Italie : démission de Romano Prodi, président du Conseil

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Romano Prodi en 2007.

22 février 2007. – Romano Prodi, président du Conseil des ministres de l'Italie, a présenté sa démission, mercredi 21 février 2007, au président de la République, Giorgio Napolitano, qui a réservé sa décision et invité le gouvernement à expédier les affaires courantes.

Plus tôt dans la journée, le gouvernement de centre gauche de M. Prodi avait essuyé un échec au Sénat, où il ne disposait que d'une majorité très faible, en ne recueillant que 158 voix dans un vote sur une motion de soutien à la politique étrangère du gouvernement, alors que la majorité requise était de 160 voix. 132 sénateurs ont par ailleurs voté contre la motion. Ce qui n'a pas empêché plusieurs « ténors » de l'opposition de droite, tels que l'ancien président du Conseil Silvio Berlusconi, de réclamer la démission du gouvernement, sans considération pour le fait que les opposants à la motion de soutien à la politique étrangère du gouvernement n'étaient pas parvenus à obtenir eux-mêmes, au cours de ce scrutin, une majorité désapprouvant la politique étrangère du gouvernement.

Cette démission ne s'imposait pas, compte tenu des usages parlementaires italiens, mais le président du Conseil s'est apparemment senti obligé par des déclarations de son ministre des Affaires étrangères, durant les débats, selon lesquelles l'absence de majorité pour soutenir la motion constituerait un désaveu pour le gouvernement.

Deux sujets liés à la politique étrangère italienne avaient provoqué la colère de certains membres de diverses composantes de la coalition gouvernementale de gauche et de centre-gauche.

Certains élus de Refondation communiste, du Parti des communistes italiens (PDCI), des Verts, des Démocrates de gauche (DS) et de La Margherita s'étaient notamment élevés contre l'agrément donné en janvier par le gouvernement au projet d'extension de la base militaire américaine de Caserma Ederle, à Vicence. Une marche protestataire avait réuni à Vicence, samedi 17 février, une foule estimée entre 40 000 et 100 000 personnes [1]. Le projet d'extension de Caserma Ederle permettrait le transfert de 2 000 soldats américains actuellement stationnés en Allemagne et de faire passer son effectif à plus de 5 000 hommes. Dans ses explications devant le Sénat, Massimo D'Alema, ministre des Affaires étrangères, avait indiqué qu'un refus d'agrément au projet d'extension de Caserma Ederle aurait pu être perçu par l'allié américain comme un « acte hostile ».

L'autre pomme de discorde au sein de la coalition de gauche aura été le refus du gouvernement de reconsidérer la présence de 2 000 soldats italiens au sein du contingent de l'OTAN en Afghanistan, que le ministre a justifiée en la qualifiant de « mission politique et civile » et en soulignant que la présence internationale en Afghnaistan résultait d'une décision des nations unies.

Le président de la République entamera dès jeudi matin des consultations avec diverses personnalités politiques pour envisager les suites à donner à cette crise politique. Plusieurs options s'offrent à l'hôte du palais du Quirinal :

  • refuser la démission de M. Prodi ou encore charger M. Prodi de former un nouveau gouvernement, hypothèses qui semblent – pour le moment – se heurter au caractère « irrévocable » invoqué par M. Prodi pour justifier sa démission ;
  • charger une autre personnalité de la coalition sortante de constituer un nouveau cabinet, hypothèse qui semble à l'heure actuelle sinon la plus probable, du moins ne pouvoir être écartée ;
  • charger un membre de la socité civile de former un cabinet à vocation « technique », hypothèse qui paraît assez peu probable ;
  • dissoudre les deux chambres du parlement italien et provoquer de nouvelles élections, moins d'un an après les précédentes, hypothèse qui, sauf surprise, paraît peu susceptible de s'imposer au président Napolitano.

L'attitude « attentiste » du président Napolitano semble indiquer qu'il attend de connaître la position des diverses formations de gauche et de centre-gauche, et notamment celle des personnalités n'adhérant pas à la politique étrangère du gouvernement Prodi, avant toute décision influençant la vie de l'actuelle coalition gouvernementale.

Une éventuelle dissolution des deux chambres paraît peu probable si l'on considère que le président de la République ne doit sa présence au palais du Quirinal qu'à la courte victoire de la gauche lors des élections législatives du printemps dernier, mais aussi que de récents sondages d'opinion semblent montrer une certaine désaffection de l'opinion publique italienne envers la coalition de gauche [2].

L'irrévocabilité de la démission de M. Prodi pourrait toutefois être reconsidérée par l'intéressé, en raison des pressions exercées par le président de la République, et du fait que plusieurs formations membres de la coalition gouvernementale (La Margherita, les Verts, les Démocrates de gauche) ont renouvelé, dans la soirée de mercredi, leur soutien au chef de gouvernement en l'assurant de leur « confiance » ou de leur « loyauté ».

Notes

Sources

Sources anglophones
Sources francophones
Sources italophones