France : trois sociétés de rédacteurs du groupe « La Vie-Le Monde » désavouent Jean-Marie Colombani

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23 mai 2007. – Trois sociétés de rédacteurs ou d'employés du groupe de presse français La Vie-Le Monde ont successivement rejeté, lundi 21 et mardi 22 mai 2007, la candidature de Jean-Marie Colombani à un troisième mandat de président du directoire du groupe, alors qu'il était le seul candidat à sa succession.

Le premier vote est survenu lundi, au sein de la Société des journalistes de Midi Libre (Sojomil), qui réunit des rédacteurs du groupe Les Journaux du Midi (ancien groupe Le Midi libre). La candidature de M. Colombani a été soutenue par 28,97 % des votants, tandis que 52,34 % d'entre eux exprimaient leur rejet.

Mardi, ce sont les membres de la Société des personnels de La Vie, qui représente les employés d'une autre des sociétés du groupe, les Publications de la Vie catholique (PVC), qui ont à leur tour voté dans un sens comparable, avec 30,12 % de voix « pour » et et 61,40 % de voix « contre ».

Mardi toujours, le troisième scrutin, au sein de la Société des rédacteurs du Monde (SRM) a été plus favorable à M. Colombani, puisqu'il a recueilli 48,49 % de votes « pour » et 46,68 % de votes « contre ».

Les statuts de la SRM imposaient toutefois que le candidat soit tenu par au moins 60 % des votants pour que les délégués de la société acceptent de soutenir cette candidature lors de la prochaine réunion du Conseil de surveillance du groupe, prévu vendredi 25 mai. Un décompte fait par les médias indique que, compte tenu des votes survenus lundi et mardi, M. Colombani ne peut espérer que réunir 14 voix favorables à sa candidature, sur 20 votants, alors que les statuts du groupe imposent au moins 16 voix favorables. En outre, la SRM dispose d'un droit de veto sur toute candidature proposée au conseil de surveillance, et le président de la SRM, Jean-Michel Dumay, a indiqué que les représentants de la SRM exerceront si nécessaire ce droit de veto.

Jean-Marie Colombani a intégré la rédaction du quotidien Le Monde en 1977, comme rédacteur au sein du service politique. Il était devenu chef de ce service en 1983, avant d'être nommé rédacteur en chef du journal en 1990 puis, l'année suivante, directeur adjoint de la rédaction. Il avait été élu une première fois à la présidence du directoire du groupe en 1994 et avait été réélu en 2000. Sous son impulsion, le journal et le groupe ont connu de profonds bouleversements durant ses deux mandats, avec la création de deux nouvelles formules du quotidien en 1995 puis en 2005, la création du site Web Lemonde.fr en 1994 et une stratégie d'acquisitions et de prises de participations diverses (presse et éditions d'origine catholique, puis presse régionale, notamment).

Parmi les reproches adressés à Jean-Marie Colombani figurent l'importance des pertes financières du groupe, qui s'élèvent à plus de 14 millions d'euros pour l'exercice 2006, et ce, même si on observe une réduction drastique des pertes par rapport à l'exercice précédent. Certains de ses opposants font également grief à M. Colombani d'une certaine confusion des genres et une trop grande concentration des pouvoirs, puisqu'il cumule la présidence du directoire du groupe et les fonctions de directeur de publication du Monde. Certains des détracteurs de M. Colombani, au sein de la SRM, évoquent également ce qu'ils appellent une « monarchie absolue » exercée par le président.

Les membres du personnel de l'ex-groupe La Vie se sont quant à eux inquiétés du développement unilatéral instauré sous la direction de M. Colombani, qui semble s'être désintéressé des publications et entreprises du groupe absorbé en 2003, pour se concentrer sur une stratégie privilégiant le Monde et la diversification du groupe en direction de la presse régionale.

Les prochains jours devraient être consacrés à d'intenses consultations pour trouver d'urgence un remplaçant à Jean-Marie Colombani, alors même que le président du conseil de surveillance, Alain Minc, avait exclu toute autre solution que celle d'une prolongation des fonctions de l'actuel président du directoire. M. Minc a d'ailleurs contesté les résultats du vote survenu au sein de la SEM ausitôt après leur publication.

Sources

Sources francophones