France : table-ronde à Givet autour de l'avenir de la ligne ferroviaire Namur-Reims via Givet et Dinant

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De gauche à droite : M. Claude Wallendorff (Maire de Givet), M. Bernard Dekens (Président de la Communauté de Communes Ardenne Rives de Meuse), M. Markus Rieder (Université de Lausanne et École Polytechnique de Zurich), M. Richard Fournaux (Bourgmestre de Dinant)

8 septembre 2010. – La Communauté de Communes Ardenne Rives de Meuse a organisé une table-ronde autour de l'universitaire suisse M. Markus Rieder, dont les recherches portent sur le trafic ferroviaire transfrontalier et, notamment, sur la possible réouverture de la ligne Givet-Dinant, maillon manquant de la liaison entre Namur et Reims.

La réouverture de la ligne Givet-Dinant : un dossier au centre des débats publics belge et français

Une trentaine de représentants belges et français sont venus assister à la table ronde

Venus de France ou de Belgique, de nombreux acteurs politiques, institutionnels, syndicaux et associatifs ont participé à cette réunion, témoignant par là même de l'intérêt suscité par cette question, restée au centre du débat public de part et d'autre de la frontière.

Du côté français, la détermination à faire avancer ce dossier est restée intacte depuis que l'État a annoncé en 2006, par l'intermédiaire de Nicolas Sarkozy, vouloir prendre en charge 50 % du montant des travaux nécessaires à la réouverture de la ligne, sur la base des estimations réalisées en 2004. Cet engagement a depuis lors été renouvelé. La ligne Givet-Dinant fait ainsi l'objet d'une inscription au Contrat de Développement Économique des Ardennes 2007-2013, conjointement signé par l'État et le Conseil général des Ardennes.

Du côté belge, la question de la réouverture de la ligne Givet-Dinant a été remise récemment à l'ordre du jour du Parlement wallon, avec la proposition d'une résolution en faveur de sa réouverture. Des auditions auprès d'experts ferroviaires sont programmées au courant du second semestre de l'année. L'organisation de cette table ronde s'est donc inscrite dans « un parfait timing », selon les mots de M. Willy Borsus, député wallon (MR[1]) à l'origine de la motion proposée au Parlement. Les arguments avancés par M. Markus Rieder lors de cette réunion ont donc fait l'objet d'une attention toute particulière des acteurs présents, et permis d'apporter un éclairage nouveau au dossier.

La ligne 154 comme instrument de dynamisation des territoires

Inspiré par les politiques suisses en matière de transports et de mobilité, M. Rieder estime que l'offre de bus actuelle entre Givet et Dinant est innattractive. Plutôt que d'être une fin en soi, cette dernière doit être conçue comme un complément au train, afin de desservir les communes voisines de la ligne ferroviaire. De la sorte, la réouverture de la ligne Givet-Dinant ne bénéficierait pas seulement à Givet, Dinant ou Hastière, mais à l'ensemble des communes de la Botte des Ardennes, parmi lesquelles Beauraing, comme l'a souligné son Député-Bourgmestre, M. Jean Claude-Maene (PS[2]). Insistant sur le principe d'inter-modalité, M. Rieder préconise concrètement l'instauration d'un ticket de transport unique, pour le bus, le train, voire le bateau touristique, de sorte à faciliter les déplacements des voyageurs, et rendre lisible l'offre locale de transports en commun.

Véritable outil d'aménagement du territoire, tel que l'a souligné Georges Gilkinet, député fédéral (Ecolo), la ligne 154 contribuerait à un désenclavement du Sud de la Province de Namur et de la Pointe de Givet, appelé de tous leurs vœux par M. Richard Fourneaux, bourgmestre de dinant, et M. Claude Wallendorff, maire de Givet. La réouverture de la ligne ferroviaire entre Givet et Dinant viendrait ainsi consacrer une coopération et des échanges déjà intenses entre les deux sous-régions, comme en témoignent, par exemple, les accords passés dans le domaine de l'accès aux soins transfrontaliers.

Presque tous les participants à la table-ronde ont réaffirmé leur volonté de faire avancer le dossier de réouverture de la ligne 154, conscients qu'une connexion ferroviaire entre Givet et Dinant représente non seulement un intérêt local, mais également inter-régional. L'absence de ligne entre Givet et Dinant constitue en effet un maillon manquant de la liaison entre les deux pôles économiques régionaux majeurs que sont Namur et Reims, et qui, tous les deux, sont desservis par des lignes à grande vitesse européennes. L'enjeu de la réouverture de la ligne entre Givet et Dinant dépasse donc largement l'intérêt local des deux communes.

Une réponse aux arguments contre la réouverture de la ligne 154

Seuls le représentant du député wallon Michel Lebrun, et celui du bourgmestre d'Hastière, Claude Bultot, ont exprimé leur opposition quant à la réouverture de la ligne.

Toutefois, M. Dimitri Oudin, chargé de mission au cabinet du Président de la Communauté de Communes M. Bernard Dekens, a rappelé que les deux arguments principaux avancés par les détracteurs de la ligne 154 sont techniquement non-fondés : la ligne 154 ne constitue une menace 1) ni pour la ligne fret Athus-Meuse, 2) ni pour le Thalys à Namur.

1) En raison de la longueur du tracé et de la nature des voies sur le parcours, la réouverture de la ligne Givet-Dinant ne pourrait représenter une alternative sérieuse aux lignes fret déjà existantes, en particulier pour le transport de marchandises en provenance d'Anvers, et à destination de la Lorraine ou de la Marne. Cette analyse a été démontrée par une étude du Comité Consultatif des Usagers de la SNCB[3], dans son avis 05/26 rendu en 2006.

2) La réouverture de la ligne 154 ne représente une menace ni pour le Thalys, ni pour la ligne voyageur Bruxelles-Namur-Luxembourg, mais rendrait ces dernières, au contraire, plus attractives. La dernière étude réalisée par le cabinet MVA pour le compte de la DREAL[4] Champagne-Ardenne souligne en effet que la réouverture de la ligne Givet-Dinant permettrait aux voyageurs en provenance de France des gains de temps significatifs (environ 30 min. pour les départs de Reims, 1 h 30 pour ceux au départ de Charleville), pour leurs déplacements vers Bruxelles, Charleroi, les Pays-Bas, voire l'Allemagne.

Les proposition novatrices de M. Rieder : Prolonger la ligne Bruxelles-Dinant jusque Givet

M. Rieder a lui aussi rappelé que la ligne 154, dont le trafic de marchandises a toujours été historiquement limité, ne pourrait en aucun cas concurrencer la ligne fret Athus-Meuse, mais qu'elle dispose en revanche d'un potentiel local « considérable » pour le trafic de voyageurs.

D'autant que, selon M. Rieder, les coûts d'investissements et d'exploitation nécessaires à la réouverture de la ligne peuvent être bien inférieurs aux estimations qui ont été réalisées, jusqu'à présent, selon l'hypothèse d'une exploitation française de la ligne. Pour M. Rieder, une exploitation belge serait en effet plus attractive.

À la différence de son homologue français, la SNCB a opté pour des horaires cadencés, donc réguliers, facilitant les correspondances entre les lignes de chemin de fer et les réseaux de bus. Elle dispose par ailleurs de rames de train modernes et performantes, et propose actuellement 21 aller-retour par jour entre Bruxelles et Dinant.

C'est la raison pour laquelle M. Rieder suggère de prolonger jusqu'à Givet le trajet de ces trains, permettant ainsi d'utiliser, à moindre coût, le matériel roulant et le personnel existants. Des correspondances attractives devraient être proposées en gare de Givet, et à destination de Charleville-Mézières, voire de Reims, de sorte à assurer une liaison ferroviaire sur l'axe Bruxelles-Reims. Alors qu'un projet de ré-électrification de la ligne entre Namur et Dinant est actuellement à l'étude, dans le cadre du plan SNCB d'investissement 2013-2025, M. RIEDER propose de prolonger cette électrification sur le tronçon manquant entre la bifurcation de Neffe, située à la périphérie de Dinant, et Givet. Le coût de l'investissement serait donc limité et bénéficierait de l'effet de synergie du plan d'investissement de la SNCB.

En proposant une exploitation de la ligne 154 par la SNCB, M. Rieder a apporté un nouvel éclairage au dossier, et de nouveaux éléments en faveur de la réouverture du tronçon ferroviaire entre Givet et Dinant. Convaincus de l'utilité économique, sociale, environnementale et territoriale de la ligne 154, élus et représentants, syndicaux ou associatifs, présents à cette table-ronde souhaitent, désormais, que le dossier puisse repartir sur de bons rails…

Notes

Sources


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