France Télécom : un salarié met fin à ses jours en se jetant d'un viaduc

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28 septembre 2009. – Un salarié de France Télécom a mis fin à ses jours, ce lundi matin à 9 h 30, en se jetant d'un viaduc donnant sur l'A 41. Marié et père de deux enfants, il explique son geste désespéré en dénonçant, dans une lettre laissée dans sa voiture, le climat qui règne au sein de l'entreprise. L'intéresse, âgé de 51 ans, travaillait dans un centre d'appel à Annecy, en Haute-Savoie.

« On a appris aujourd'hui auprès des autorités le suicide d'un collaborateur qui a mis fin à ses jours à 09H30 à Alby-sur-Chéran », rapporte-t-on à France Télécom. Son PDG, Didier Lombard, s'est rendu immédiatement sur les lieux du drame sous les huées des salariés de France Telecom. Il a ensuite passé 45 minutes avec eux à écouter : une vidéo tournée à l'aide d'un téléphone mobile a pu filtrer.

Depuis le commencement de l'été, cette affaire porte à dix le nombre de suicides ou tentatives de suicide au sein de l'ancienne administration des télécommunications. Depuis février 2008, vingt-quatre personnes se sont données la mort. Le dernier suicide remontait au 11 septembre dernier où une salariée s'était jetée du haut du 4ème étage d'un immeuble abritant France Télécom, dans le 17ème arrondissement de Paris. Cette affaire avait ému le principal actionnaire du groupe, à savoir l'État. Xavier Darcos, ministre de tutelle, avait sollicité, de M. Lombard, une gestion plus humaine des personnels placés sous sa responsabilité.

Déjà des signes avant-coureurs

Le malaise au sein du groupe était perceptible avec une vague de démission de médecins du travail salariés du groupe. Ces derniers reprochent à leur employeur de les considérer « comme des cadres à part entière, chargés d'accompagner la politique de l'entreprise, et non comme des praticiens au service exclusif de la santé des salariés, comme le prévoit la réglementation », ce que dément formellement France Télécom.

Déjà, fin 2007, le Syndicat national des professionnels de la santé au travail (SNPST) avait déjà dénoncé « atteintes à la déontologie médicale » et à « l'indépendance des médecins du travail ». Et à ce syndicat de rappeler plusieurs incidents : deux médecins du travail ont été empêchés par les directeurs territoriaux de l'entreprise de participer à « l'animation d'un atelier de formation à destination d'élus CHSCT », là encore sur des questions de santé mentale au travail, au motif que cette « activité se situe hors du champ institutionnel de compétence des médecins du travail ». « La DRH a, par la suite, invoqué un devoir de “réserve” puis de “neutralité” pour maintenir cette interdiction », précise le SNPST[1]. Et au SNPST de rappeler que « plusieurs médecins du travail, s'estimant dans l'impossibilité d'exercer leur mission dans le respect des règles éthiques et déontologiques qui encadrent cette profession, ont préféré démissionner. » Saisi par ces médecins, le Conseil de l'Ordre des médecins a adressé une réprimande à l'entreprise pour infraction au Code de déontologie.

Sur les quatre dernières années, 13 médecins, sur les 70 que compte France Télécom, ont démissionné. Dans un reportage publié par L’Humanité, plusieurs médecins dénoncent les pressions exercées sur eux. Ainsi, le docteur Le Mot, a présenté sa démission le 25 mai 2009 « Je ne dispose pas des moyens pour contribuer à des actions de prévention (…). L’attente des salariés en matière de facteurs humains est pourtant très forte. Et alors que mes interrogations, demandes et propositions restent le plus souvent sans réponse, je n’ai pas vocation à leur sacrifier ma propre santé. » Puis c'est au tour du docteur Camille N’Guyen, coordinatrice nationale du service, de jeter l'éponge courant juin 2009.

Notes

Sources


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