Le Québec s'achemine vers un gouvernement minoritaire en sièges à l'Assemblée nationale

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Localisation du Canada

27 mars 2007. – 5 millions d'électeurs de la province canadienne du Québec étaient appelés aux urnes, lundi 26 mars 2007, pour renouveler les 125 sièges de l'Assemblée nationale.

Selon diverses projections faites deux heures après la clôture du scrutin, il semble que l'on s'achemine vers une situation inédite depuis 1878, avec trois formations politiques au coude-à-coude, tant en nombre de suffrages qu'en nombre d'élus, ce qui devrait conduire à la formation d'un gouvernement minoritaire, chose non inhabituelle au Canada au niveau fédéral, mais dont les Québécois ont perdu l'habitude depuis le gouvernement libéral minoritaire des années 1878-1879.

Le Parti libéral étant arrivé premier tant en nombre de suffrages qu'en nombre de sièges, le Premier ministre sortant Jean Charest devrait être prochainement chargé de former un gouvernement minoritaire.

Les résultats partiels

Localisation de la province du Québec, sur la carte du Canada

Environ 5,6 millions d'électeurs étaient appelés à exercer leur droit de vote dans 24 166 bureaux de vote, ouverts de 9 h 30 à 20 h, au cours d'un scrutin pour lequel étaient mobilisés, selon le communiqué de Marcel Blanchet, directeur général des élections, plus de 100 000 personnes destinées à assurer la bonne marche des opérations. 679 candidats briguaient les suffrages des électeurs, dans 125 circonscriptions, où le vote se faisait selon le système du scrutin uninominal majoritaire à un tour.

À la fermeture des bureaux de vote, on estimait la participation à 71,21 % des électeurs inscrits, soit en légère progression par rapport à 2003, où elle n'avait atteint que 70,49 %, mais largement en deça des taux de participation habituellement observés, qui dépassent couramment la barre de 75 %. Un motif de satisfaction pour les organisateurs des élections : le taux de votes par anticipation a quasiment doublé par rapport à 2003, s'élevant cette année à 10,23 % [1].

Selon le décompte publié par Radio-Canada à 1 h 28 (heure locale, soit 5 h 28 UTC et 7 h 28 heure d'été de l'Europe occidentale), après dépouillement des bulletins de 24 131 bureaux de vote sur 24 133, le Parti libéral (LIB) conserverait le titre de premier parti du Québec, avec 33,08 % des voix et une probabilité de 48 sièges, suivi de l'Action démocratique du Québec (ADQ), avec 30,80 % des voix et une probabilité de 41 sièges et enfin du Parti québécois (PQ) avec 28,32 % des voix et 36 sièges.

Les deux autres formations ayant fait un score significatif n'auraient pas fait une percée suffisante pour pouvoir obtenir des élus : le Parti vert du Québec est crédité de 3,89 % des voix et Québec solidaire (« gauche radicale ») de 3,65 %. Les candidats indépendant, sans désignation et de trois autres petites formations (Parti marxiste-léniniste du Québec, Bloc Pot et Parti démocratie chrétienne du Québec) n'auraient pas dépassé un score global de 0,25 % des voix.

Les trois principales formation sont généralement considérées comme :

  • indépendantiste et sociale-démocrate, pour le Parti québécois ;
  • nationaliste et « autonomiste » pour l'Action démocratique du Québec (dont les positions sur la question de la souveraineté du Québec apparaissent assez floues) ;
  • fédéraliste et libérale, pour le Parti libéral du Québec.

Les commentaires

Jean Charest, Premier ministre libéral sortant, qui avait déclenché les élections le 21 février dernier, avait pendant un moment été donné par les médias comme ayant été battu, dans sa circonscription de Sherbrooke, par Claude Forgues, candidat présenté par le Parti québécois, mais les résultats les plus récents semblent toutefois montrer qu'il aurait été réélu d'extrême justesse.

Si la tendance montrée dans les résultats partiels se confirme, l'électorat québécois aura dessiné une « géographie électorale » différente de ce que montraient les dernières sondages publiés :

  • le sondage réalisé du 15 au 22 mars par l'institut CROP pour le compte du quotidien La Presse, auprès d'un échantillon de 1 053 personnes, montrait ainsi des intentions de vote s'élevant à 34 % pour le Parti libéral, 28 % pour le Parti québécois, 25 % pour l'Action démocratique du Québec, 8 % pour le Parti vert du Québec et 5 % pour Québec solidaire [2] ;
  • un sondage Léger Marketing-The Gazette-Journal de Montréal-TVA, réalisé du 19 au 23 mars auprès d'un échantillon de 1 000 personnes, estimait les intentions de vote à 35 % pour le Parti libéral, 29 % pour le Parti québécois et 26 % pour l'Action démocratique du Québec [3] ;
  • un sondage Strategic Counsel-Globe and Mail-CTV, réalisé les 21 et 22 mars auprès d'un échantillon de 1 000 personnes, offrait une « photographie » de l'opinion publique un peu différente, puisqu'elle plaçait le Parti québécois en tête, avec 31 % des intentions de vote, suivi de près par le Parti libéral, avec 30 %, et par l'Action démocratique, avec 28 % [3].

Bien que les instituts de sondage fassent état d'une marge d'erreur de 3 %, on remarque tout de même une baisse notable, dans les résultats des urnes comparés aux intentions de vote mesurées par les sondages, tant pour le Parti libéral que pour pour le Parti vert et Québec solidaire, tandis que l'Action démocratique semble au contraire sensiblement à la hausse.

Les conséquences

La majorité absolue, au sein de l'Assemblée nationale, étant de 63 sièges, il paraît désormais exclu qu'aucune des formations en lice soit en mesure de former seule un gouvernement non minoritaire.

On peut prévoir que le Parti libéral, malgré sa forte baisse et une certaine impopularité personnelle de Jean Charest, revendiquera le droit de conduire le prochain gouvernement, mais tout devrait dépendre également des tractations qui vont se dérouler au sein même des trois formations politiques ayant des élus.

Traditionnellement, le Premier ministre est nommé par le lieutenant-gouverneur du Québec, actuellement Lise Thibault, qui choisit à cet effet le chef du parti majoritaire à l'Assemblée nationale, sous réserve que ce chef ait lui-même été élu. Mais on ignore quelle pourra être l'interprétation faite par le lieutenant-gouverneur de la notion de « parti majoritaire » : on ne peut exclure, dans les conditions actuelles, une entente entre deux des formations représentées à l'Assemblée, entente qui serait susceptible de bénéficier de la légitimité apportée par une majorité absolue globale.

Jean Charest, à la veille du scrutin, assurait ainsi que, selon ses vues, Mario Dumont et l'Action démocratique du Québec pourraient servir de supplétifs à un gouvernement minoritaire dirigé par André Boisclair et le Parti québécois, notamment dans la perspective d'un troisième référendum sur la souveraineté du Québec, après ceux de 1980 et de 1995, qui avait vu le « Non » l'emporter par 59,56 % puis par 50,59 %. M. Charest s'appuyait sur un récent « appel du pied » d'André Boisclair, chef du Parti québécois, à Mario Dumont, chef de l'ADQ, appel auquel M. Dumont avait toutefois répondu par une fin de non-recevoir [4]. M. Dumont a affirmé qu'il ne souhaitait pas un nouveau référendum sur l'indépendance, bien qu'il ait milité pour le « oui » en 1995[5].

Dans le camp souverainiste, la position d'André Boisclair, qui dirige le Parti québécois depuis l'été 2005, semble quelque peu fragilisée par ce qui est désormais, pour le parti, le plus mauvais score, en termes de suffrages, depuis 1970, année où le PQ avait présenté pour la première fois des candidats et où il avait recueilli 23,06 % des voix et 7 sièges [6].

Jean Charest a estimé que, la tradition voulant que le chef de la formation majoritaire en sièges forme le gouvernement, il ne pouvait se dérober à cet usage, même s'il a regretté le désaveu sévère infligé par l'électorat à sa formation (passée depuis 2003 de 46 % à 33 % des suffrages et de 76 à 48 sièges). Reconnaissant l'existence d'une opposition désormais très forte (puisque susceptible de refuser n'importe lequel de ses projets législatifs), il a estimé que « le Québec est divisé », et qu’« il appartiendra aux élus de refaire l'unité ». Le coup est sévère pour le Premier ministre, puisque son parti obtient son plus mauvais score dans une élection générale québécoise, obtenant un résultat inférieur à celui obtenu en 1867, année où il avait atteint 35,46 % des suffrages.

Le chef de l'ADQ, Mario Dumont, s'est évidemment réjoui de la percée historique de son parti et a rapidement écarté toute tentation de coalition avec une autre formation, que ce soient les libéraux ou les « péquistes », pour se poser en chef de l'opposition officielle à l'Assemblée nationale, rôle traditionnellement dévolu au chef du parti arrivant ens econde position en termes de sièges. Enfin, réaffirmant ses convictions en faveur d'une troisième voie, différente du séparatisme du Parti québécois et du fédéralisme du Parti libéral, il a rappelé le slogan de l'Action démocratique, « s'affirmer sans se séparer, s'unir plutôt que de se diviser ».

André Boisclair, chef du Parti québécois, a pris acte de la sévère défaite de sa formation, jugeant toutefois que le combat souverainiste devait être poursuivi et donnant une sorte de rendez-vous pour les prochaines échéances électorales, en ces termes : « Nous sommes des millions à avoir ces rêves et ces projets. Bientôt, nous nous reverrons. »

Le vote de lundi, compte tenu de la faiblesse du Parti québécois, semble désormais éloigner la perspective de tout nouveau référendum sur la souveraineté du Québec, durant toute la législature qui va s'ouvrir. Mario Dumont, qui s'était prononcé en faveur de la souveraineté en 1995, a plusieurs fois répété au cours de la campagne que la question ne figurait plus parmi ses priorités.

Le paysage politique québécois est profondément modifié par l'élection de lundi. Le parlement provincial, depuis des décennies, vivait sous un régime de bipartisme de fait, avec alternances régulières entre le Parti libéral et l'Union nationale entre les années 1930 et 1970, puis entre le Parti libéral et le Parti québécois depuis lors. L'intrusion de l'Action démocratique du Québec dans la « cour des grands » du jeu parlementaire, douze ans après la première élection de Mario Dumont à l'Assemblée nationale, pourrait donner l'occasion d'une éventuelle entente entre les trois principaux partis pour refonder le système électoral, en introduisant par exemple une certaine dose de représentation proportionnelle, permettant d'assurer en toutes circonstances la présence des minorités au parlement. Le résultat de 2007, avec trois partis pesant chacun autout de 30 % des suffrages et ayant une représentation en proportion, semble assez exceptionnel, alors que l'histoire des dernières décennies a par exemple vu, en 1973, un parti ayant frôlé les 55 % des suffrages exprimés, le Parti libéral, se retrouver au sein de l'Assemblée nationale avec une majorité pléthorique en sièges (102 sur 110). Le gouvernement de Jean Charest avait fait une tentative, en décembre dernier, pour promouvoir une réforme du mode de scrutin, qui ne se serait pas appliquée avant les élections de 2012, mais y avait renoncé en raison de l'absence de consensus sur ses modalités.

Notes

Sources

Sources francophones
Sources anglophones