France Télécom : un salarié s'immole par le feu devant son ancien site de Mérignac

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27 avril 2011. – Un salarié de France Télécom s'est immolé par le feu hier matin devant le site de Mérignac (Gironde) où il avait travaillé jusqu'en 2008. Depuis 2000, il avait subi les différentes restructurations au sein du groupe, affecté d'un site à l'autre sur des emplois en-deçà de ses qualification professionnelles. Ce geste désespéré a plongé les agents du site dans la stupeur. L'ancien opérateur public a ouvert des cellules psychologiques pour assister les personnels y travaillant. La direction du groupe a annoncé qu'une enquête serait diligentée.

France Télécom pointée du doigt par les syndicats

Courbe de deuil utilisée par France Télécom pour gérer le personnel.

En 2000, France Télécom l'avait obligé à partir de la Dordogne pour le muter en Gironde. « Cette mobilité imposée lui avait fait vendre sa maison, il avait écrit à plusieurs reprises à sa direction et il n'avait pas eu de réponse à ma connaissance, comme beaucoup d'autres » précise François Deschamps, responsable CFE-CGC/Unsa de la région sud-ouest. « Pendant dix ans, il n'avait pas été mis sur un poste pérenne. Ça l'avait beaucoup perturbé. Il a été impacté de plein fouet par ces changements de réorganisation (…) On lui confiait des missions qui n'étaient pas à la hauteur de ses capacités. Il ne voulait pas partir de Gironde, donc on lui proposait des missions qui ne correspondaient pas à son niveau de qualification », a confié Florence Bordes, représentante CFDT en Aquitaine. « La raison de son suicide, c'est clairement la manière dont France Télécom-Orange a fait dérouler sa carrière » a ajouté l'intéressée.

Depuis 6 mois, le défunt était affecté sur le poste de « préventeur » et il était chargé des conditions de travail, de l'hygiène et de la sécurité. « Le mode employé est d'une violence inouïe, s'immoler par le feu ce n'est pas anodin  », a renchéri M. Deschamps, « C'était quelqu'un d'assez sociable. Il travaillait dans un service acteur sur le marché entreprises, il était préventeur de sécurité dans un centre d'appels réservé aux clients du marché entreprises dans le centre de Bordeaux qui, il faut reconnaître, est un établissement récent avec un bon climat social »

Un décès lié à son travail

Selon l'un des quatre enfants de la victime, son geste de désespoir était lié à sa carrière professionnelle. « Malgré ce que certains ont pu dire », ce suicide est « la démonstration que tout n'est pas réglé à France Télécom » a dénoncé la CGT. Ces opinions sont partagées par Michel Debout, psychiatre et président de l'association France prévention suicide. « 'immolation est un suicide en public, souvent sacrificiel. Il y a une volonté que cet acte puisse être relayé dans sa charge symbolique et tragique, pour qu'il ne reste pas sans suite. Le choix du lieu, avec un retour à son avant-dernier poste, où cela s'était mal passé, peut être perçu comme de l'ordre de la dénonciation. Sur le plan clinique, il est clair que le choix du lieu a toujours à voir avec le geste lui-même. Il y a toujours une onde de choc à un suicide qui va bien au-delà, dans le cas qui nous intéresse, de la simple entreprise. » a-t-il déclaré à la presse. Le médecin précise que la non-reconnaissance de l'implication du salarié dans ce qu'il fait revient le plus souvent dans les cas qu'il observe. « Cela peut se traduire par des directives difficiles à atteindre, des changements de poste alors qu'on ne le souhaite pas, des horaires inadaptés, des mutations », a-t-il ajouté. « Bref, il s'agit de conditions de travail qui perdent de leur qualité chez des gens qui ont généralement le souci de leur vie professionnelle. (…) Plus l'implication dans le travail est ancienne, enracinée dans l'histoire de la personne, plus la souffrance est importante. »

Par la suite le spécialiste conclut : « En ce qui nous concerne, nous demandons depuis deux ans un « Grenelle de l'humain ». Nous savions que la crise aurait des répercussions dans le monde du travail, avec des licenciements et du chômage et toutes les conséquences, dont les suicides. Malheureusement, cette proposition est toujours sans suite. Tout comme la création d'un observatoire du suicide. »

Le serpent de mer refait surface

Les années 2008 et 2009 ont révélé le profond malaise au sein des personnels de France Télécom. En 2004, Didier Lombard avait lancé le plan Next destiné à supprimer 22 000 emplois en quelques années. Devant un parterre de 200 cadres, il avait notamment déclaré : « Je vous préviens : les choses vont changer ! Je viens vous présenter ma nouvelle équipe. Elle va jouer dans un registre que vous ne connaissez pas : ça va être “Le Bon, la brute et le truand”. Le bon, il n'est plus là. La brute », continue-t-il en désignant le numéro 2 du groupe, Louis-Pierre Wenes, « c'est lui. Et le truand », pointant du doigt le DRH Olivier Barberot, « le voici ! »

Comme outils, les responsables utilisèrent un document psychiatrique portant sur la courbe de deuil pour l'adapter à la gestion du personnel. Cette courbe était l'œuvre de feue Elisabeth Kübler-Ross, psychiatre américaine pour modéliser « les phases qui suivent l'annonce du diagnostic d'une maladie terminale ». La courbe indique les phases psychiques d'un patient à la suite de l'annonce « du diagnostic d'une maladie terminale. » Ce document a été repris pas différents cabinets privés qui conseillent des entreprises privées tel que France Télécom ou France Télévision. Ce graphique avait été rebaptisé par cette dernière « Processus de conversion ».

Le graphique, adapté par Orga Consultants, mentionnait fort précisément le passage du ou des agents à une phase de déprime, de dépression voire de désespoir pour les contraindre à la résignation et à l'intégration lors des différentes restructuration. Lors de la vague de suicides qui avait défrayé la chronique, les responsables ont simplement déclaré qu'ils ne l'avaient pas prévue.

Voir aussi

Sources


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