26 Américains et 9 Italiens renvoyés devant un tribunal, pour l'enlèvement d'un imam en 2003

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Sceau de la CIA

17 février 2007. – La juge italienne Caterina Interlandi, chargée de fixer les audiences préliminaires au tribunal de Milan (Lombardie), a rendu un arrêt, vendredi 16 février 2007, renvoyant 35 personnes devant un tribunal, pour un procès qui pourrait se tenir à partir du 8 juin prochain. Parmi ces 35 prévenus, 26 sont des ressortissants américains, dont la plupart sont connus comme agents de la CIA ou soupçonnés de l'être, et les 9 autres sont de nationalité italienne.

Les prévenus américains et 5 des prévenus italiens se voient reprocher leur implication dans l'enlèvement, survenu à Milan le 17 février 2003, de Hassan Mustafa Osama Nasr dit « Abou Omar », aujourd'hui âgé de 44 ans, ressortissant égyptien, qui était à l'époque imam à la grande mosquée de la métropole lombarde. Selon les résultats de l'instruction judiciaire italienne, le religieux aurait été conduit sur la base américaine d'Aviano (Frioul-Vénétie julienne), puis transféré par avion d'abord sur la base de Ramstein (Rhénanie-Palatinat, Allemagne), puis en Égypte, où il est resté détenu par les autorités de son pays jusqu'au 12 février dernier, date à laquelle il a été libéré.

L'avocat d'« Abou Omar » affirme que, durant sa détention en Égypte, son client aurait été torturé et aurait tenté de mettre fin à ses jours. L'imam a fait connaître son intention de déposer une plainte en justice contre Silvio Berlusconi, président du Conseil des ministres à l'époque de l'enlèvement, en vue de lui réclamer dix millions d'euros de dommages et intérêts pour sa supposée implication dans l'enlèvement en sa qualité de chef du gouvernement ainsi que pour avoir facilité sa capture par la CIA.

La principale incertitude réside dans la conduite des débats. On suppose, à l'heure actuelle, qu'aucun des 26 Américains ne sera présent à l'audience, puisque tous ont quitté le sol italien depuis longtemps. La justice italienne avait délivré des mandats d'arrêt internationaux, mais ceux-ci sont restés bloqués sur les bureaux des ministres italiens de la Justice successifs, tant du gouvernement de Silvio Berlusconi que de celui de Romano Prodi, qui se sont jusqu'ici refusés à transmettre la moindre demande d'extradition aux autorités américaines [1]. La justice italienne est toutefois susceptible de rendre d'éventuels jugements par contumace, en cas de nécessité.

Parmi les prévenus italiens figurent Nicolò Pollari, ancien chef du SISMI (les renseignements militaires italiens) et son adjoint Marco Mancini, tous deux limogés le 20 novembre dernier, à l'occasion d'un vaste remaniement des services de renseignement auquel avait procédé le gouvernement.

Parmi les prévenus américains, on remarque les noms de Jeff Castelli et Robert Seldon Lady, respectivement chefs de poste à Milan et à Rome, et du lieutenant-colonel Joseph L. Romano III, qui était à l'époque stationné à la base aérienne d'Aviano.

Trois ou quatre autre ressortissants italiens sont également impliqués à un moindre niveau, pour une simple complicité dans l'enlèvement.

L'incertitude règne également sur l'éventuelle présence au cours des débats de la victime de l'enlèvement, « Abou Omar », qui a fait connaître son intention de venir témoigner lors d'un éventuel procès, sans que l'on sache toutefois s'il serait autorisé à fouler de nouveau le sol italien.

Enfin, la tenue du procès reste suspendue à la décision que prendra la Cour constitutionnelle, devant laquelle le gouvernement a présenté un recours contre l'action du parquet de Milan qui, selon l'argumentation gouvernementale, aurait violé le secret d'État en utilisant les écoutes téléphoniques réalisées par les agents du SISMI. L'éventuelle acceptation par la cour constitutionnelle de cet argument serait susceptible de faire annuler l'ensemble de la procédure censée se traduire par le procès devant débuter le 8 juin prochain.

Si toutefois le procès pouvait avoir lieu, on sait déjà que la défense de Nicolò Pollari, qui s'est rendu de lui-même au tribunal de Milan pour y apporter son témoignage, compte plaider l'ignorance dans laquelle M. Pollari et la haute hiérarchie du SISMI étaient d'un possible enlèvement d'« Abou Omar ». La défense de l'ancien chef du SISMI aimerait d'ailleurs, pour renforcer la thèse de celui-ci, que soient entendus Silvio Berlusconi et Romano Prodi, en leur qualité d'ancien et actuel présidents du conseil des ministres, ainsi que diverses autres personnalités de haut rang.

Notes

Sources

Sources anglophones
Sources francophones

Voir aussi