France : l'hommage de l'Élysée à Danielle Mitterrand tourne au fiasco

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Palais de l'Élysée

23 novembre 2011. – Dès l'annonce de la mort de Danielle Mitterrand dans la matinée, l'Élysée s'est empressé de publier, le même jour, un communiqué de presse. Mal lui en a pris. Il eût été judicieux que les services relussent le texte avant qu'ils ne le publiassent. Il eût été d'autant plus nécessaire qu'ils en expurgeassent les fautes d'orthographe, de grammaire et de syntaxe qui truffèrent le texte en question. Nous en eûmes dénombré neuf.

Un florilège de fautes en tous genres

Dans la première phrase : « A l'annonce de la disparition de Madame Danielle Mitterrand, le président de la République a tenu à présenter ses plus sincères et ses plus profondes condoléances à ses enfants, à ses petits enfants et à l'ensemble sa famille. » Deux fautes grossières sont relevées : la première est confusion entre les petits enfants (en bas âge) et les petits-enfants étant donné qu'elle fut grand-mère et que ses petits-enfants sont très certainement d'âge plus avancé. La seconde est une coquille portant sur l'omission de la préposition de, car on écrit l'ensemble de sa famille.

Dans la deuxième phrase : « Il a voulu saluer le parcours exemplaire d'une femme qui n'abdiqua jamais ses valeurs et poursuivi jusqu'au bout de ses forces les combats qu'elle jugeait justes. » Il s'agit là d'une faute de conjugaison : poursuivi est un participe passé, il aurait fallu écrire poursuivit.

Le troisième paragraphe : « Toute sa vie elle a accompagné, dans les épreuves comme dans les victoires historiques, le parcours politique hors du commun de son mari le président François Mitterrand mais jamais ni l'épreuve, ni la victoire de la firent dévier du chemin qu'elle s'était tracée : faire entendre la voix de ceux que personne ne voulait entendre. » La première est une faute de ponctuation, l'expression le président François Mitterrand aurait dû être séparée du reste de la phrase par deux virgules placées de part et d'autre. En ce qui concerne le verbe transitif direct tracer utilisé pronominalement, son participe passé reste invariable car le complément d'objet direct qu’, placé avant celui-ci, est mis pour destin qui est au masculin singulier. Le pronom personnel s’ est un complément d'objet indirect. En outre, la phrase compte 55 mots ce qui nuit à sa compréhension tout en y faisant abstraction du style.

Le quatrième paragraphe est plus court : « A côté d'un destin exceptionnel elle su faire preuve d'une indépendance d'esprit, d'une volonté et d'une dignité exceptionnelle. » Comme pour le deuxième paragraphe, l'auteur montre encore ses limites pour la conjugaison du passé simple, en l'occurrence, du verbe savoir : su est un participe passé, il eût fallu qu'il écrivît sut. La seconde est une faute d'accord, car l'adjectif exceptionnelle, situé en fin de phrase, doit s'écrire au féminin pluriel et non au singulier car ce sont l'indépendance d'esprit, la volonté et la dignité qui sont exceptionnelles. Ce même adjectif est utilisé à deux reprises dans la même phrase ce qui est à proscrire. Cette répétition persiste dans la version corrigée. On relèvera, en outre, l'absence de virgule après « destin exceptionnel ».

Le dernier paragraphe : « A sa juste place, elle a donc su, aussi, servir la France que nous aimons », le style est des plus douteux, note la presse francophone.

La presse francophone pointe du doigt l'Élysée

La bourde de l'Élysée a été révélée en premier par l'Express qui a qualifié d'indigne cette prose. « Conclusion de cet hommage tout aussi indigne de la présidence de la République que de la trace que laissera Danielle Mitterrand dans l'histoire de notre pays: “A sa juste place, elle a donc su, aussi, servir la France que nous aimons”. Pas celle du Larousse, ni du Petit Robert », lit-on sur son site.

Le Post relève aussi les difficultés de la Présidence de la République avec la langue française. Non sans humour, elle note « Si la com' de l'Élysée a du mal avec la relecture, elle en a un peu moins avec la rapidité. Peu de temps après l'envoi du communiqué truffé de fautes aux rédactions, le site de l'Élysée remettait en ligne une version corrigée, non sans oublier encore le tiret entre "petits" et "enfants", ainsi que les virgules entre "le président François Mitterrand" (!) ».

Il a fallu une troisième publication sur le site de l'Élysée pour que les fautes en fussent expurgées mais tout en oubliant encore les virgules omises dans le deuxième paragraphe.

La presse francophone étrangère s'est aussi emparée de l'affaire non sans humour. En Suisse, La Tribune de Genève ou Le Matin relayaient l'information.

En revanche, Bernard Pivot ne mâche pas ses mots sur France-Info : « Le rédacteur ou la rédactrice de ce communiqué ne connaît pas bien le passé simple et donc a commis des erreurs de conjugaison, plus quelques autres en très peu de lignes. Alors, il y a deux façons de réagir, soit par l'ironie en disant : “Oh ! l'émotion était telle à l'Élysée en apprenant le décès de Danielle Mitterrand, que, chamboulé, le rédacteur ou la rédactrice a commis beaucoup de fautes d'orthographe, tout ça à cause de son émotion qui, lui ou elle, n'arrivait pas à maitriser.” Et puis, la deuxième réaction ce serait de dire : “c'est d'autant plus maladroit que Danielle Mitterrand était l'épouse d'un homme qui avait un français irréprochable et qui avait un grand souci de l'orthographe.” »

Sources


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