Interview de Roland C. Wagner, sur son roman uchronique Rêves de gloire

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Cet article est une interview accordée par Roland C. Wagner
à Harmonia Amanda , pour Wikinews, et Gromovar, le 13 novembre 2011.
Dans cette interview, les liens internes redirigent vers des articles de Wikipédia.
Les questions et les réponses n'engagent que les protagonistes.
Roland C. Wagner au moment de l'interview, aux Utopiales 2011.

Le festival des Utopiales s'est tenu à Nantes du 9 au 14 novembre 2011. Ce festival consacré à la science-fiction s'intéresse aussi bien à la littérature qu'au cinéma ou au jeu vidéo. L'écrivain Roland C. Wagner y était présent.

L'interview

Gromovar : Est-ce que tu peux nous expliquer le travail de documentation nécessaire pour écrire Rêves de gloire ?
Roland C. Wagner : Disons que j'ai un avantage : le travail de documentation, je l'ai commencé en naissant. Né à Alger, le rapatriement... Entendre parler de la guerre d'Algérie, quand tu es gamin, tout le temps ! J'avais quand même un certain nombre d'informations. Après il a fallu que, plus tard, je retrouve. Mais déjà je suis né dedans, j'ai baigné dedans. Et après, justement parce que j'avais une vision qui était celle de mes parents, en particulier ma mère, il a fallu que je fasse tout un travail de documentation. Un travail de correction de la vision de mes parents.

J'ai vraiment commencé à faire le travail de documentation en tant que tel vers le milieu ou la fin des années 1990. Je ne sais pas combien de bouquins j'ai lus, j'en sais rien, j'ai lu à peu près tous les trucs qu'on peut considérer comme importants. Peu importe l'opinion politique de l'auteur et la qualité de l'ouvrage : de toute manière je recoupais les choses. Par exemple la documentation allait de Le Guerre d'Algérie, le livre en quatre tomes d'Yves Courrière, jusqu'à Mon pays, la France du Bachaga Boualam, en passant par La vraie bataille d'Alger du général Massu, aux livres de Pierre Miquel... Enfin bon, j'ai tapé partout quoi. Et l'historien que j'ai trouvé le plus honnête de toute la bande, pour moi le meilleur livre sur la guerre d'Algérie a été écrit par le petit-fils du fondateur de L'Écho d'Oran. C'est un type qui est de droite, mais qui est normalement de droite, qui ne supporte pas les extrêmismes, qui n'a jamais pro-OAS, et qui, à mon avis, donne la vision la plus... peut-être juste, quoique... En tout cas celle qui me paraît la plus juste à moi après avoir vraiment dévoré toute cette documentation.

Là je suis content, car je peux enfin mettre toute la documentation en cartons, la ranger, et je vais pouvoir mettre autre chose à la place ! Cela dit, tout n'est pas sur la guerre d'Algérie : il y a aussi toute la documentation sur le psychédélisme, le rock'n roll, la géopolitique, l'histoire... j'ai travaillé, par exemple pour tout ce qui concerne la « gloire », le LSD, à partir de pas mal de trucs. Les mémoires de Timothy Leary, des choses comme ça, et surtout un livre qui s'appelle en français LSD et CIA : quand l'Amérique était sous acide et en anglais Acid Dreams. On peut suggérer que le titre de mon bouquin vient peut-être un peu de là. C'est en fait un travail sur l'histoire du LSD aux États-Unis, de 1950 à la fin des années 1960, en gros, et qui a été fait en utilisant notamment plein de documents déclassifiés de la CIA. Cela leur a permis d'analyser des choses qu'on ne savait pas à l'époque. Ce livre est très intéressant car il montre bien, ce que j'ai essayé de faire aussi, à quel point le même truc fait des choses très différentes à des personnes très différentes. Comme ce qui m'intéressait dans Rêves de gloire, pour le côté contre-culture LSD/hippie, c'était l'impact de la « gloire » sur la société. Les effets de la « gloire » en tant que tels sont très rarement décrits dans le livre, et ça ne me semblait pas un sujet très important. Par contre ce que ça faisait sur la société était beaucoup plus important.

Moi je suis d'accord avec Norman Spinrad, je pense que les drogues ont écrit une bonne partie de l'histoire de l'Amérique, depuis les années 1960, et aussi de l'Europe occidentale. Et maintenant elles sont en train d'écrire une partie de l'histoire de la planète et ce n'est pas forcément la meilleure.

Harmonia Amanda : Quelle est la responsabilité d'un auteur de science-fiction quand il écrit de l'uchronie ?
Roland C. Wagner : Moi ce que j'ai écrit c'est une pure fiction. C'est de la fiction spéculative, qui est basée sur un certain nombre de divergences. Pas une seule, plusieurs, qui sont liées de manière causale ou non. Ce qu'il faut bien voir c'est que ça part du chaos. De toute manière l'humanité, l'espèce humaine, es sept milliards qu'on est maintenant, c'est un système chaotique. C'est clairement un système chaotique, donc à partir de là, à partir du moment où on change quelque chose quelque part, même sans causalité il y a d'autres choses qui changent. Moi je suis parti de ce principe-là. Donc peu à peu ça dérive, certains événements sont identiques. Ce n'est pas parce qu'il y a eu divergence que certains événements de notre monde ne peuvent pas venir.

L'une des remarques que l'on m'a faites c'est que si l'expédition de Suez réussissait, il était peu probable qu'il y ait le 13 mai 1958 à Alger.

Moi je pense que vu comment le FLN devenait persona non grata en Égypte à ce moment-là, et vu aussi qu'on sait depuis que Nasser n'a pas tant aidé que ça et qu'il a un peu aidé à reculons quand même... C'est quand ils vont à Tunis que les choses deviennent plus dures et qu'ils commencent à être financés de l'étranger... Moi je pense que le 13 mai 58 aurait eu lieu, et aurait peut-être même été encore plus... Je n'ai pas voulu prendre l'option où le coup d'État réussissait. Ça ne m'intéressait pas. Il y a quand même un truc, c'est que j'ai essayé d'être le plus neutre possible, mais bon, on ne peut pas s'empêcher de s'amuser aussi ! Des fois, par rapport à la logique stricte, j'ai pris quelques petits écarts. Appelons ça une licence poétique ! Ce que j'obtenais était plus sympathique. Il y a ce côté-là aussi, mais j'ai vraiment essayé, au maximum, de rester neutre.

Gromovar : Par rapport aux autres uchronies, la vôtre se distingue par le fait qu'elle contient beaucoup d'éléments divergents, qui n'ont pas toujours d'utilité directe dans le fil du récit. Quelle est votre position par rapport aux autres uchronies ? C'est une façon d'étendre le genre ?
Roland C. Wagner : Tout à l'heure, pendant le débat (ndli : les conférences de la matinée) Norman Spinrad a dit que mon uchronie était une uchronie du troisième type. Lui considère que le livre est novateur, et que c'est un pas en avant dans la manière d'utiliser l'uchronie. Moi, je n'ai pas forcément vu les choses comme ça quand j'ai conceptualisé et écrit le livre. Ce que je pensais surtout, en fait, c'était que, comme j'avais une narration plurielle, avec énormément de narrateurs, je ne voulais pas me concentrer sur la seule Algérie. Il y a le volet politique franco-français et franco-algérien mais ce n'est pas tout. Il y a plusieurs uchronies. Il y a ce qui se passe entre la France et l'Algérie, il y a l'uchronie musicale, et il y a aussi tout l'aspect géopolitique. Ça commence avec Budapest et l'expédition de Suez, et après il y en a d'autres.

Moi ce qui me paraît très important dans le roman et que très peu de gens ont noté, c'est que les Soviétiques, parce qu'ils veulent aller sur Mars, à partir de 1969, ils arrêtent de financer le Tiers-Monde. Ils arrêtent de financer les guérillas du Tiers-Monde. Ils arrêtent de dépenser un argent fou pour soutenir des gens qui finalement ne sont pas du tout socialistes, qui n'en ont rien à faire et se proclament socialistes pour récupérer l'argent et les armes. À partir du moment où l'URSS ne donne plus cet argent, les choses se passent différemment dans le Tiers-Monde. Je n'ai pas voulu approfondir le Tiers-Monde, mais disons que ce qui se passe en Algérie est peut-être un peu symbolique. On est dans un univers où les démocrates ont un peu plus gagné que dans le nôtre. Et on est certainement dans un univers où le retour du religieux a été beaucoup moins important.

J'ai toujours été embêté par le côté du point de départ unique. Souvent il fait qu'on ne prend pas en compte certains aspects, notamment des aspects sociologiques. La culture est en général le grand oublié de l'uchronie. Pour moi, s'il y a un désir, pas à la base du livre, mais que j'avais vraiment envie de faire, c'était de mettre des hippies plein la casbah ! Et après des punks. C'est ça le truc : on a les hippies dans les années 60, et en 77 on a des punks ! Il y a quelqu'un qui m'a dit « oh oui des punks à Alger (lui connaît Alger), l'idée est trop géniale ! ». Pour moi en plus ça fonctionne, ça va faire hurler, mais pour moi hippie-punk ça fonctionne en continuité. Je ne dis pas que les hippies sont les pères des punks, ce n'est pas ça du tout, mais quand on regarde quelles étaient les sources d'inspiration musicales des punks, et bien c'étaient des choses qui datent du milieu des années 1960. Il y a eu l'invasion anglaise, le garage rock, et le garage rock qui évidemment dérive vers le psychédélisme. Mais qui dérive vers le psychédélisme à la manière crétine du rock n'roll de base et du garage. Les gens prenaient du LSD, partaient en plein mysticisme oriental. L'univers tournait autour des filles, la plage, la voiture et la prison. Ils entendaient les bruits, voyaient les couleurs, et qu'est-ce qu'ils faisaient ? Ils pétaient les plombs.

L'acid punk, le garage psychédélique, c'est l'autre facette du psychédélisme. On n'est pas dans une musique qui est apaisée, on n'est pas dans la paix universelle et la fraternité. On est chez les gens à qui ça fait complètement exploser les neurones. Et ça a un impact social par la suite ! C'est ça qui va donner les Stooges ou le MC5. Et c'est ça qui, après, va donner le punk. Il y a une filiation, qui n'est pas directe, des hippies aux punks. Il y a des gens qui étaient contemporains des hippies et qui ont été influencés par eux, de toute manière. Même s'ils restaient quand même des rockers à la base. D'ailleurs on a inventé, a posteriori, l'expression « garage punk » ou « sixties punk » pour les désigner.

Voilà, ça aussi j'avais envie de le jouer. La culture, c'est la culture psychédélique et la culture punk au niveau musical. 1977.

Harmonia Amanda : Vous avez d'autres projets dans cet univers ? Avec les mêmes points de départ de l'uchronie ? Par exemple dans le Tiers-Monde ?
Roland C. Wagner : Le problème c'est qu'il faudrait au moins que j'aie mis les pieds dans les pays concernés, ce qui n'est pas le cas. Et il n'y a pas l'attachement émotionnel. Je suis néanmoins en train de faire un recueil qui se passe dans le même monde, qui pourrait être composé de fragments du roman. Par exemple, on découvre pourquoi Ronald Reagan n'a pas été élu président en 1981. On voit deux ou trois détails qui sont le développement de personnages qu'on voit passer dans le roman. Par exemple, dans le concert à Biarritz, il y a un batteur qui joue. Et bien une des nouvelles raconte son histoire. Il est apparu en deux lignes dans le roman et je me suis dit : « tiens, ce serait sympa de raconter comment il s'est retrouvé là ».

En plus dans le roman, je n'ai pas donné la parole aux musiciens. Il n'y a aucun musicien qui parle. On parle de musique tout le temps, on les voit, mais aucun ne parle. J'ai d'autres nouvelles, comme ça... mais effectivement rien qui se passe en dehors de la France et de l'Algérie. À moins que je ne fasse la nouvelle qui doit se passer à Londres, mais je ne sais pas si je vais avoir le temps. C'est une nouvelle où on comprend peut-être pourquoi il n'y a pas les Beatles.

Gromovar : En ce moment, beaucoup de monde écrit des histoires de Soviétiques sur Mars. C'est un complot ? Vous avez accès à des archives secrètes ? (rires)
Roland C. Wagner : Écoutez, Mars c'est la planète Rouge. Donc... En plus il ne faut pas oublier que Rêves de gloire a été écrit en 2000-2001. c'est le livre que j'étais en train d'écrire quand les tours sont tombées. Rêves de gloire, c'est mon dernier livre du XXe siècle. Mon premier livre du XXIe, c'est La Saison de la sorcière, qui est post-11-septembre de manière évidente.

Non, ce n'est pas un complot soviétique, on n'est pas dans l'optique du Grand Soir... Mais quand même... ça va devenir une tarte à la crème de l'uchronie, la survie de l'URSS. C'est tellement facile, tellement évident et tellement logique ! L'événement le plus important de la fin du XXe siècle, c'est la fin du bloc de l'Est, quand même.

Harmonia Amanda : Il y a des romans américains de science-fiction, rédigés avant la chute du Mur, dont les auteurs ont fait des suites après, et qui ont été obligés de basculer dans l'uchronie pour maintenir la cohérence romanesque.
Roland C. Wagner : Le mieux, c'est le Printemps russe de Spinrad, qui est devenu une uchronie entre son écriture et sa parution ! (rires)
Harmonia Amanda : Les écrivains de science-fiction fabriquent la réalité ?
Roland C. Wagner : Je vais juste aborder l'histoire du téléphone portable dans Les Futurs Mystères de Paris. On n'est plus du tout dans l'uchronie, on est dans la fiction spéculative, dans l'anticipation. Ce n'est pas compliqué : dans les premiers volumes, écrits en 1995-1996, il n'y a pas de téléphone portable. À ce moment-là, on ne se rendait pas compte. Mais à partir du 4e ou du 5e volume, il y en a. Mais ce n'était pas un problème, car, comme mon personnage a un côté très réactionnaire, et qu'il a encore un téléphone à bakélite et à cadran (ce qui n'était pas crédible évidemment) dans le premier volume, j'ai pu faire la transition vers le téléphone portable sans que ça se voie. Parce que c'est le narrateur principal qui fait la transition qui vient de se passer chez nous dans le monde réel. Lui peut la faire en 2060 ! puisque de toute façon il a un côté démodé. Il aime bien les livres en papier, il a gardé les disques vinyl de son grand-père. Ce n'est pas de sa faute, il a été élevé dans une espèce de communauté où il n'y avait pas d'électricité !
Gromovar : Comment Rêves de gloire a été reçu par les gens qui n'ont pas la culture de la guerre d'Algérie ?
Roland C. Wagner : A priori, plutôt bien. Le placement de l'émotion dans le livre, en tant qu'auteur c'était difficile. Je ne voulais pas en faire trop, mais il fallait que ça y soit. Je pense que non seulement ils l'ont bien reçu, mais qu'en plus cela donne plutôt une bonne image des Européens d'Algérie. Il n'y a pas le mot « Pieds-Noirs » dans le roman. J'en ai connu plein, des rapatriés, et même des gens qui y sont restés, comme mon oncle, jusqu'en 1995, ma grand-mère en 1972... Pour la société française, le Pied-Noir c'est forcément un facho, c'est un truc que je voulais casser. Parce que ce n'est pas vrai. Certaines personnes étaient pro-OAS et n'étaient pas fascistes. C'étaient juste des gens désespérés. Et des gens qui, dans un autre contexte, auraient été horrifiés par ce que proposait l'OAS, mais qui, là, n'avaient plus que ça. En 1954, Bab El Oued vote à gauche. En 1961, c'est quasiment le dernier bastion.

Au niveau de la réception, Wikipédia est ton ami, si tu ne sais pas qui est Boudiaf, par exemple...

Gromovar : Comment avez-vous choisi la chronologie de votre récit ?
Roland C. Wagner : Ça s'est fait par agrégation. Ce qui était clair, c'est que l'un des points de départ obligés était la mort du Général. Parce que là ça parle à tout le monde. C'est triste à dire, mais certains s'en réjouiraient plutôt.

J'ai mis quinze ans avant d'oser commencer à écrire ce livre, même si j'en avais beaucoup parlé. Je pensais garder l'intégralité de l'Algérie française, mais après un échange de mails assez copieux avec Gérard Klein, j'en suis venu à la conclusion que la seule solution était la partition. Bon, d'abord en uchronie il n'y a pas une seule solution, tu fais ce que tu veux, mais la situation qui potentiellement avait le plus de ressort dramatique, c'était la partition. On a une espèce de micro-État, qui à l'intérieur est une espèce d'État-providence quasiment socialiste, et qui a fait sa fortune car c'est un paradis fiscal ! Ce n'est pas dit, mais on le sent. C'est un port franc... Une espèce d'anarcho-capitalisme, mais avec les autres pays. Quelque part, il y a une schizophrénie.

Il me paraissait essentiel que l'Algérois prenne son indépendance, car c'est ce qui aurait fini par arriver. Ce qu'il faut voir aussi c'est que l'histoire de l'Algérois est liée à celle de l'Algérie, forcément. La différence dans l'histoire de l'Algérie, ce qui pour moi est presque plus important encore, c'est que les démocrates ont gagné, au bout du compte.

En Algérie, il n'y a pas de société civile. L'État, le FLN et l'armée ne font qu'un. Le pouvoir c'est ça, et il tient sur les trois. Si on en enlève un, ça s'effondre. Enfin non, si on enlevait le FLN, ça ne s'effondrerait pas, ça voudrait dire justement qu'il y aurait l'apparition d'un État, d'une société civile...

Le FLN d'aujourd'hui n'a rien à voir avec le FLN de Boumédiène, qui lui même n'avait rien à voir avec celui de Ben Bella... La fin de la guerre d'Algérie dans notre monde, c'est le Général qui s'est fait avoir. Les gens qui ont négocié les accords d'Évian ont été immédiatement mis sur la touche. Ben Bella qui rentre en Algérie avec l'armée de libération ! Puis très vite, Boudiaf en résidence surveillée en plein désert... Il écrit : « Comment des Arabes peuvent-ils faire ça à d'autres Arabes ? Ne vous conduisez pas comme les colonisateurs ! ». et bien si. Pour lui ça a été une énorme désillusion, pour Aït Ahmed aussi. Mais je pense que Aït Ahmed étant Kabyle, avec les accusations de dérives berbères qu'il y avait dès les débuts de l'organisation spéciale, dans les années 1950, lui a peut-être été moins surpris quand même. Mais Boudiaf, ça a vraiment été une claque pour lui ! Lui était fondamentalement démocrate, c'est clair. S'il y a quelqu'un pour qui j'ai vraiment de la sympathie et de l'admiration, c'est lui. En plus il a tenu jusqu'au bout. Il a préféré se faire descendre, même s'il espérait que ça n'arriverait pas, il a préféré se faire descendre en faisant ce que lui pensait avoir à faire. Parce que lui avait une idée de la manière dont il était possible de sauver l'Algérie. Il fallait liquider la corruption. Mais liquider la corruption, ce n'est pas possible, elle est à tous les niveaux. L'oligarchie tient complètement le pays. Au moment où Boudiaf arrive, c'est trop tard, c'est déjà trop tard.

Harmonia Amanda : L'uchronie peut être une forme d'utopie de ce qui aurait pu être ?
Roland C. Wagner : Je ne dis pas que le monde de Rêves de gloire est meilleur. Ça dépend de quel point de vue on se place. C'est vrai que pas mal de gens ont vu une utopie, la bohème dans la casbah... Oui, il y un côté utopique, mais en même temps ils n'ont pas grand chose à manger, ils ont tous la chtouille... C'est une utopie, mais c'est une utopie un peu hard quoi ! Ils vivent dans des trous où il n'y a pas de toilettes, enfin bon...

Mais c'est vrai qu'il y a peut-être un petit moment d'utopie. Mais moi j'ai essayé de rester neutre au maximum. Ce n'est pas possible de l'être totalement, évidemment. Il y a un moment où on prend un peu le partie de quelqu'un, même si on ne le veut pas.

Gromovar : On voit bien dans l'utopie de la casbah que l'utopie économique ne peut pas fonctionner. Tant qu'il y a des finances de l'extérieur, on peut tenter des choses mais à un moment il faut payer les factures.
Roland C. Wagner : C'est pour ça qu'il y a un personnage, qui elle n'a pas de nom, et qui passe son temps à faire de la couture. Il y a une chose qu'il faut savoir, c'est qu'à San Francisco, les types qui étaient propriétaires des boutiques hippies, c'étaient des enfoirés de capitalistes ! Ils faisaient bosser les hippies pour que dalle ! Ils les exploitaient à mort...

Le problème, c'est qu'il faut trouver une manière de survivre économiquement. Il y a toujours des possibilités de monter des trucs, mais ça implique, comment dire... pas d'entrer dans le système de l'économie de marché forcément, mais quand même de récupérer de l'argent qui vient de « l'extérieur ». De toute manière il faut qu'il y ait un échange, un échange avec l'extérieur, et c'est dans les modalités de cet échange que ça se joue. Moi j'aime bien justement l'idée que le type qui contacte les commerçants c'est le fils d'un caïd qui a été assassiné ! Donc c'est forcément quelqu'un qui a été éduqué, donc qui est capable de mener ce truc-là. Alors que les autres, c'est un peu comme les hippies : ils n'ont rien dans la tête. Il y a ceux qui se bougent, qui tentent. Sur le moment ça ne marche pas, mais en 1977 ça donne l'indépendance de l'Algérie par la non-violence.

Quand il y a un mouvement aussi important, même s'il n'a pas fonctionné jusqu'au bout, on ne va pas se poser la question de savoir s'il n'a pas fonctionné pour des raisons internes ou externes. Déjà à ce moment-là, l'idée que plusieurs systèmes économiques puissent fonctionner dans un même pays c'était une hérésie totale.

L'utopie, soit tu coupes l'endroit utopique du monde, la cité idéale etc., soit tu essayes de faire une utopie. Mais elle ne peut pas durer parce que le monde extérieur ne le permet pas.

Je fais quand même un monde où le libéralisme économique et les théories de Milton Friedman n'ont pas pris...

Notes et sources


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