de notre temps », et que les États-Unis « répondron[t] à l'appel de l'histoire avec confiance et combattron[t] pour la liberté sans hésitation ».

La veille, le président Bush, dans son communiqué de réaction à l'annonce de l'exécution de Saddam Hussein, avait déjà laissé entendre qu'il n'envisageait guère d'inflexion de la stratégie suivie depuis près de quatre ans. Il concluait son commentaire en laissant prévoir « beaucoup de choix difficiles et des sacrifices supplémentaires » et en argüant de « la nécessité, pour assurer la sûreté et la sécurité des Américains, de ne pas mollir et de s'assurer que la jeune démocratie irakienne continue à progresser ».

Le contexte politique

Signe de l'impopularité croissante de la guerre en Irak, même des républicains « bon teint » se mettent à critiquer ouvertement la gestion de la guerre.

Richard Lugar, sénateur de l'Indiana et président sortant de la commission des Affaires étrangères, invite le président Bush à mener des membres du Congrès avant toute annonce d'un accroissement du nombre de soldats américains en Irak. Le sénateur rappelle que le nouveau Congrès dispose d'une majorité opposée au président et que négliger ce rapport de forces pourrait entraîner de sérieuses difficultés pour l'hôte de la Maison Blanche. Il a également regretté que l'administration Bush ait négligé de consulter les parlementaires sur la conduite de la guerre.

Arlen Specter, sénateur de Pennsylvanie, estime de son côté que rien ne lui paraît justifier un accroissement des effectifs américains en Irak, tout en disant disposé à entendre les justifications du président Bush. Il se montre en outre partisan de larges consultations diplomatiques sur l'avenir de l'Irak, impliquant non seulement des puissances régionales « amies », comme la Turquie, la Jordanie ou l'Arabie saoudite, mais aussi des pays comme l'Iran ou la Syrie, rangés par l'administration Bush dans l'« Axe du mal ».

Chuck Hagel, sénateur du Nebraska, se serait déclaré, selon l'éditorialiste conservateur Robert Novak, « absolument hostile à l'envoi de troupes supplémentaires en Irak », stratégie qu'il aurait qualifiée de « folie ».

Du côté démocrate, les critiques abondent également, parmi lesquelles celles de de deux candidats à l'investiture du parti pour l'élection présidentielle de 2008.

Tom Vilsack, gouverneur de l'Iowa, estime par exemple que les États-Unis ne pourraient commettre de « plus grande erreur que de suggérer qu'une augmentation des effectifs [...] serait susceptible rendre l'Irak plus sûr ou meilleur ».

John Edwards, quant à lui, ancien sénateur de la Caroline du Nord et ancien candidat à la vice-présidence en 2004, qui avait pourtant voté en faveur de la guerre, estime que ce plan d'augmentation des effectifs américains en Irak porterait la marque du sénateur républicain de l'Arizona, John McCain, et pense que ce dernier est dans l'erreur.

On rapporte également des signes de malaise au sein des forces armées américaines. Le journal Military Times a publié les résultats d'un sondage mené auprès de ses abonnés, qui montre que 35 % des militaires d'active soutiendraient la conduite de l'affaire irakienne par George W. Bush et que 42 % la désapprouveraient. Le journal estime que la marge d'erreur de ces pourcentages serait de 3 %.

Un autre sondage, mené au début du mois de décembre pour Bloomberg et le Los Angeles Times, tend à montrer que, au sein de l'opinion publique américaine, la guerre serait encore plus impopulaire que parmi les seuls militaires, 52 % des personnes interrogées se montrant favorables à un retrait des troupes américaines d'Irak dans un délai fixé à l'avance, contre 12 % qui soutiendraient l'idée d'une augmentation numérique du contingent déployé.

Les supputations des médias

Les médias anglo-saxons estiment que George W. Bush pourrait annoncer son intention d'augmenter l'effectif des forces américaines en Irak de 15 000 à 30 000 soldats, et que cette annonce pourrait prendre la forme d'une allocution télévisée, au cours de laquelle serait mise en avant la nécessité du « sacrifice ».

Certains commentateurs estiment que cette annonce pourrait survenir dans le courant de la semaine, et d'autres tablent pour le milieu de la semaine prochaine. Dans tous les cas, cette annonce, si elle se confirmait, devrait survenir avant le 23 janvier.

Une inconnue de poids réside dans l'attitude qu'adopterait le Congrès à majorité démocrate en cas d'annonce par George W. Bush de la nécessité « du sang, de la peine, des larmes et de la sueur », pour reprendre la formule de Churchill. Certains pensent que les parlementaires pourraient choisir de ne pas se heurter de front au président, préférant continuer à pointer ses erreurs de stratégie, mais d'autres estiment que certains congressistes républicains pourraient ne pas hésiter à mêler leurs voix à celles des démocrates pour s'opposer aux intentions martiales du président.

Sources

  • Articles de Wikipédia, en langues française et anglaise, sur Cindy Sheehan et les mouvements opposés à la guerre en Irak.
Sources anglophones