La panthère nébuleuse de Bornéo est une espèce différente de sa cousine continentale

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La panthère nébuleuse « continentale » ou léopard tacheté « continental » (Neofelis nebulosa)

18 mars 2007. – Le World Wide Fund for Nature, plus connu sous son sigle WWF, a révélé, mercredi 14 mars 2007, que la panthère nébuleuse vivant dans les îles indonésiennes de Sumatra et Bornéo est une espèce distincte de celle vivant sans le reste de l'Asie du Sud-Est.

Cette découverte a été annoncée par Stuart Chapman, coordinateur à Jakarta, la capitale indonésienne, du programme Heart of Borneo (« cœur de Bornéo »), mené à l'initiative du WWF.

Le programme « Cœur de Bornéo »

Carte de l'île de Bornéo

Le programme « Cœur de Borneo », qui tire son nom du titre d'un récit de voyage du naturaliste Redmond O'Hanlon [1], est un programme de conservation de la diversité biologique de l'île, entamé par le WWF en avril 2005, à l'occasion d'un atelier exploratoire auquel assistèrent environ 150 représentants gouvernementaux et d'organisations non gouvernementales des trois États se partageant l'île de Bornéo, soit le Brunei, l'Indonésie et la Malaisie. Dès ce moment était envisagée la future déclaration inter-étatique, qui serait concrétisée moins de deux ans plus tard.

Les premiers projets de création de réserves naturelles constituant une sorte de parc naturel transfrontalier sont mis en place, rapidement soutenus par diverses autorités locales puis, dès décembre 2005, par l'Association des nations du Sud-Est asiatique (ASEAN) puis, le 28 juillet 2006, par Condoleezza Rice, secrétaire d'État américaine [2].

Le 12 février 2007, la « Déclaration sur l'intiative du Cœur de Bornéo » (Declaration on the Heart of Borneo Initiative) était solennellement signée à Bali [3], par Awang Haji Ahmad bin Haji Jumat, ministre de l'Industrie et des Ressources primaires du Brunei, M. S. Kaban, ministre des Forêts de l'Indonésie et Seri Azmi bin Khalid, ministre des Ressources naturelles et de l'Environnement de la Malaisie.

Dès lors, le plan de création d'une zone transfrontalière de 220 000 km² [4], devant assurer la conservation de la diversité biologique de cette zone sensible de forêt tropicale humide, semble avoir atteint une sorte de « vitesse de croisière », les gouvernements respectifs semblant saisis d'une certaine émulation dans leurs initiatives : l'Indonésie, par exemple, a récemment annoncé la création d'un nouveau parc national de plus de 800 000 hectares (8 000 km²), tandis que la Malaisie et le Brunei créaient eux-mêmes de nouvelles réserves.

La différenciation des espèces

Répartition géographique des deux espèces de panthères nébuleuses

La présence sur place de diverses équipes de scientifiques, en continu depuis plusieurs années, avait déjà conduit à découvrir, au sein de la forêt tropicale humide, plus de 52 espèces végétales et animales jusqu'ici inconnues [5].

Durant cette phase, deux équipes de scientifiques ont travaillé à mettre en évidence ce qui était soupçonné, à savoir que les panthères nébuleuses insulaires n'avaient pas le même patrimoine génétique que les panthères continentales.

Une équipe du Laboratoire de diversité génomique (Laboratory of Genomic Diversity) au sein de l'Institut national [américain] sur le cancer (National Cancer Institute, NCI), basé à Frederick, dans le Maryland, s'est ainsi attachée à démontrer, via des recherches sur l'ADN, les différences pouvant exister entre les deux espèces. Le docteur Stephen O'Brien, directeur du Laboratoire de diversité génomique, a ainsi révélé que les recherches ADN avaient mis en évidence environ 40 différences entre les deux espèces.

Un autre équipe internationale, dirigée par le docteur Andrew Kitchener, membre du département de géologie et zoologie (Department of Geology and Zoology) du Muséum national d'Écosse (National Museums of Scotland), basé à Édimbourg, par ailleurs professeur de géographie à la faculté des sciences de la Terre (School of Geosciences) de l'université d'Édimbourg (University of Edinburgh), s'est efforcée quant à elle de comparer les fourrures des deux espèces, mettant en évidence la différence de taille et de pigmentation des grandes taches parsemant le pelage des deux espèces, ainsi que la fréquence respective des petits points sombres situés entre les grandes taches, et enfin la configuration de la double rayure dorsale. Le docteur Kitchener s'est d'ailleurs étonné que nul n'ait jusqu'ici mis en évidence l'ensemble de ces différences, alors qu'elles sont apparues flagrantes dès le début des recherches.

Il apparaît désormais que, au sein de la famille des Felidae (Félidés) et de la sous-famille des Pantherinae (Panthérinés), le genre Neofelis comprend désormais deux espèces au lieu d'une seule :

Les populations de Neofelis diardi sont estimées entre 5 000 et 11 000 individus sur l'île de Bornéo [6], et entre 3 000 et 7 000 individus sur l'île de Sumatra. La séparation physique et génétique entre la panthère nébuleuse « continentale » et la panthèse nébuleuse dite de Bornéo se serait produite il y a environ 1,4 million d'années, selon les estimations des scientifiques.

L'espèce « continentale » avait été identifiée en 1821 par le naturaliste britannique Edward Griffith et, depuis lors, les individus présents à Sumatra et Bornéo étaient considérés comme appartenant à une simple sous-espèce, ce que la recherche génétique contemporaine vient donc de démentir avec éclat.

Bibliographie

La différenciation des deux espèces avait été discrètement annoncée, il y a quatre mois, dans deux articles collectifs parus dans le numéro 16 (23) de la revue scientifique Current Biology, en date du 5 décembre 2006 :

  • Molecular Evidence for Species-Level Distinctions in Clouded Leopards, signé d'un collectif de 17 chercheurs, dont 5 membres du Laboratoire de diversité génomique (Laboratory of Genomic Diversity) au sein de l'Institut national [américain] sur le cancer (National Cancer Institute, NCI), basé à Frederick, dans le Maryland ;
  • Geographical Variation in the Clouded Leopard, Neofelis nebulosa, Reveals Two Species, signé d'un collectif de trois chercheurs, dont Andrew A. Kitchener, membre du département de géologie et zoologie (Department of Geology and Zoology) du Muséum national d'Écosse (National Museums of Scotland), basé à Édimbourg, par ailleurs professeur de géographie à la faculté des sciences de la Terre (School of Geosciences) de l'université d'Édimbourg (University of Edinburgh).

Accès payant aux deux articles, à partir du sommaire du numéro 16 (23) de Current Biology.

Notes

Sources

Sources anglophones