France : Jean-Marie Le Pen reçu pour la première fois à l'Élysée en tant que chef de parti

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Jean-Marie Le Pen, le 1er mai 2007
Auteur : manu_le_manu

21 juin 2007. – Pour la première fois de sa carrière politique, Jean-Marie Le Pen, président du Front national, a été reçu, ès qualité de chef de parti au palais de l'Élysée, mercredi 20 mai 2007, par le président de la République française, Nicolas Sarkozy.

Hasard du calendrier, cet entretien s'est déroulé le jour du 79e anniversaire de M. Le Pen. Le rendez-vous intervenait dans le cadre des consultations de dirigeants politiques français avant le Conseil européen, qui se réunit à Bruxelles jeudi 21 et vendredi 22 juin, sous la présidence de la chancelière allemande, Angela Merkel.

Nicolas Sarkozy avait précédemment indiqué, dans un entretien accordé au quotidien Le Figaro daté du 6 juin, son intention de recevoir des représentants de l'ensemble des formations politiques françaises représentées à l'Assemblée nationale, au Sénat et au Parlement européen. Il s'agissait alors, dans son optique, de prendre en quelque sorte « le pouls » de la classe politique française sur l'éventualité d'une réforme du mode de scrutin pour les élections législatives, et qui comporterait un volet incluant la possibilité de l'introduction d'une « dose » de représentation proportionnelle, tout en conservant le principe du scrutin majoritaire uninominal à deux tours.

Reçu durant une demi-heure par le président, Jean-Marie Le Pen s'est montré peu loquace à sa sortie, devant le parterre de journalistes qui l'attendait, se contentant d'indiquer que, sans que cela puisse constituer une surprise, il avait rappelé à Nicolas Sarkozy leurs divergences de vues en matière de politique européenne, tandis que les deux hommes avaient ensuite « procédé à un échange de vues général ».

Bien entendu, le président du Front national s'est ouvertement réjoui de ce qu'il perçoit comme une manifestation de reconnaissance publique émanant d'un de ses adversaires, d'autant plus qu'elle intervient après une série de scrutins qui se sont montrés désastreux pour son parti, la chute du nombre de voix obtenues au premier tour des élections législatives devant entraîner une baisse d'environ 60 % de la subvention accordée au FN dans le cadre du financement public des formations politiques.

Invité mercredi soir de la rédaction de la chaîne de télévision TF1, Nicolas Sarkozy a eu l'occasion, au cours des cinquante minutes de l'émission, de revenir sur l'entretien accordé le matin même au président du Front national. Il s'est notamment démarqué de ses deux prédécesseurs à l'Élysée, François Mitterrand (1981-1995) et Jacques Chirac (1995-2007) qui, tous deux, se sont toujours refusés à recevoir Jean-Marie Le Pen au palais présidentiel. M. Sarkozy a ainsi estimé que le fait de ne pas recevoir M. Le Pen dans ce type de circonstances n'était « pas normal », s'agissant d'un homme qui « a le droit de se présenter aux élections » et qui, notamment à l'occasion des scrutins présidentiels, « rassemble sur son nom des millions de personnes ».

Il a en outre rejeté les critiques émises dans la journée par le Parti socialiste au sujet de l'entretien avec M. Le Pen, en soulignant que, si lui-même recevait le leader frontiste à l'Élysée, les socialistes avaient pour leur part ouvert les portes de l'Assemblée nationale au FN en 1986, lui permettant de disposer, à l'époque, de 35 députés, par l'instauration de la représentation proportionnelle au sein de circonscriptions départementales. M. Sarkozy a en outre souligné que, alors que depuis 1986, le FN et son président n'avaient jamais subi de véritable recul à l'occasion des scrutins présidentiels et législatifs, il était pour sa part parvenu à « faire reculer » M. Le Pen.

En dehors de cet entretien inédit de mercredi, Jean-Marie Le Pen avait déjà eu l'occasion à deux reprises de se rendre au palais de l'Élysée, pour des entretiens privés. Il avait été reçu une première fois par le président René Coty, en mars 1958, alors qu'il était député poujadiste et militaire en Algérie. La seconde occasion était survenue en mai 1969, après la démission du général de Gaulle, alors que l'intérim de la présidence de la République était assuré par Alain Poher, président du Sénat et lui-même candidat à la succession du président démissionnaire.

Après son accession à la tête du Front national, Jean-Marie Le Pen avait par ailleurs été reçu à deux reprises à l'Hôtel Matignon par un Premier ministre : une première fois en 1993, par Édouard Balladur puis, en 2005, par Dominique de Villepin, dans le cadre des consultations de dirigeants politiques qui avaient suivi l'échec du référendum français sur la constitution européenne et le remplacement de Jean-Pierre Raffarin à la tête du gouvernement.

Sources

Sources francophones