Colombie : le président Uribe tente de rebondir en nommant l'ex-otage à la tête de la diplomatie

Une nouvelle de Wikinews, la source d'informations que vous pouvez écrire.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Flag of Colombia.svg
Les cinq derniers articles
Voir sur Wikipédia
WIKINEWS
COLOMBIE
Carte de la Colombie

20 février 2007. – Moins de deux mois après son évasion, l'ex-otage Fernando Araújo, détenu pendant six ans par les FARC, a été nommé, lundi 19 février 2007, ministre des Affaires étrangères de la Colombie.

M. Araújo, âgé de 52 ans, a été nommé par le président de la République, Álvaro Uribe Vélez, et remplace à ce poste son homonyme (sans lien de parenté) María Consuelo Araújo Castro, qui exerçait ces fonctions depuis le 7 août 2006.

La ministre démissionnaire

María Consuelo Araújo a été contrainte à la démission, après l'arrestation, trois jours plus tôt, de son frère aîné Álvaro Araújo Castro, sénateur et leader du groupe parlementaire du Movimiento Alas Equipo Colombia [1], accusé d'être lié à des groupes paramilitaires d'extrême-droite, tandis que des soupçons pèsent également sur leur père Alvaro Araújo Noguera.

Alvaro Araújo fils est notamment accusé de liens avec le groupe Autodefensas Unidas de Colombia (AUC), mais plusieurs autres accusations avaient déjà faites à son encontre : le consul Elías Ochoa Daza, ancien maire de Valledupar (capitale du département de Cesar), accuse ainsi le sénateur d'être l'instigateur de l'enlèvement de son frère Victor Ochoa. L'arrestation d'Álvaro Araújo Castro avait été ordonnée par la Cour suprême de Colombie, jeudi 15 février, en même temps que celle de cinq autres membres de al majorité parlementaire soutenant le président Álvaro Uribe, tandis que trois autres parlementaires avaient déjà été incarcérés au mois de novembre en raison de liens supposés avec des groupes paramilitaires. Dans l'affaire en cours, l'essentiel des soupçons semble provenir de la découverte du contenu d'un ordinateur portable appartenant à « Jorge 40 », nom de guerre de Rodrigo Tovar Pupo, chef d'une fraction des Autodefensas Unidas de Colombia ayant déposé les armes avec 2 000 de ses hommes en mars 2006.

María Consuelo Araújo s'est contentée, pour commenter sa démission, de souligner qu'elle n'était pas attachée à sa fonction et avait d'abord considéré l'intérêt du pays.

Par ailleurs, María Consuelo Araújo et son frère Álvaro Araújo Castro sont les neveux de la journaliste et écrivain Consuelo Araujo Noguera (1940-2001), fondatrice et directrice, à partir de 1968, du Festival de la Leyenda Vallenata, un des festivals de musique colombiens les plus renommés. Leur tante avait été la victime, le 24 septembre 2001, d'un enlèvement par les FARC, et avait trouvé la mort quelques jours plus tard lors d'affrontements avec les forces armées régulières.

Le nouveau ministre

La nomination de Fernando Araújo pourrait constituer, de la part du président Álvaro Uribe, une tentative de désamorcer partiellement le scandale appelé Parapolítica, en nommant à la tête de la diplomatie une personnalité incontestée, peu susceptible d'être vue comme ayant des complaisances à l'égard de quelque groupe que ce soit, de droite comme de gauche.

Fernando Araújo avait été enlevé par les FARC le 5 décembre 2000 à Carthagène et, après six ans de détention dans un camp situé dans la jungle, avait pu fausser compagnie à ses ravisseurs le 31 décembre 2006, à l'occasion d'une attaque des forces armées régulières contre le camp des guérilléros. M. Araújo avait erré dans la jungle pendant cinq jours, sans vivres ni boissons, avant d'atteindre un village situé hors de la zone contrôlée par les rebelles et d'y être retrouvé par des soldats de l'infanterie de marine colombienne.

Avant son enlèvement, le nouveau ministre avait déjà participé au gouvernement, sous la présidence du prédécesseur de M. Uribe, Andrés Pastrana, en exerçant les fonctions de ministre du Développement, de 1998 à 2000.

Quelques jours après son évasion, Fernando Araújo s'était porté volontaire pour œuvrer en vue d'un accord humanitaire permettant la libération de 58 otages détenus par les FARC (dont des hommes politiques, des militaires et policiers) en échange de la libération d'environ 500 guérilléros détenus par la justice colombienne. Le président Uribe avait alors chargé l'ex-otage, le 11 janvier, de conduire des négociations avec les FARC pour atteindre cet objectif [2].

Peu après l'annonce de sa nomination à la tête de la diplomatie colombienne, l'ex-otage s'est dit « désireux de travailler pour une nouvelle Colombie sans politicaillerie, sans paramilitaires, sans guérilla et sans délinquance, dans laquelle tous pourront vivre en paix ».

Le contexte politique

Álvaro Uribe, le 16 septembre 2003

Curieusement, l'évolution du scandale Parapolítica ne semble pas, pour le moment, avoir érodé la cote de popularité du président Uribe, crédité d'un indice de confiance de l'ordre de 70 %, selon certains sondages d'opinion.

M. Uribe avait été élu président de la République, le 26 mai 2002, dès le premier tour de scrutin, avec 53 % des suffrages, et réélu le 28 mai 2006, toujours dès le premier tour, avec 62 % des voix. La participation, entre les deux scrutins, s'était légèrement érodée, passant de 46,47 % en 2002 à 45,1 % en 2006.

Parmi les principaux reproches adressés au président Uribe figure celui d'une supposée complaisance à l'égard des Autodefensas Unidas de Colombia (AUC), auxquelles il a proposé, après des négociations, une certaine impunité en échange de leur démobilisation, tandis qu'il se refusait à toute discussion avec les FARC. 31 000 hommes appartenant aux diverses milices paramilitaires classées à l'extrême-droite auraient été démobilisés dans le cadre de ce plan gouvernemental, mais certaines organisations de défense des droits de l'homme prétendent que, dans la réalité, certains réseaux seraient demeurés intacts ou seraient dans un sommeil apparent.

Certaines voix, au sein de l'opposition colombienne, laissent entendre que, selon leurs estimations, deux « seigneurs de la guerre » liés aux milices paramilitaires d'extrême-droite contrôleraient, en réalité, jusqu'à un tiers des sièges du parlement colombien.

M. Uribe avait également fait l'objet d'accusations sur de possibles liens avec le cartel de Medellin et plus spécifiquement avec Pablo Escobar, accusations se basant sur un document de la Defense Intelligence Agency américaine, rédigé en 1991, mais dont la pertinence a été contestée dès le 1er août 2004 par un porte-parole du Département d'État des États-Unis [3].

Par ailleurs, depuis l'aggravation de la crise politique consécutive aux ordres d'arrestation lancés par la Cour suprême de justice, les marchés financiers notent une faiblesse particulière de la monnaie colombienne, le peso, pour la troisième journée (jeudi, vendredi et lundi).

Enfin, un éventuel changement d'attitude du gouvernement colombien vis-à-vis des milices paramilitaires sera probablement examiné à la loupe du côté du Congrès des États-Unis, où les démocrates détiennent la majorité dans les deux chambres depuis la rentrée parlementaire le 4 janvier dernier. Patrick Leahy, sénateur démocrate du Vermont et président, au sein du Comité aux appropriations du Sénat, de la sous-commission des Opérations à l'étranger, a ainsi prévenu que le sous-comité sénatorial qu'il dirige examinerait à la loupe, dans le cadre du réexamen annuel des aides financières accordées par les États-Unis à la Colombie [4], les assurances que pourrait fournir le gouvernement colombien sur la rupture des liens qu'on lui prête avec les groupes paramilitaires.

Notes

Sources

Sources francophones
Sources anglophones
Sources hispanophones