Gordon Brown, candidat à la succession de Tony Blair, se démarque de sa stratégie irakienne

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Gordon Brown

8 janvier 2007. – Gordon Brown, chancelier de l'Échiquier (ministre britannique chargé de l'Économie et des Finances), candidat déclaré à la succession du Premier ministre Tony Blair, a profité d'un entretien télévisé accordé à la BBC, dans le programme BBC's Sunday AM, diffusé dimanche 7 janvier 2007, pour se démarquer nettement de la stratégie conduite par le Premier ministre dans la « lutte contre le terrorisme » et en matière d'alliance avec les États-Unis.

L'ex-« dauphin » de M. Blair, devenu au fil du temps un rival de moins en moins dissimulé, s'est livré à un tour d'horizon de la politique menée par le gouvernement auquel il appartient et, dans certains domaines, s'est promis, s'il accède au 10, Downing Street, de donner de sérieuses inflexions à la politique menée par les travaillistes.

C'est en matière de politique étrangère que les différences sont les plus marquées.

M. Brown a d'abord critiqué le caractère tardif de la restitution du pouvoir des mains des occupants américains et britanniques à celles d'autorités civiles consitituées d'Irakiens.

Concernant la « lutte contre le terrorisme », Gordon Brown admet que « l'action militaire et le travail de police, de renseignement et de sécurité » permettent de grandes réussites, mais pour tempérer aussitôt cette opinion en estimant que la lutte contre le terrorisme et les activités de propagande ne saurait être gagnée qu'à la condition de mener simultanément une « bataille pour les cœurs et les esprits ».

Alors même que l'on attend pour le courant de la semaine l'annonce des nouvelles intentions de George W. Bush pour l'Irak, et alors que les milieux diplomatiques évoquent de plus en plus la perspective d'un renforcement de l'effectif des troupes américaines de l'ordre de 20 000 soldats, le chancelier de l'Échiquier se prononce au contraire contre tout accroissement des troupes britanniques [1], indiquant même que, d'ici la fin de l'année 2007, le Royaume-Uni pourrait procéder à un retrait de plusieurs milliers de soldats. Il indique en outre que la priorité des troupes britanniques déployées à Bassorah et dans les quatre provinces méridionales devrait résider dans l'aide au développement et à la reconstruction de l'Irak, plutôt que dans la participation aux combats.

Questionné sur les relations qu'il pourrait avoir avec l'allié américain après son accession au poste de Premier ministre, M. Brown a indiqué : « les gens qui me connaissent savent évidemment que je dirai ce que j'ai en tête », ajoutant qu'il se montrera « très franc » et mettant l'accent sur « l'intérêt national britannique ».

L'émission a également donné l'occasion au candidat déclaré à la succession de M. Blair de promettre un nouveau style dans la manière de gouverner, en évoquant la nécessité d'un « nouveau partenariat » entre le gouvernement, le Parlement et les électeurs. Dans son tour d'horizon de l'actualité intérieure, il a mis l'accent sur la nécessité, selon ses vues, de promouvoir la formation et l'excellence dans l'éducation. Il a évoqué également les questions environnementales et, en matière de politique étrangère, a évoqué la nécessaire prise en compte de la montée en puissance des pays asiatiques.

Enfin, l'émission, qui avait été enregistrée dans la journée de samedi, a donné l'occasion à Gordon Brown de contraindre son Premier ministre à rendre publique sa réaction aux conditions de l'exécution, le 30 décembre, de l'ancien président irakien Saddam Hussein. M. Brown a estimé que, maintenant que l'on connaît mieux les circonstances de la pendaison de l'ancien raïs, même des partisans de la peine de mort en arrivent à trouver les images diffusées « tout à fait inacceptables » et s'est réjoui qu'une enquête ait été ordonnée sur le sujet et que des leçons puissent en être tirées.

Dans la journée de dimanche, Tony Blair, qui était resté très silencieux sur le sujet depuis le 30 décembre, et s'était refusé à reprendre à son compte les condamnations individuelles émises par divers membres de son cabinet, comme John Prescott, Patricia Hewitt et Margaret Hodge, et n'avait jusqu'ici consenti qu'à faire savoir par son porte-parole qu'il soutenait l'enquête ordonnée en Irak, a fini par faire publier un communiqué indiquant qu'il considérait les conditions de la pendaison de Saddam Hussein comme « mauvaises et totalement inacceptables ».

Les conditions dans lesquelles est survenue cette réaction tardive ont permis au leader des Démocrates libéraux, Menzies Campbell, d'ironiser, en estimant : « Nous avons une nouveauté constitutionnelle. Un Premier ministre qui dispose des responsabilités mais n'a plus d'autorité, et un chancelier de l'Échiquier qui dispose de l'autorité mais n'a pas de responsabilités. Comment ce gouvernement dysfonctionnel peut-il conduire les affaires du pays ? »

Notes

Sources

Sources anglophones