38 prélats de l'Église orthodoxe grecque de Jérusalem veulent destituer le patriarche Irénée

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7 mai 2005. – Le Saint-Synode de l'Église orthodoxe grecque de Jérusalem, qui revendique, au-delà de sa fondation formelle en 451, une filiation spirituelle remontant à l'apôtre Jacques le Majeur, a annoncé, vendredi 6 mai 2005, la révocation du patriarche Irénée Ier, impliqué dans une affaire de vente à des investisseurs juifs de terrains appartenant à l'Église et situés à Jérusalem-Est, et procédé à la fermeture des portes du bâtiment après l'expulsion du prélat.

Une première réunion officieuse des dignitaires de l'Église avait eu lieu la veille, à l'issue de laquelle 13 évêques (sur 17) et 25 archimandrites ont contresigné un communiqué indiquant que le patriarche était désormais persona non grata au sein de l'Église et leur intention de le destituer de ses fonctions de patriarche grec-orthodoxe en Terre Sainte et de ne plus traiter avec lui.

Cette affaire faisait à la suite de la publication par la presse israélienne, au mois de mars, d'informations selon lesquelles le patriarcat aurait vendu, à des investisseurs juifs, deux hôtels situés dans la partie orientale de Jérusalem, près de la porte de Jaffa. L'annonce de cette vente avait suscité une vive émotion parmi les Palestiniens, notamment parmi ceux observant le rite grec-orthodoxe, qui acceptent difficilement le maintien de la mainmise d'un clergé grec sur une Église en Terre Sainte (cette Église étant d'ailleurs la seule, parmi les patriarcats présents en Terre Sainte, qui soit dirigée par un prélat qui ne soit pas originaire de Palestine).

Dès le 30 mars, le gouvernement grec avait fait savoir son souhait implicite d'un départ du patriarche, tandis que l'Autorité palestinienne avait ouvertement réclamé sa démission. D'un autre côté, les autorités israéliennes, qui soupçonnaient Irénée de sympathies palestiennes, avaient retardé la reconnaissance du patriarche, élu en 2001, jusqu'en 2004.

Le 1er mai, l'ancien gestionnaire du patriarcat grec-orthodoxe, Nikos Papadimas, en fuite après que la justice grecque eut lancé un mandat d'arrêt à son encontre, avait accusé le patriarche, dans un entretien accordé au quotidien israélien Haaretz, d'être parfaitement au courant de l'opération immobilière et de l'avoir approuvée dans l'optique d'un rapprochement avec les autorités israéliennes.

Certains observateurs croient pouvoir affirmer que la réunion de vendredi, qualifiée de « Saint-Synode » par les dignitaires retranchés dans le bâtiment et leurs proches, n'en revêtirait pas le caractère, le patriarche ayant seul, selon leur interprétation de ce qu'on connaît des dispositions statutaires de l'Église grecque-orthodoxe, le pouvoir de convoquer cette instance.

Un porte-parole des dignitaires retranchés au siège de l'Église, l'archimandrite Atallah Hannah, a fait savoir qu'un nouveau patriarche serait élu dans la semaine, tandis qu'un autre dignitaire, l'archimandrite Milinios Bassal, affirmait que la légalité de la décision de vendredi était suspendue à la reconnaissance du vote par la Jordanie, seule habilitée, selon une loi de 1958 toujours en vigueur malgré l'occupation puis l'annexion de Jérusalem-Est après 1967, à décider en la matière. Le gouvernement jordanien a de son côté fait savoir qu'il reconnaîtrait la décision de l'instance qualifiée de « Saint-Synode » dans le cas où s'y serait dégagée une majorité des deux tiers des dignitaires habilités à voter, ce qui reste toutefois à prouver, selon divers observateurs.

Les partisans du patriarche « destitué » sont parvenus avec l'aide de l apolice israélienne, à se faire de nouveau admettre à l'intérieur du siège du patriarcat, où les deux camps campent, au propre comme au figuré, sur leurs positions depuis le 7 mai.

Cette affaire prend un certain relief lorsque l'on sait que le patriarcat est le plus gros propriétaire immobilier privé en Terre Sainte, possédant par exemple des centaines d'immeubles dans les deux parties de Jérusalem, mais plus particulièrement à Jérusalem-Est. Des bâtiments hébergeant des institutions israéliennes, et non des moindres, sont ainsi construits sur des parcelles appartenant au patriarcat, par exemple la grande synagogue, la résidence du Premier ministre et celle du président de l'État d'Israël, ou encore la Knesset, sans compter des milliers d'autres possessions en Israël, en Cisjordanie et jusqu'en Jordanie.

Sources

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