L'Express divulgue une liste de dix médicaments dangereux à retirer du marché

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Des gélules, moyen d'administration courant pour les médicaments

19 décembre 2010. – Après le scandale du Mediator, un antidiabétique soupçonné d'être responsable d'au moins 500 décès, L'Express a publié dans son édition de jeudi une liste de dix médicaments « à retirer du marché ». Ces produits pharmaceutiques, listés d'après des investigations de la revue Prescrire — notamment connue pour avoir contribué à révéler l'affaire du Médiator — et avec l'aide d'un spécialiste, le Professeur Jean-Paul Giroud, pharmacologue et membre de l'Académie nationale de médecine, présenteraient des risques d'effets secondaires beaucoup trop importants pour la santé. « Tous les produits pharmaceutiques ont des effets secondaires, mais, pour ceux-ci, les risques encourus sont trop importants » explique l'article. Il s'agit de médicaments indiqués contre les crampes, le diabète, pour raviver le désir féminin ou encore pour arrêter de fumer. Pour le journal, ces médicaments « ne devraient pas être sur le marché. De même que leurs versions génériques. ».

Les journalistes expliquent avoir identifié ceux dont le rapport bénéfices-risques est clairement défavorable, c'est-à-dire que les avantages apportés ne sont pas suffisants comparés aux dangers auxquels ils exposent. Le journal indique ensuite que la liste a été soumise à l'avis du Pr Giroud en précisant qu'il s'agit d'une « autorité morale et scientifique en matière de sécurité des médicaments [car] il n'a aucun lien avec les laboratoires et siège aux commissions d'autorisation de mise sur le marché (AMM) et de pharmacovigilance ». Parmi ces médicaments, l'Actos (fabricant Takeda) un antidiabétique oral qui provoquerait un risque accru de cancer de la vessie, ou le Nexen, un anti-inflammatoire qui serait à l'origine de troubles du foie graves pouvant nécessiter une greffe de foie. Certains, comme le Vastarel (fabricant Servier), sont commercialisés depuis plus de 40 ans.

Par ailleurs, l'hebdomadaire indique que plusieurs des fabricants contactés n'ont pas répondu aux courriers envoyés. La majorité ont tout de même adressé des explications au journal. Takeda par exemple, le fabricant de l'Actros, indiqué pour le traitement du diabète de type 2, dit « gras », explique que l'« Actos appartient à la même classe pharmacologique qu'Avandia, mais il n'a pas les mêmes indications et présente des effets différents. Actuellement, Takeda soutient deux études visant à analyser la relation entre Actos et le cancer de la vessie ». Lilly France, un autre fabricant, celui du Zyprexa, indiqué contre la schizophrénie et les troubles bipolaires note que « les effets secondaires concernant la prise de poids sont connus et mentionnés dans le résumé des caractéristiques du produit (RCP), tel qu'il figure dans le Vidal depuis l'AMM initiale de septembre 1996. Les risques d'hyperglycémie et de diabète ont aussi été mentionnés dès juillet 1999. De plus, le RCP a été régulièrement mis à jour afin de préciser, voire de renforcer, la mention de certains effets indésirables comme le risque de prise de poids, ou de survenue d'anomalies lipidiques, d'hyperglycémie, voire de diabète ».

Parallèlement, un article de la Mutualité Française n'hésite pas à citer L'Express sur le Di-Antalvic, un antidouleur. Si son amélioration du service médical rendu par rapport au seul paracétamol « n'a jamais été démontrée », en revanche, « les risques de surdosage, fréquents en cas de douleurs aiguës ou chroniques, peuvent être lourds […] » en ajoutant qu'il est interdit depuis plusieurs années en Suisse, au Royaume-Uni et en Suède. « L'Europe leur a emboité le pas en juin 2010 et les États-Unis, le 19 novembre » toujours en citant L'Express. En France, son retrait définitif est programmé « pour septem­bre 2011 au plus tard ».

Le Nouvel Observateur consacre quant a lui cette semaine un article (page 104) sur la revue Prescrire et salue lui aussi le travail de ces spécialistes. Ses abonnés, pour la plupart médecins, savaient par exemple depuis 4 ou 5 ans qu'il ne fallait surtout pas prescrire du Mediator, même si le médicament n'avait pas encore été retiré du marché. Cette revue s'est donné pour spécialité l'analyse de tous les médicaments vendus en France. L'équipe est composée de médecins ou de pharmaciens qui n'ont aucun lien direct ou indirect avec les laboratoires. Pour chaque molécule, ils passent au crible l'ensemble des études cliniques et des informations disponibles. Pour L'Express, la conclusion est qu'après le Distilbène, le Vioxx, l'affaire du sang contaminé et le Mediator, il est donc toujours possible en France de trouver en pharmacie des remèdes mortels.

D'autres réactions tirent cependant des conclusions moins alarmistes. Le professeur Olivier Blin, responsable de l'unité de pharmacologie clinique à l'hôpital de La Timone à Marseille donne notamment son avis lors d'une interview dans le journal La Provence et rappelle que « tout médicament a des effets positifs et des effets négatifs ». Il ajoute que « pour les médicaments de cette liste, comme pour tous, il convient de les utiliser selon la dose prescrite, la durée nécessaire et la surveillance adéquate. Ce principe du bon usage du médicament a été un peu oublié ». Certains commentaires de la part d'internautes sur le site de L'Express rejoignent cette position.

Sources



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