Corée du Nord : interview de Scott Snyder et Robert Kelly

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Cet article est une interview accordée par Scott Snyder et Robert Kelly
à Wikinews, le 4 avril 2013.
Dans cette interview, les liens internes redirigent vers des articles de Wikipédia.
Les questions et les réponses n'engagent que les protagonistes.


Localisation de la Corée du Nord.

Depuis plusieurs semaines, la Corée du Nord multiplie les actes de provocation à ses voisins, Corée du Sud et États-Unis. Le Wikinews anglophone a interviewé Robert Kelly de l'Université nationale de Pusan en Corée du Sud, spécialisé en sécurité et diplomatie et Scott Snyder, spécialiste de la Corée du Nord au Council on Foreign Relations (CFR), institution américaine ayant pour but d'analyser la politique étrangère américaine et la situation politique mondiale.

Interview[modifier | modifier le wikicode]

Wikinews : Quelles sont vos fonctions au sein de vos institutions respectives ?
Robert Kelly : Je suis professeur en relations internationales à l'Université nationale de Pusan.
Scott Snyder : Je suis agrégé supérieur pour les études sur la Corée et directeur du programme pour la politique Coréenne des États-Unis au CFR.
Wikinews : La Corée du Nord est à l'origine de nombreuses menaces à l'encontre de la Corée du Sud. Est-il probable que ces menaces soient mises à exécution ?
RK : C'est très improbable. La Corée du Nord perdrait la guerre si elle la commençait, et si elle utilisait des armes nucléaires, perdrait simplement tout soutient dans l'opinion mondiale, la Chine l'abandonnerait. L'objectif de ces menaces est d'effrayer la Corée du Sud et son nouveau président pour obtenir de l'aide, pas de commencer une guerre.
SS : Les menaces de la Corée du Nord ont des objectifs variés. Certains sont défensifs, d'autres ont d'abord comme but de dissuader d'autres pays de prendre des positions agressives face à la faiblesse de la Corée du Nord ; d'autres menaces ont été mises en place pour influer les négociations ; certaines sont des expressions d'intentions qui sont au-delà de la capacité de la Corée du Nord qui ne peut les mettre en œuvre sans faire face à des conséquences graves, et certaines sont des menaces très spécifiques que la Corée du Nord met en œuvre dans le cadre d'une stratégie de guérilla afin d'éviter l'escalade et de profiter de l'effet de surprise. Les menaces de la Corée du Nord doivent être pris très au sérieux, mais soigneusement évaluées afin de déterminer les circonstances dans lesquelles elles pourraient effectivement être réalisées.
Wikinews : Comment réagit la population en Corée du Sud à propos du programme nucléaire militaire Nord Coréen ?
RK : Évidemment personne n'apprécie, mais ils s'en soucient bien moins que ce que les autres pays pensent. Les Sud-Coréens ont vécu sous cette menace pendant de nombreuses années. Le Nord a fait de nombreuses menaces dans le passé. La Corée du Nord est comme un petit garçon qui crie au loup... Personne ne s'attend à ce qu'ils lancent un missile.
SS : Ils sont de plus en plus incertains et inquiets, en particulier de la possibilité d'être soumis à un chantage nucléaire. Dans le même temps, cela a eu jusqu'à présent qu'un impact négligeable sur les vie quotidienne des Sud Coréens.
Wikinews : Est-ce que les Coréens du Sud poursuivent leur vie comme si de rien n'était ?
RK : Effectivement. Ce n'est pas comme la crise des missiles de Cuba quand les gens vidaient les étagères des magasins et construisaient des bunkers dans leurs sous-sols. Mes élèves vont et viennent comme d'habitude. Le sang-froid des Sud-Coréens est très impressionnant.
SS : Oui.
Wikinews : La Corée du Nord n'est-elle pas en train de s'isoler du reste du monde ?
RK : Si, c'est vrai. Menacer de guerre nucléaire est une véritable escalade qui aliène n'importe que État. De plus, la Corée du Nord est déjà assez isolée. Mais parce que la Chine, son principal fournisseur, n'a pas coupé les aides, un plus grand isolement a peu d'effets pratiques.
SS : La Corée du Nord est de plus en plus isolée politiquement, mais elle est relativement plus connectée économiquement et ouverte qu'il y a une décennie.
Wikinews : La Corée du Sud est-elle correctement préparée d'un point de vue militaire pour faire face à un conflit armé avec la Corée du Nord ?
RK : Oui. L'armée de la République de Corée [du Sud] est moderne, bien formée, bien entretenue avec une supériorité technique et d'organisation sur l'armée de la Corée du Nord. À ce jour, les Sud-Coréens n'ont pas répondu à la provocation du Nord afin d'éviter l'escalade, non pas parce qu'ils en sont incapables. La supériorité de la Corée du Sud est amplifiée par l'aide américaine.
SS : Il est certain que la Corée du Sud l'emportera sur la Corée du Nord lors d'un affrontement direct, mais elle est vulnérable dans plusieurs théâtres où la Corée du Nord sait qu'elle a un avantage tactique.
Wikinews : La fermeture du site de Kaesong par la Corée du Nord prouve-t-elle un accroissement des tensions entre les deux pays ?
RK : Oui et non. Le site est important car il est une source de devises pour le Nord, donc sa fermeture par le Nord montre que ce pays est prêt à prendre en charge le manque à gagner. D'un autre côté, les médias de la Corée du Sud ont identifié la fermeture du site comme une marque claire du sérieux de la Corée du Nord : s'ils n'avaient pas fermé le site, ils n'auraient pas été au bout de leur logique. En d'autres termes, la Corée du Nord a été, je pense, poussée à la fermeture du site de Kaesong dans la guerre des mots, et non comme partie d'un vaste plan stratégique.
SS : Jusqu'à présent, il s'agit d'une preuve symbolique de la potentielle escalade des tensions, mais n'a pas encore donné lieu à des changements importants. Voyons comment la situation se joue au cours des prochains jours. [...]
Wikinews : La Corée du Nord a récemment placé un complexe de lancement de missile à moyenne portée sur sa côte Est. S'agit-il d'une démarche sérieuse ?
RK : Je ne crois pas que cela soit si grave que les médias le disent. Premièrement, ils n'en ont déplacé qu'un [de missile]. Deuxièmement, il n'est pas prouvé que la Corée du Nord possède réellement des ogives nucléaires qui sont suffisamment petites pour tenir sur leurs missiles, ils l'ont déclaré mais les armes nucléaires sont particulièrement lourdes, d'où la taille imposante des missiles nucléaires. Ainsi le déplacement du missile ne signifie pas forcément qu'il est pointé sur les États-Unis ou sur Tokyo qui sont des cibles potentielles. Il n'est pas sûr que le missile soit nucléaire et il n'est pas chargé en combustible de ce que je sais donc il s'agit encore d'un... bluff... une façon de tourner autour du problème et de dire des choses qui n'ont pas réellement de conséquences réelles donc j'ai l'impression qu'il s'agit plus d'une guerre des mots.
Wikinews : Il y a beaucoup de discussions à propos de Kim Jong-un, disant qu'il est un leader inexpérimenté. Pensez-vous qu'il sait où la « limite » se trouve?
RK : C'est une très bonne question. Non, je ne pense pas, c'est pourquoi nous avons cette conversation. Le père de Kim, Kim le second, était effectivement très doué à ce sujet [...]. Il savait très bien comment jouer à ce jeu, il savait très bien comment jouer le Sud, en particulier avec l'aide de riz, d'assistance, de carburant, des choses comme ça. Le nouveau dirigeant — il est là-bas depuis seulement un an et demi, ou plutôt, 14 ou 15 mois — il ne passe pas par les processus de toilettage du régime, il ne passe pas par l'armée ou le parti . Et il n'a certainement aucune formation militaire, ce n'est pas comme s'il avait étudié dans institut militaire — il est allé dans une pension en Suisse, ou quelque chose comme ça. Donc il n'est pas évident de savoir de quoi est capable Kim Jong-un. J'ai moi-même le sentiment qu'il a été encouragé par les généraux, et les généraux le font parce qu'ils ne veulent pas que la position des militaires soit abaissée dans le nouvel ordre. Sous le second Kim, l'armée a été amenée à un très haut niveau d'importance, ils étaient en quelque sorte le pilier principal du gouvernement, c'est ce qu'on appelle la Politique de songun. Je pense que les gens s'inquiètent maintenant que le nouveau Kim, afin de relancer l'économie pourrait réduire le rôle de l'armée, et je pense que c'est là que tout cela vient. Je ne pense pas qu'ils veulent la guerre.
Wikinews : Pensez-vous que ces menaces sont juste une manière d'obtenir des aides économiques de la part des Nations Unies ?
RK : Je ne dirais pas de l'Organisation des Nations Unies, car le rôle de l'ONU ici est en fait assez minime. Il est vrai qu'il y a des agences spécialisées des Nations Unies qui opèrent en Corée du Nord — le Programme Alimentaire Mondial est la principale parce que la Corée du Nord a constamment des problèmes alimentaires — et il y a des ONG occidentales. En fait, j'ai été en Corée du Nord et j'ai vu ces organismes de bienfaisance. J'ai rencontré des gens qui vivent là-bas et qui font ce genre de choses. Mais ils sont en fait assez petits. Je veux dire, les Nord Coréens sont très préoccupés par les Occidentaux qui parcourent la Corée du Nord en contrevenant aux lois du pays. Tout type de pénétration étrangère en Corée du Nord est très, très limitée. [...]

Sources[modifier | modifier le wikicode]


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