Jean Sarkozy futur président de l'ÉPAD : l'opposition accuse l'Élysée de népotisme

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12 octobre 2009. – L'EPAD[1] est au centre de l'actualité. Cet établissement public est actuellement présidé par Patrick Devedjian. Ce dernier, ayant atteint la limite d'âge en août dernier, devra quitter prochainement ses fonctions. Cet établissement se situe dans le département des Hauts-de-Seine, un fief du RPR, puis de l'UMP, lesquels règnent sans partage.

Comble du hasard, un des administrateurs annonce sa future démission. Et le choix de son remplaçant porte sur Jean Sarkozy, élu conseiller général l'an dernier, et fils de Nicolas Sarkozy. Ce dernier a occupé ce poste avant d'accéder à l'Élysée. La nomination de Jean Sarkozy sera officialisée le 23 octobre prochain. De plus, il accédera à la présidence lors de la prochaine réunion du conseil d'administration le 4 décembre prochain. « Jean Sarkozy est candidat, il sera désigné comme administrateur, représentant du conseil général, et donc il a vocation à devenir président », a déclaré Patrick Devedjian sur Europe 1.

Une polémique s'installe

Tollé dans l'opposition

Cette nouvelle a provoqué une levée de bouclier dans les rangs de l'opposition. Le terme de népotisme revient sur les lèvres des différents interlocuteurs.

Patrick Jarry, maire communiste de Nanterre, dénonce l'absence de légitimité de cette décision. Selon l'intéressé, sa candidature constitue « une manière d'assurer la pérénnité du clan (…) Neuilly, dont il est conseiller général, ne se situe pas dans le périmètre d'aménagement de l'opération d'intérêt national ».

La députée socialiste Michèle Delaunay, qualifie de « népotisme » et de « provocation » une telle nomination. « Jean Sarkozy vient de finir sa deuxième année de droit et n'a à cette heure aucun diplôme connu », proteste l'élue.

François Bayrou, président du MoDem, dénonce « l'un des signes que tous les piliers solides sur lesquels notre pays s'était construit, en termes de principes, de décence, de raison, chancellent et s'effritent (…) Cela rappelle l'Empire romain ».

Chez les Verts, Cécile Duflot ne cache pas sa colère : « Il ose tout. Après, tout le monde plie parce qu'il a le nom qu'il a (…) Dès qu'on sort des limites de l'Hexagone (…) les gens trouvent ça juste invraisemblable, inouï. Inouï que le fils du président de la République puisse à 23 ans devenir président d'un établissement public avec un (tel) budget. »

Ségolène Royal s'est dite choquée lors du Grand Jury RTL–LCI. « C'est beaucoup de pouvoir, c'est beaucoup de rapport de forces, c'est beaucoup de flux financiers, c'est beaucoup, beaucoup pour un aussi jeune homme, » a-t-elle confiée aux journalistes. Et d'indiquer que ces enjeux financiers très importants pouvaient « toujours servir avant une prochaine élection présidentielle, si vous voyez ce que je veux dire… ». « Est-ce que nous sommes en République ? (…) Je crois qu'il y a là une grave atteinte aux règles d'un bon fonctionnement de la République, d'un bon fonctionnement des institutions » a-t-elle estimé.

Au Front National, dont le siège se trouve fort précisément dans les Hauts-de-Seine, le ton est tout aussi polémique. Dans un communiqué de presse, le parti de Jean-Marie Le Pen dénonce : « Après les affaires Polanski et Mitterrand, la France n’aura donc plus rien à envier aux pires Républiques bananières. Passe-droit, privilège de naissance, confusion des genres, fait du prince, sont devenus le quotidien imposé aux Français. » Et d'ironiser sur les compétences du Dauphin, « Il est piquant de constater que 4 jours après que le Monde eut titré “le diplôme est plus que jamais le sésame de la réussite en France” , l’exception à cette règle sera donc Jean Sarkozy. Cet étudiant semble-t-il médiocre (à 23 ans, on est généralement bac + 5 !) sans diplôme, sans expérience et sans compétence particulière, va régir le sort de 150 000 employés et brasser des milliards ! »

Les réactions Outre-Manche

La presse britannique s'est aussi emparée de l'affaire en ironisant sur le mandat de Jean Sarkozy, comme conseiller municipal d'une ville riche de la banlieue de Paris[2].

Le Telegraph rappelle, que la Défense est le principal centre d'affaires d'Île-de-France, appelé à concurrencer la City à Londres.

Le Dailymail ironise sur Jean Sarkozy « est actuellement conseiller municipal dans la banlieue chic de Neuilly-sur-Seine où son père avait été maire. » et de rappeler le surnom de cette commune : Sarkozyville. Le quotidien britannique rappelle que l'intéressé, surnommé « Le Dauphin », par référence à ma monarchie française, a épousé, l'an dernier, Jessica Sebaoun, héritière de l'empire de l'électronique Darty. Et de rapporter les propos du futur président de l'EPAD : « Je demande à être jugé non pas sur mon nom, mais sur mes actions et leurs résultats. » À propos du rôle de l'EPAD, il a déclaré que toute controverse était « inutile » affirmant qu'il avait l'expérience du Conseil de près de deux ans, rapporte le Dailymail.

The Guardian se montre très critique vis à vis des compétence de l'élu de Neuilly-sur-Seine. Tout en rappellant son mandat de conseiller dans une banlieue chic, le quotidien se montre particulièrement sarcastique. « Surnommé “Prince Jean” par ses détracteurs, il a eu une ascension fulgurante au pouvoir dans l'ancien fief de son père et dirige actuellement la majorité du Conseil de droite dans les Hauts-de-Seine, département le plus riche de France »[3], note l'auteur de l'article.

Autres réactions à l'étranger

La presse étrangère n'est pas en reste. La télévision chinoise a consacré un reportage satirique sur Jean Sarkozy raillant « République populaire de France ».

Outre-Pyrénées, plusieurs quotidiens espagnols reprennent l'information. La Verdad rappelle que « cette nomination, en tant que représentant élu de l'UMP (…) président de l'EPAD, l'aidera à mettre un pied dans une direction bien connue avec, en vue, une éventuelle présence sur les listes de son parti lors des futures élections régionales en mars. »

Les médias italiens se montrent particulièrement virulents. Ainsi Dag Spia y va de son couplet : « Comme dans les meilleures traditions de la monarchie française, c'est un Dauphin en pleine ascension au sein de la Cour de l'Élysée. » Selon Il Manifesto, « Sarkozy, soucieux de ne pas perdre le contrôle de ce centre d'affaires (qui vise à rivaliser avec la City de Londres), a décidé de pousser son fils Jean à la tête. Jean Sarkozy, 23 ans marié à une héritière (réseau de distribution Darty) est seulement en deuxième année de droit, et sans le moindre diplôme universitaire ».

Virgilio Notizie rapporte les propos tenus par Jean-Louis Debré sur France Info. L'actuel président du Conseil constitutionnel refuse tout amalgame de son parcours politique avec celui de Jean Sarkozy : « J'ai été magistrat. Lorsque j'ai voulu arrêter et faire de la politique, je me suis présenté dans une circonscription qui était tenue par mes adversaires politiques (…) J'ai pris un conseil général qui était tenu depuis 30 ans par des adversaires politiques et j'ai pris une ville qui était tenue depuis la Libération par mes adversaires politiques (…) On ne m'a pas donné une circonscription (…) Ce n'est pas la circonscription de MON père, c'était une circonscription que j'ai gagnée, que j'ai conservée et je me suis battu. Ne mélangeons pas tout, ne mélangeons pas tout ! (…) Chacun fait en fonction de sa conscience et en fonction de ce qu'il est et de sa personnalité. »

La Corriere della serra relève la volonté de mainmise du clan Sarkozy sur le premier quartier d'affaires d'Europe. « Dans la pratique, la nomination de Sarkozy II (…) est une continuité dynastique sur le territoire de Neuilly-sur-Seine, la ville de la banlieue de Paris où le président est né et y a construit sa carrière politique, à commencer par la conquête de la mairie, en 1983, à peine 27 ans. » Selon la Corriere, « L'EPAD est un tremplin naturel pour la présidence du Conseil général du département » pour le renouvellement en 2011. Il s'agissait aussi de déloger Patrick Devedjian, actuel président de l'EPAD et du Conseil Général des Hauts-de-Seine, qui « figure parmi ceux qui sont tombés en disgrâce dans le premier cercle de l'Élysée ». En France, la « République monarchique prépare la succession au trône », du moins à l'horizon 2017, conclut le journal, évoquant même « le nouveau Versailles du troisième millénaire ».

Les même propos acerbes se retrouvent dans la dépêche de l'AGI[4], l'agence de presse italienne, qualifiant de « piccolo Sarko »[5] le futur patron de l'EPAD.

L'EPAD, un établissement colossal

Cette histoire prêterait à rire si l'établissement en question, est l'un des plus important de France. Appelé à fusionner avec EPASA[6], au autre établissement tout aussi important, il deviendra l'EPADSA[7]. l'organisme est chargée de la planification urbaine des 160 hectares de La Défense, le plus grand quartier d'affaires européen, avec trois millions de m² de bureau et 150 000 employés. Comme l'ont relevé les différents organe de presse, La Défense constitue la première cité d'affaires en Europe, pouvant rivaliser avec la City à Londres.

Au sein de l'organisme actuel, 1 500 entreprises sont réprésentées « 4 des 20 premières au niveau national et le haut du pavé de la finance hexagonaL », rappelle le Le JDD. Il gère, en outre, un budget annuel de 1,3 milliard d'euros. Cet établissement a été, à plusieurs reprises, épinglé par la Cour des Comptes. Dans son rapport public annuel du 6 février 2008, la Haute juridiction financière écrit : « Après un quasi demi-siècle d’existence, la Cour a constaté que la présentation des comptes de l’EPAD n’est pas conforme aux lois, règlements et instructions en vigueur. Cette situation, qui a une origine ancienne, a fait l’objet de critiques réitérées de la Cour, critiques qui, longtemps, n’ont pas été suivies d’effet alors même qu’elles avaient été approuvées sans ambiguïté par la direction de la comptabilité publique en 1999. »

Une pétition circule

Christophe Grébert[8], élu municipal de Puteaux, a lancé une pétition en ligne en signe de protestation. « Présider un tel Établissement demande compétence et expérience, indique le court texte. Jean Sarkozy, nous vous invitons à terminer vos études de droit et à faire quelques stages en entreprise… avant, peut-être un jour, qui sait, de re-postuler à ce poste autrefois occupé par votre père », ironise-t-il.

Notes

Sources


  • Page France de Wikinews Page « France » de Wikinews. L'actualité française dans le monde.