Cuba : clôture du congrès du Parti communiste et annonce de réformes historiques

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Le 6ème congrès du Parti communiste de Cuba, le parti au pouvoir dans l'île, a pris fin aujourd'hui. Le plan de réforme proposé par Raúl Castro a été adopté par les délégués ; il prévoit notamment la possibilité de l'accès à la propriété privée pour les particuliers et un renouvellement des cadres dirigeants.

Affiche pour le cinquième congrès du PCC, qui s'est tenu à La Havane en 1997.

19 avril 2011. – Le sixième congrès du Parti communiste de Cuba (PCC) s'est ouvert à La Havane samedi dernier et se termine ce mardi. Premier congrès depuis 14 ans, il est marqué par de nombreuses réformes mais également de fortes attentes. Cuba traverse en effet depuis les années 1990 et la dissolution de l'Union soviétique, son principal partenaire commercial, une crise économique profonde. Alors que Fidel Castro lui-même déclarait en 2010 « notre modèle ne fonctionne plus », ce nouveau congrès du PCC a lancé des réformes historiques pour redresser l'économie du pays. Cependant, pour ce qui est du système politique, les modifications sont pour le moment moins marquées.

Le Parti communiste de Cuba est le principal parti de l'île et exerce le pouvoir depuis sa création en 1965. Bien que ce ne soit pas un parti unique, il est en pratique le seul à avoir un réel poids politique et la constitution lui accorde un rôle de premier plan. Après un défilé de l'armée et de centaines de milliers de personnes, le congrès, composé de 1 000 délégués envoyés par toutes les sections du pays, s'est réuni à huis clos. La date de son ouverture, le 16 avril, était doublement symbolique : elle marque à la fois le cinquantième anniversaire de l'échec de l'invasion de la baie des Cochons[1] et celui de la proclamation par Fidel Castro du caractère « socialiste » de la révolution cubaine. Hier, il a approuvé le plan de 311 réformes proposé par Raúl Castro, principal dirigeant du pays et du Parti depuis le retrait de son frère Fidel pour des raisons de santé. Ces propositions de réforme avaient été discutées auparavant par plus de sept millions de Cubains pendant l'hiver dans des discussions de quartier et d'entreprise.

Situation de Cuba dans les Caraïbes.

Parmi les principales réformes économiques, il y a l'ouverture d'activités professionnelles au secteur privé et l'autorisation pour les agriculteurs de travailler une terre qui leur appartient. Les petits commerces sont autorisés ainsi que plusieurs pratiques auparavant informelles, comme la vente de son logement ou de sa voiture. Jusqu'à présent, seuls le prêt et le troc étaient autorisés dans ces cas-là, et l'argent circulait « sous la table » ou par la corruption. Cette introduction de la propriété privée est un changement historique à Cuba dont le système économique et social est, depuis les années 1960, de type socialiste, centralisé et égalitaire, et où l'activité est majoritairement nationalisée. L'économie reste planifiée, mais des mesures prévoient l'augmentation de l'autonomie des entreprises d'État, la création d'un tissu de coopératives urbaines, la décentralisation dans le domaine agro-alimentaire, l'ouverture du pays aux capitaux étrangers, la mise en rapport des salaires avec la production, une réforme du système fiscal et la mise de l'accent sur la rentabilité et l'autofinancement des entreprises d'État. Le gouvernement a également promis des crédits bancaires pour faciliter la création d'entreprises. Malgré des difficultés financières, les micro-entreprises se sont multipliées ces derniers mois, encouragées par les autorités.

Cette approbation du congrès entérine des mesures prises ces derniers mois par le gouvernement pour faire face à la grave crise économique qui touche le pays. Si nombre d'entre elles sont bien reçues par la population, d'autres au contraire ont suscité l'inquiétude. Parmi celles-ci, la suppression de la libreta, le carnet de rationnement qui permet depuis près de cinquante ans à la population d'acheter des produits de base à bas prix, ainsi que la suppression de nombreux postes dans la fonction publique. Ces suppressions pourraient toucher jusqu'à 20 % des emplois d'ici 2015 dans ce secteur, qui emploie actuellement près de cinq millions de personnes. De façon plus générale, le gouvernement cubain prévoit de réduire les subventions, et le justifie par « la nécessité et l’urgence » de l'« actualisation » du système, selon Raúl Castro. Ce dernier a reconnu des erreurs et des insuffisances dans la gestion passée du pays et a déclaré : « nous avons le devoir essentiel de corriger les erreurs que nous avons commises au cours de ces cinq décennies de construction du socialisme à Cuba », et a parlé de la nécessité de plus de décentralisation. S'exprimant sur la situation très difficile, il avait déjà annoncé en décembre dernier : « soit nous changeons de cap, soit nous coulons ». Il a toutefois voulu rassurer, affirmant qu'« à Cuba, sous le socialisme, il n'y aura jamais d'espace pour les thérapies de choc contre les plus défavorisés. La révolution ne laissera aucun Cubain sans protection ». Enfin, selon Juventud Rebelde, le journal de l'Union des jeunes communistes, les réformes devraient concerner également les impôts. Le taux d'imposition varierait en fonction du développement économique de chaque région. « Voilà la vrai égalité » a commenté un délégué du PCC, cité par le journal. « Il faut traiter inégalement les choses inégales ».

Sur la plan politique, les réformes apparaissent comme moins importantes. Fidel Castro a quitté son poste à la direction du Parti, qu'il occupait depuis sa fondation en 1965, et a été remplacé par son frère Raúl, jusque-là numéro deux. El Comandante, âgé de bientôt 85 ans et dont la santé est vacillante, ne conserve que son poste de député. Il a écrit hier dans Granma qu'« il appartient maintenant à la nouvelle génération de rectifier et de changer tout ce que doit être rectifié et changé ». Le congrès prévoit le renouvellement des cadres dirigeants et une limitation à deux mandats de cinq ans pour les principaux postes de pouvoir. La « vieille garde » issue de la révolution de 1959 devrait être progressivement remplacée par une génération plus jeune, même si pour le moment ses membres restent à des postes importants ; Raúl Castro, nouveau premier secrétaire, a lui-même presque 80 ans. La désignation du second secrétaire du PCC ainsi que la composition du comité central seront observées attentivement, car elles devraient être révélatrices des futures évolutions et des futurs dirigeants. Cuba reste donc un régime autoritaire dominé par le Parti communiste, même si ces derniers mois le régime a libéré plus d'une centaine de prisonniers politique, dont les 75 arrêtés lors du « Printemps noir » de 2003, au terme d'une médiation menée par l'Espagne et l'Église catholique.

L'avenir de Cuba et de son modèle paraissent bien incertains, et il n'est pas possible de dire si le système trouvera un nouvel équilibre ou bien s'effondrera pour devenir une économie de marché. Bien que le régime soit controversé et parfois qualifié de dictature, il continue susciter de la sympathie, particulièrement en Amérique latine, pour son opposition historique à la puissance des États-Unis et ses acquis sociaux.

Notes

Voir aussi

Sources



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